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Ma petite histoire du naturisme sur la plage d'Oka

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  • Ma petite histoire du naturisme sur la plage d'Oka

    Je pratique le naturisme à la plage d’Oka depuis 1980. Il y avait peu de monde là à l’époque : durant les grandes vacances de juillet, les naturistes étaient minoritaires. Quand ils étaient une soixantaine, c’était une grosse journée. Dès le début de mon expérience naturiste dans le parc d’Oka, j’ai senti que cet endroit m’appelait, que je passerais ma vie à y développer et défendre le naturisme.

    J’ai joué ma première partie de volleyball tout nu sur cette plage à la fin de l’été 1992, voilà donc 25 ans. En 1993 et 1994, avec ma chère Capucine, j’ai créé un groupe qui s’est appelé Société naturiste du Poisson Doré (le mot algonquin Oka veut dire « poisson doré »), qui a compté 101 membres. Nous avons écrit un code d’éthique naturiste et diffusé un prospectus sur la plage, ce qui a contribué à augmenter rapidement le nombre d’adeptes. Nous avons revendiqué la reconnaissance officielle du droit de pratiquer le naturisme, des services minimaux (eau potable et toilettes), et une patrouille régulière. Capucine et moi avons obtenu le mandat de rencontrer les autorités du parc et des municipalités limitrophes, la Sûreté du Québec, et de transmettre nos documents au gouvernement. Nous avons aussi décidé de planter des piquets dans le lac pour délimiter une zone de baignade et indiquer le danger de se noyer. Une personne s’était noyée en 1992. Quand nous avions demandé aux gardiens du parc de faire quelque chose pour indiquer le risque de noyade, ils ont répondu : « Vous n’avez pas le droit de vous baigner là. » Alors, tant pis si des baigneurs illégaux se noient...

    Nous n’avions pas non plus le droit d’être nus. Cela faisait de nous de probables criminels, qui pouvaient se faire arrêter si les autorités le décidaient. Nous pensions que la loi sur la nudité était ridicule et mauvaise, et nous avons choisi de continuer à vivre nus sur cette plage et à défendre concrètement la vie des baigneurs illégaux, la vie et la liberté responsables et saines étant plus importantes que la loi.

    Rencontres prometteuses

    En 1994, Capucine et moi avons rencontré deux personnes faisant partie des autorités du parc d’Oka. La première était sympathique et nous a prévenus : « Vous avez raison d’être proactifs, parce qu’en haut, on commence à penser à détruire votre mouvement. » Une autre personne en autorité nous a dit : « Vous, les naturistes, vous êtes des pédophiles parce que vous vous montrez tout nus devant vos enfants. » Cette deuxième personne avait plus de pouvoir. À l’automne 1996, j’ai appelé un naturiste très régulier et impliqué avec Capucine et moi dans le nettoyage de la plage, surnommé Al-le-râteau, pour lui dire que j’avais la forte intuition que la police viendrait nous intimider l’été suivant, et que mon épouse et moi décidions de battre en retraite. Ma douce étant professeur dans un collège privé, nous ne voulions pas prendre le risque qu’elle perde son emploi. En 1997, la police est venue plusieurs fois sur la plage, demandant aux naturistes de se rhabiller. Soutenus par la majorité des médias et de la population du Québec, les naturistes ont gagné. Intimidée par la menace des autorités que j’avais senti grandir, la Société naturiste du Poisson Doré avait suspendu ses activités en 1996. Le Groupe de préservation d’Okapulco a pris la relève durant l’été 1997…

    Vingt ans plus tard, je viens de participer le mercredi soir 30 août à une réunion pour préparer une rencontre avec la nouvelle directrice du parc d’Oka, Mme Nathalie Julien-Boucher, rencontre qui doit avoir lieu cet automne. M. Michel Vaïs a obtenu cette rencontre en écrivant à Mme Julien-Boucher. Il nous semble que nous sommes enfin engagés dans le processus de reconnaissance officielle de la plage naturiste du parc d’Oka.

    Après 1997, les usagers de notre secteur de plage naturiste familiale ont obtenu des toilettes, des douches, de l’eau potable, un petit bistro, et une patrouille qui n’est pas très régulière... La famille des naturistes a beaucoup augmenté, nous avons conquis tout le secteur est de la plage. Depuis l’an 2000, nous avons deux zones de baignade, une à l’entrée de notre secteur, et l’autre au niveau du volley-ball. Je ne me souviens plus exactement en quelle année, mais c’était entre 2000 et 2005, un naturiste a compté 1800 personnes « probablement criminelles », hommes et femmes nus et femmes aux seins nus, durant une journée d’un week-end en juillet. Le groupe de volley-ball, qui permettait aux joueuses de ne pas être nues, est devenu naturiste en 2004. L’éthique du naturisme familial traditionnel est bien appliquée et respectée dans tout le secteur au centre duquel nous jouons au volley-ball.

    Retour du harcèlement

    À partir de 2010, la patrouille a commencé à attaquer nos acquis, notre bien-être. On a essayé de nous obliger à rester couchés lorsque nous sommes nus. Alors, pour se lever et aller se baigner, il aurait fallu mettre un vêtement… Les naturistes ont continué de se tenir debout ! Depuis le début, le groupe de volley-ball conservait le filet et divers instruments du jeu dans un coffre qui était enterré dans le sable. Les poteaux étaient cachés dans la forêt, ainsi que d’autres instruments pour l’entretien et le nettoyage de la plage (pelles, râteaux, seaux). Un matin, nous avons découvert que tout ça nous avait été volé durant la nuit, y compris les petits seaux sur lesquels j’avais écrit « Fumeurs, les naturistes sont propres », pour inciter les promeneurs à jeter leurs mégots dans ces seaux plutôt que dans le sable de la plage. Quels voleurs ont pu trouver intérêt à s’emparer de ces petits seaux ?

    Nous avons interrogé les patrouilleurs et une personne responsable des objets trouvés à la plage : personne n’avait la moindre idée de ce qui avait pu se passer... Nous nous sommes procuré un nouveau jeu de volley-ball et un nouveau coffre. La patrouille nous a interdit de remettre un coffre dans le sable. Pourquoi ? Il y a eu des plaintes... Des plaintes de qui ? Peu importe, nous n’avons plus le droit de mettre un coffre dans le sable parce que cela revient à nous donner un privilège et personne n’a le droit d’avoir un privilège dans un parc de la Sépaq (Société des établissements de plein air du Québec). Cela fait donc sept étés que je suis devenu le porteur du jeu de volley-ball qui appartient à la collectivité des naturistes.

    Les autorités, qui inventent des règlements pour notre secteur sans les écrire, ont aussi décidé de réduire notre plage naturiste en interdisant la nudité dans le long secteur le plus à l’est, où s’installent très peu de personnes, majoritairement naturistes. Pourquoi cet interdit ? Parce que c’est un secteur où il y a des activités sexuelles généralement discrètes depuis des décennies, et que ces autorités pensent qu’en interdisant la nudité ces activités seront mieux réprimées. Depuis 2010, la patrouille a passé plus de temps à fouiller la forêt dans ce long secteur de nature sauvage qu’à protéger le naturisme familial. Près du terrain de volley-ball, ayant été menacé de mort par des individus textiles intoxiqués qui se comportaient de façon agressive, j’ai appelé pour que la patrouille vienne, mais elle n’est pas venue. Ce qui ne veut pas dire que les patrouilleurs sont généralement hostiles aux naturistes, mais on leur demande de s’occuper le moins possible de protéger notre secteur familial pour aller surtout combattre la nudité et la sexualité dans le secteur le plus sauvage. Une patrouilleuse m’a dit que nous devons nous protéger nous-mêmes, et appeler la Sûreté du Québec quand nous sommes menacés de violence…

    Dans ce long secteur sauvage où la nudité est combattue sous prétexte de réprimer la sexualité, plusieurs naturistes ont subi de l’intimidation et même de l’agression physique. Un militant gai célèbre au Québec, qui n’est pas naturiste, mais ami des naturistes, a voulu discuter avec un patrouilleur particulièrement agressif. Il s’est fait démolir une épaule à coup de casque de conducteur de VTT… Des hommes isolés dans ce secteur sauvage ont été saisis à la gorge par ce patrouilleur agressif et homophobe parce qu’ils refusaient de montrer leur carte d’identité.

    Dans le secteur du naturisme familial, il nous est interdit de traverser nus le chemin menant aux toilettes. Mais, en plus, tous les vêtements ne sont pas permis. La serviette et le paréo sont interdits. Et certains patrouilleurs vont jusqu’à demander aux femmes qui portent une jupe, même quand elle est longue jusqu’aux chevilles, si elles ont une culotte en dessous ! Pourquoi ? Parce que ces femmes peuvent être des perverses qui vont soudainement baisser leur jupe pour s’exhiber nues devant des passants textiles…
    On nous a aussi interdit de passer le râteau et de nettoyer le bord de la plage près de l’eau pour pouvoir marcher confortablement, parce qu’il ne faut pas déranger les micro-organismes qui vivent dans le sable… Bref, comme le naturisme n’est pas officiellement reconnu, il n’y a pas de règlements officiels, et les règlements qui sont appliqués ne sont pas réfléchis et écrits selon un minimum de conscience démocratique. Ils proviennent de l’obscurité et du mépris de « Je-ne-sais-qui »…
    Dernière modification par Myriade, 10 septembre 2017, 22h06.
    Si Satan veut nous détruire, pourquoi m'a-t-il conçu?

  • #2
    En 2013, je me suis dit : «Je-ne-sais-qui» n’a pas encore eu le culot de nous demander d’éliminer les zones de baignade qui protègent nos vies, mais je sens que ça s’en vient, et ça, ce sera le début de la fin de « Je-ne-sais-qui » ! En 2014, le patrouilleur particulièrement agressif a fait savoir que nous n’aurons plus le droit de planter nos piquets pour délimiter nos zones de baignade. En trois jours, nous avons fait signer une pétition par plus de 300 personnes pour demander le maintien de ces zones, arguant que si nos piquets n’étaient pas remplacés par un matériel aussi efficace, les autorités seront responsables d’avoir agi de façon à mettre la vie des baigneurs en danger. J’ai écrit au directeur du parc, M. Richard Rozon, pour communiquer notre demande et le nombre de personnes qui l’ont soutenue en seulement trois jours. Il ne m’a jamais répondu. J’ai reçu au début de l’automne un courriel d’un subalterne exigeant de respecter leur ordre de ne plus mettre nos piquets de zone de baignade.

    Alors, au début de l’année 2015, j’ai écrit au directeur général des parcs nationaux de la Sépaq, M. Martin Soucy (qui nous avait parlé, à Capucine et moi, de façon sympathique en 1994), une lettre pour lui expliquer les mauvais traitements que subissent les naturistes dans le parc d’Oka et protester particulièrement contre la volonté des autorités du parc de diminuer notre sécurité à la baignade. Il m’a répondu le jour même, m’offrant ses condoléances pour le décès de mon épouse, et me prévenant que je serais bientôt informé des nouvelles règles pour le naturisme. Quelques semaines plus tard, le subalterne qui exigeait notre obéissance m’a téléphoné pour me dire que nous pouvions continuer d’installer nos piquets de zone de baignade…

    Au début de l’été 2015, j’ai appris que M. Richard Rozon venait de prendre sa retraite et qu’il était remplacé par une femme. Au début de l’été 2016, la nouvelle directrice est venue sur la plage féliciter une naturiste pour son bon travail – c’est elle, une amie, qui me l’a dit. On m’a aussi rapporté au début de l’été 2017 que la directrice avait l’intention de bien traiter les naturistes.

    Intervention de la FQN

    Quand j’ai écrit pour dénoncer le mauvais traitement du naturisme dans le parc d’Oka, j’ai aussi fait appel à la Fédération québécoise de naturisme, dont M. Michel Vaïs est le fondateur. Comprenant qu’une nouvelle dynamique se présente pour la reconnaissance officielle du naturisme dans le parc d’Oka, M. Vaïs a écrit à la nouvelle directrice. Une subalterne a répondu en lui offrant une rencontre cet automne 2017. C’est ainsi que la FQN et M. Vaïs m’ont invité à travailler avec eux pour rencontrer la nouvelle directrice du parc d’Oka. Des changements importants pour le naturisme dans ce parc se feront dès l’été 2018, c’est ce qui est écrit dans la lettre que M. Vaïs a reçue.

    Depuis que la nouvelle directrice est en poste, le premier changement est survenu au début de cet été 2017. Le petit bistro qui se trouvait de l’autre côté du chemin a été remplacé par un autre qui a été installé au bord de la plage. Nous étions ravis, car il n’est plus nécessaire de traverser le chemin, et nous pensions que nous pourrions être servis nus. Eh bien non, même si la serveuse du bistro voit de près des gens nus sur la plage, le droit d’acheter est réservé aux personnes qui se présentent vêtues ! Le comptoir étant élevé au-dessus du sexe d’un adulte, il n’y a pas d’argument hygiénique pour justifier cette discrimination. Comment ne pas comprendre le message méprisant qu’une personne nue n’est pas digne d’acheter ?

    C’est seulement par la reconnaissance officielle du naturisme sur la plage d’Oka qu’une réglementation rationnelle et respectable de notre secteur sera écrite, et que le public saura enfin que le naturisme sur notre secteur de plage n’est pas un crime, mais un mode de vie sain et digne de respect ! Donc, obtenir cette reconnaissance est notre but principal.
    Si Satan veut nous détruire, pourquoi m'a-t-il conçu?

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