17 juillet 2011
La Grèce et l’Euro : Une situation de dette excessive et improductive et d’implosion financière (Dissident Voice)
Si vous ne pouvez pas l’expliquer simplement, c’est que vous ne le comprenez pas assez bien.
– Albert Einstein (1879-1955), professeur et physicien théoriste né en Allemagne. Prix Nobel 1921
Chaque génération doit payer ses propres dettes. Si ce principe était appliqué il y aurait moitié moins de guerres dans le monde.
– Thomas Jefferson (1743-1826), 3ème Président des USA (1801-09)
Ayant vu les peuples de tous les autres pays écrasés par les guerres et les prodigalités de leurs dirigeants, j’ai voulu favoriser au contraire la paix, l’épargne et le règlement de la dette publique car j’étais convaincu que c’était le meilleur chemin vers le bonheur et la prospérité publique et privée.
– Thomas Jefferson
Le 4 juillet, l’organisme de prêt Standard & Poor’s a dit la vérité en ce qui concerne la Grèce, à savoir que ce pays est en faillite financière. Aucun tour de main, aucune occultation, aucune réorganisation de la dette et aucune aide "innovante" ne pourra dissimuler le fait que les règles défectueuses qui régissent la zone Euro aient donné l’occasion à certains de ses 17 membres de succomber à la tentation d’un endettement excessif et improductif suivi d’un défaut de paiement de la dette accompagné d’une écrasante hausse des coûts d’emprunt.
La Grèce (11 millions d’habitants) a, en fait, abusé de la crédibilité que lui donnait son adhésion à la zone Euro.
En 2004, par exemple, le gouvernement grec s’est embarqué dans des dépenses somptuaires pour accueillir les jeux olympiques de l’été 2004 d’un montant de 7 milliards d’Euros (12,5 milliards de dollars). Puis de 2005 à 2008, le même gouvernement a décidé de faire d’autres folles dépenses, cette fois pour acheter toutes sortes d’armes dont il n’avait pas besoin à des fournisseurs étrangers. Accumuler une énorme dette étrangère de 533 milliards (2010) était la solution de facilité. Mais tôt ou tard, il faut payer le joueur de pipeau et on ne peut plus cacher le montant de la dette.
La situation financière actuelle de la Grèce (et celle d’autres pays européens comme l’Espagne, le Portugal, l’Irlande et même l’Italie) sont comparables à celle de l’Argentine il y a 10 ans environ. Dans chaque cas,
un membre problématique d’une union monétaire donnée a conduit à un endettement étranger disproportionné qui a engendré une fuite des capitaux et une ruineuse déflation* par la dette.
Dans le cas de l’Argentine, le pays avait décidé d’adopter le dollar étasunien comme monnaie alors même que le niveau de productivité de l’Argentine était inférieur d’un tiers à celui des USA. Un taux de change artificiel de un peso=un dollar étasunien a tenu pendant presque dix ans avant l’effondrement inévitable.
Il est vrai que l’adhésion à une union monétaire d’un groupe de pays qui adopte une monnaie commune peut être un moyen puissant de stimuler l’économie et la productivité en bridant l’inflation quand ces unions monétaires sont bien construites mais elles peuvent se transformer en cauchemar économique quand elle ne le sont pas.
Malheureusement pour de nombreux membres pauvres de l’Europe, les règles d’une union monétaires viable n’ont pas été suivies et les conséquences catastrophiques de cette erreur ne devraient pas surprendre ceux qui ont une certaine connaissance de la finance internationale.
(...)
Maximum de 10 000 caracteres.
De nombreux économistes pensent que la meilleure solution pour la Grèce et le reste de l’Union Européenne serait de mettre en oeuvre "une cessation de paiement organisée" de la dette publique grecque qui permettrait à Athènes de sortir de l’Euro et de reprendre sa monnaie nationale, le drachme, à un taux inférieur. Cela éviterait à la Grèce une longue dépression économique.
Refuser d’accepter l’évidence c’est à dire, une cessation de paiement organisée, ferait plaisir aux banquier créanciers de la Grèce mais nuirait grandement à son économie, ses travailleurs et ses citoyens. C’est à cela que servent les lois sur la faillite, à libérer les débiteurs de dettes impossibles à rembourser.
De toute évidence le pays le plus endetté de la terre n’est pas la Grèce mais les USA. permettez-moi de conclure en disant ceci : Si les politiciens étasuniens n’arrêtent pas de jouer à des jeux politiques avec l’économie, beaucoup d’Etasuniens vont souffrir dans les mois et les années qui viennent et d’autres pays seront contaminés.
Que l’Europe et les USA soient en difficulté économique tous les deux en même temps est une très mauvaise chose pour l’économie mondiale.
Rodrigue Tremblay
Rodrigue Tremblay est professeur Emérite d’économie à l’université de Montreal. Il a écrit "The Code for Global Ethics" et "The Code for Global Ethics, Ten Humanist Principles (préfacé par Dr. Paul Kurtz). On peut le joindre à :
rodrigue.tremblay@yahoo.com
Pour consulter l’original :
http://dissidentvoice.org/2011/07/gr...ial-implosion/
Traduction : Dominique Muselet pour LGS
Note :
*Déflation : Diminution importante et durable des prix. Politique de déflation : politique de lutte contre l’inflation se traduisant par des mesures visant à la baisse de la demande globale (diminution de la masse monétaire, des dépenses publiques, augmentation de la pression fiscale). Le Petit Robert Déflation par la dette :
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2354
**Zone monétaire optimale :
http://www.erudit.org/revue/ae/2000/v76/n4/602337ar.pdf
*** La liquidité d’un marché financier représente la capacité à acheter ou à vendre rapidement les actifs qui y sont cotés sans que cela ait d’effet majeur sur les prix. Plus un marché est liquide, plus il est aisé, rapide et peu coûteux d’y réaliser des transactions. Cette caractéristique figure parmi les qualités essentielles que doivent garantir les bourses de valeurs. (Wikipedia).