INFLATION DOLLORAMIQUE...
25 mai 2011
Pendant que nos jeunes décrocheurs essaient de se ramasser des liquidités au POKER, nos vieux (ceux qui n’ont pas de VR) font la file aux kiosques de Loto-Québec ou vont se magasiner des cannes de beans au Dollorama.
Chez IGA Extra, le pain blanc tranché mince se vend maintenant $3.29 et le deux litres de lait (du 2%) se vend $4.00 (un peu plus que le prix de 2 litres d’essence). Ça fait $7.29 (non taxable) pour un citoyen laïque non subventionné et non indexé. L’UPA contrôle les prix et savent très bien qu’on ne peut pas tous aller magasiner à Plattsburgh. C’est pas mal plus cher que chez Moisson Québec. Ce n’est pas un problème pour nos médecins ou nos dentistes (à moins qu’ils n’aient divorcé). À quand le retour des coupons de rationnement et de la soupe populaire ? Je vous ferai grâce des prix de détail des autres denrées et marchandises puisque je suppose que la plupart d’entre vous ont au moins l’équivalent d’une 7ème année ou ont eu l’idée de comparer les prix sur Internet.
Mon enquête se poursuit au Dollorama (ces magasins escomptes remplis de cossins chinois à $1.00 et qui poussent maintenant comme des champignons) où je suis allé prendre le pouls du Peuple. Rien d’intéressant à prime abord, si ce n’est cette VOIX bizarre de quinquagénaire qui résonne haut et fort dans une allée...Attiré par ce «jacassage» insolite, je cherche à m’approcher pour espionner. Au début, je pensais qu’ils étaient deux car elle s’adressait à l’autre comme pour valider une liste d’épicerie. Puis je dois réaliser que l’autre «entité» s’est désincarnée. Un mystère.
Tout en monologuant, je la vois qui ramasse des cannes de «beans»...puis s’attarde sur des pois verts comme un prospecteur qui vient de découvrir un filon d’or natif. En voilà une qui n’intéresse plus les expertes en placements de Desjardins. Je m’approche de ce phénomène contemporain et original pour m’instruire sur l’Espèce...la Condition Humaine...Je la trouve sympathique. C’est une «battante» qui ressemble à mes vieilles tantes...
-- Je viens m’approvisionner ici tous les deux jours, laisse-t-elle entendre à son unique public (moi-même) tout en évitant de me regarder.
-- Vous avez l’air d’aimer ces petits pois ? Pourquoi ne pas prendre la boîte qui reste ? (j’en avais déniché une autre).
-- Non, me dit-elle, il faut la garder pour les AUTRES (tiens, une Chrétienne en détresse qui s'intéresse aux autres...)...Puis, reprenant son panier et poursuivant son monologue original : «Une chance que j’ai ces aubaines pour me ravitailler...» marmonne-t-elle tout en s'éloignant en compagnie de son «entité».
Stimulé par ces manoeuvres insolites, je me ramasse une boîte de «Corned Beef» du Brésil à $2.00, histoire de participer à l’Opération Sauve-Qui-Peut. Cette pauvre dame qui soliloque (les spécialistes diraient une dérangée ou une désinstutionalisée) me montre combien la SOLITUDE qui échappe au temps ne peut être comblée par des IPod ou par YouTube. Beaucoup sont et seront enfermés en eux-mêmes et abandonnés à leur sort. Elle a tellement besoin d’écoute et de réconfort (son conjoint est peut-être mort) qu’elle s’est en quelque sorte inventé un personnage «dédoublé» qui joue à la fois les rôles d’animateur et de répondant. Elle se fait son propre CINÉMA (je me fais mon Cinéma) parlant dans une mer d’indifférence silencieuse. Pour un bref instant, j’ai joué le rôle du spectateur intéressé à sa programmation qui me rappelle toute notre fragilité.
Ce qui me rappelle un passage de Victor Hugo (Retraite de Russie, 1812):
La solitude vaste, épouvantable à voir,
Partout apparaissait, muette, vengeresse...
Et chacun se sentant mourir, on était seul.




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Je le lis tout de suite.
