Affiche les résultats de 1 à 8 sur 8

Sujet : Petrowski regrette Cantat

  1. #1

    Petrowski regrette Cantat

    Publié le 09 mai 2012 à 07h21

    Cantat, après coup

    Nathalie Petrowski
    La Presse

    C'est l'éléphant au milieu de la pièce et, dans ce cas précis, au milieu de la scène du TNM. Il n'est pas là, mais on ne voit que lui. On n'entend que lui. On ne pense qu'à lui. Sa musique magnifique et envoûtante, composée pour le spectacle, ne fait qu'accentuer l'effet. Je parle bien entendu de Bertrand Cantat, vedette absente des trois pièces de Sophocle mises en scène par Wajdi Mouawad et présentées jusqu'au 6 juin au TNM sous le titre Des femmes. Vous connaissez l'histoire. Bertrand Cantat devait être sur scène pendant les trois pièces, à titre de chef d'un choeur qui, dans les faits, ne comporte qu'un seul chanteur et choriste: Bertrand Cantat. Mais le tollé que son éventuelle prestation chez nous a soulevé, doublé de l'intervention très politique du fédéral qui a décrété qu'il n'était pas le bienvenu au Canada, ont eu raison de sa venue. C'était il y a un an.

    Fast-forward à vendredi soir dernier alors que le marathon Sophocle, qui a soulevé tant d'indignation et tourné un peu partout en Europe, s'ouvrait à Montréal sur Les Trachiniennes, la pièce la plus faible des trois malgré les efforts louables de Sylvie Drapeau qui y tient le premier rôle.

    Tellement faible, que j'ai cru un instant que Wajdi avait fait appel à Bertrand Cantat uniquement pour donner du tonus et de l'intérêt à cette pièce figée et ennuyante comme la pluie. En même temps, son remplaçant, Igor Quezeda, un chanteur chilien, avait beau déployer sa belle voix grave sur les musiques de Cantat, sa présence ne faisait qu'augmenter l'absence criante du chanteur maudit.

    J'ai repensé aux propos de la directrice du TNM qui, l'an passé, en cédant à la pression populaire, avait déclaré qu'en fin de compte c'était mieux que Cantat ne monte pas sur la scène du TNM, car sa présence physique aurait détourné l'attention du public de la proposition artistique.

    Un an plus tard, ces propos me sont apparus dans toute leur sidérante incongruité. Cantat n'aurait rien détourné du tout. Il était au centre, voire au coeur même du projet artistique. Sa présence était en soi LE propos et LA proposition. Wajdi Mouawad a construit l'édifice de son spectacle autour de Cantat, en misant sur la provocation, bien sûr, mais aussi sur le charisme, le talent, la présence de scène spectaculaire de l'ex-chanteur de Noir Désir. Et sans Cantat, autant dire que si l'édifice ne s'écroule pas, il est passablement bancal.

    Il y a un an, j'aurais sans doute prétendu le contraire. Mais la vérité, c'est que vendredi soir je me suis ennuyée de Bertrand Cantat pendant les six heures et demie de la durée du spectacle. Pas du type qui a été accusé d'homicide involontaire sur sa compagne, l'actrice Marie Trintignant, et qui a purgé sa peine. Pas de celui qui traîne un parfum de soufre et de scandale dans son sillage et qui procure aux esprits tordus un frisson cheap. Je me suis ennuyé de l'artiste, de sa voix, du magnétisme de sa présence physique. Je me suis ennuyée de celui qui aurait fait toute la différence entre un grand spectacle, poignant, dérangeant, déroutant, et un spectacle correct, bon par moments, très «plate» par d'autres.

    L'an passé à pareille la date, la société québécoise au grand complet s'est mobilisée contre la venue de Bertrand Cantat. J'en faisais partie et je le regrette. Je regrette de m'être jointe à une meute qui était trop occupée à japper et à se gargariser de son indignation pour s'intéresser vraiment à ce dont il était question. Je regrette d'avoir participé à la mise à mort d'un artiste et au sacrifice de sa liberté sur l'autel de l'intolérance, de la vindicte populaire, de l'inculture.


    J'en entends affirmer que Wajdi Mouawad n'avait pas le droit de mêler le théâtre et la réalité, pas le droit de parler de la domination des femmes à travers un homme qui a dominé la sienne au point de la tuer. J'ai envie de leur répondre de quel droit, eux, se permettent-ils de dicter ce qu'un artiste a le droit ou non de faire ?

    Si Wajdi Mouawad a commis une erreur, ce n'est pas d'avoir mêlé la réalité et le théâtre. C'est de ne pas avoir prévu l'électrochoc qu'il risquait de déclencher avec son projet et de n'être pas allé au front, au-devant des coups, en présentant et en expliquant lui-même sa démarche. S'enfermer dans un mutisme têtu pendant que la société québécoise s'entre-déchirait sur la question fut sa grande erreur. Mais ce qui est fait est fait. On ne peut pas revenir en arrière. On ne peut qu'aller de l'avant. À certains égards, c'est ce que le spectacle Des femmes m'a permis de faire. Il y a un an, je jugeais Bertrand Cantat coupable pour l'éternité et indigne de remonter sur scène. Depuis minuit vendredi soir, je lui ai pardonné. Si c'était ultimement ce que Wajdi Mouawad visait, c'est réussi.

    xxxxxxxxx


    L'art sauve. Pas le moralisme qui veut forcer un artiste à disparaître parce qu'il a commis un acte criminel.
    Si Satan veut nous détruire, pourquoi m'a-t-il conçu?

  2. #2
    Marc Cassivi ne veut pas voir l'oeuvre censurée :

    Publié le 28 avril 2012 à 16h45 | Mis à jour le 28 avril 2012 à 16h45

    Je n'irai pas

    Marc Cassivi
    La Presse

    Je vais presque toujours voir les pièces de Wajdi Mouawad. Parce que j'aime sa façon poétique de confronter les idées reçues.

    Je vais presque toujours voir les pièces de Wajdi Mouawad parce que la densité de son oeuvre me fascine. Et que sa manière baroque et tragique de tracer son sillon, en approfondissant chaque fois les mêmes thématiques, m'inspire.

    Je vais presque toujours voir les pièces de Wajdi Mouawad parce que c'est un artiste qui ne craint pas la réflexion ni le choc des idées. Un trublion qui remet en question l'ordre établi.

    J'aime Wajdi Mouawad parce qu'il porte la plume dans la plaie. Même s'il m'exaspère parfois, quand il sermonne, qu'il dramatise, qu'il broie du noir. La vie n'est pas que Beyrouth sous les bombes.

    Je vais presque toujours voir les pièces de Wajdi Mouawad. Mais je n'irai probablement pas voir la trilogie Des femmes de Sophocle, dans une mise en scène de Mouawad au Théâtre du Nouveau Monde, la semaine prochaine.

    Pas parce que Bertrand Cantat devait interpréter les choeurs sur scène. Précisément parce qu'il ne le fera pas.

    En juillet 2003, au terme d'une violente dispute dans un hôtel de Vilnius, en Lituanie, Bertrand Cantat a tué sa compagne, l'actrice Marie Trintignant. L'ex-chanteur de Noir Désir a été condamné pour son crime et a purgé sa peine.

    Sa sentence a été jugée trop clémente par bien des Québécois qui, en apprenant la nouvelle de sa présence dans la pièce de Mouawad, ont eu un réflexe de rejet viscéral. Un tueur de femme qui interprète les choeurs du cycle Des femmes. La symbolique, provocatrice, a semblé trop chargée pour plusieurs.

    Dans la foulée de la contestation, le gouvernement conservateur a déclaré que Bertrand Cantat, pourtant venu au Québec à quelques reprises depuis sa libération, n'obtiendrait pas de permis de séjour au Canada. Il a été décidé en conséquence qu'il ne foulerait pas les planches du TNM.

    C'était il y a un an. Samedi prochain, le cycle Des femmes sera présenté à Montréal, tel que prévu, sans Bertrand Cantat. D'aucuns s'en félicitent. Même si, ironiquement, la trilogie a été mieux accueillie par la critique lorsque Cantat était présent sur scène.

    J'interprète l'absence du chanteur à Montréal comme une victoire des censeurs. Lorsqu'une oeuvre d'art est amputée de l'un de ses éléments, pour des raisons de moralité, il s'agit rarement d'une bonne nouvelle.

    Bertrand Cantat est, restera, un tueur. Mais il est aujourd'hui un homme libre. Le droit, lituanien et français, en a décidé ainsi. Il a le droit d'être réhabilité. Il a le droit de recouvrer son statut d'artiste. Il a le droit d'interpréter les choeurs d'une trilogie de Sophocle, dans une mise en scène de son ami Wajdi Mouawad. Et chacun devrait avoir le droit de l'entendre ou pas.

    Qu'on me comprenne bien: je ne cautionne d'aucune manière le geste, indéfendable, que Betrand Cantat a fait. Je ne prétends pas qu'il ne faille pas discuter de la décision controversée de Mouawad de l'inclure dans sa plus récente production.

    Ce que je regrette, c'est que l'on ait décidé qu'il est préférable que je n'entende pas Cantat chanter. Que l'on ait jugé qu'il était inacceptable que je puisse le voir sur scène. Et que l'on m'empêche d'apprécier la mise en scène de Mouawad telle qu'elle a été imaginée et conçue, dans son intégrité, sans compromis.

    Je n'irai pas voir la trilogie Des femmes. Parce que je refuse les diktats d'une société infantilisante. Que je crois à la réhabilitation des criminels. Et que je n'ai pas envie, d'aucune manière, de cautionner la censure.
    Si Satan veut nous détruire, pourquoi m'a-t-il conçu?

  3. #3
    Participant
    Inscrit
    March 2011
    Lieu
    En région!
    Messages
    8 382
    Cantat n'a pas été puni pour son crime. La loi du pays où il était fait en sorte que l'on peut s'excuser d'un crime lorsque sous l'influence de l'alcool ou de la drogue. La réhabilitation dans son cas consiste donc à ne pas punir le geste posé. Parce que c'est un artiste.

    C'est dégoûtant.
    "Être souverainiste, ça n'est pas de vouloir un référendum".
    - Lucien Bouchard

    Pourquoi je ne peux plus être souverainiste:
    "Moi aussi, c'est surtout par dogme que je veux que le Québec devienne souverain. Que ça soit plus profitable, moins profitable sur le court, moyen, long terme ... c'est pas vraiment ça qui m'émeut"

  4. #4
    Participant
    Inscrit
    April 2011
    Lieu
    Kingsey Falls
    Messages
    10 648
    Citation Envoyé par Viper37 Voir le message
    Cantat n'a pas été puni pour son crime. La loi du pays où il était fait en sorte que l'on peut s'excuser d'un crime lorsque sous l'influence de l'alcool ou de la drogue. La réhabilitation dans son cas consiste donc à ne pas punir le geste posé. Parce que c'est un artiste.

    C'est dégoûtant.
    C'est à elle de punir Cantat?
    Mon seul désir est de travailler au bien général et l'on verra, je crois, que notre intérêt le plus véritable est de travailler à établir dans ce pays l'unité de race avec l'unité de la vie nationale et l'unité de langage

    D'Alton McCarthy, député conservateur.

  5. #5
    Participant Avatar de Thanh
    Inscrit
    April 2011
    Messages
    1 518
    J'attend encore les articles similaires prônant la réhabilitation de Jeff Fillion, lui aussi massacré pour une infime partie de sa vie qui n'est toutefois PAS une offense criminelle. Étrange comment le traitement des cas Polanski et Cantat diffèrent de ceux plus locaux de Jeff Fillion, Pierre Mailloux, Yves Michaud, etc.

    La réalité est qu'aucun droit n'a été brimé. La pression est venue de donateurs et de commanditaires qui menaçaient de se retirer si la pièce était présentée avec le meurtrier. La prochaine folie de Mouawad sera quoi ? Une pièce sur l'art de garder des adolescentes mettant en vedette Karla Homolka ?

  6. #6
    Participant
    Inscrit
    April 2011
    Lieu
    Kingsey Falls
    Messages
    10 648
    Citation Envoyé par Thanh Voir le message
    J'attend encore les articles similaires prônant la réhabilitation de Jeff Fillion, lui aussi massacré pour une infime partie de sa vie qui n'est toutefois PAS une offense criminelle. Étrange comment le traitement des cas Polanski et Cantat diffèrent de ceux plus locaux de Jeff Fillion, Pierre Mailloux, Yves Michaud, etc.

    La réalité est qu'aucun droit n'a été brimé. La pression est venue de donateurs et de commanditaires qui menaçaient de se retirer si la pièce était présentée avec le meurtrier. La prochaine folie de Mouawad sera quoi ? Une pièce sur l'art de garder des adolescentes mettant en vedette Karla Homolka ?
    Je suis bien d'accord avec toi. Tout le monde a le droit de se dissocier d'une personne qu'on juge "infréquentable".
    Ce qui n'empeche pas qu'une autre personne puisse le déplorer.
    Mon seul désir est de travailler au bien général et l'on verra, je crois, que notre intérêt le plus véritable est de travailler à établir dans ce pays l'unité de race avec l'unité de la vie nationale et l'unité de langage

    D'Alton McCarthy, député conservateur.

  7. #7
    Participant
    Inscrit
    March 2011
    Lieu
    En région!
    Messages
    8 382
    Citation Envoyé par Queb Voir le message
    C'est à elle de punir Cantat?
    Est-elle d'obliger de regretter ce qui lui arrive comme si il était une victime innocente?
    "Être souverainiste, ça n'est pas de vouloir un référendum".
    - Lucien Bouchard

    Pourquoi je ne peux plus être souverainiste:
    "Moi aussi, c'est surtout par dogme que je veux que le Québec devienne souverain. Que ça soit plus profitable, moins profitable sur le court, moyen, long terme ... c'est pas vraiment ça qui m'émeut"

  8. #8
    Participant
    Inscrit
    April 2011
    Lieu
    Kingsey Falls
    Messages
    10 648
    Citation Envoyé par Viper37 Voir le message
    Est-elle d'obliger de regretter ce qui lui arrive comme si il était une victime innocente?
    ce n'est pas ce qu'elle a dit.

    Et rien ne l'oblige a dire quoi que ce soit.

    Par contre, est-elle obligée de fermer sa yeule?
    Mon seul désir est de travailler au bien général et l'on verra, je crois, que notre intérêt le plus véritable est de travailler à établir dans ce pays l'unité de race avec l'unité de la vie nationale et l'unité de langage

    D'Alton McCarthy, député conservateur.

Règles des messages

  • Vous ne pouvez pas créer de sujets
  • Vous ne pouvez pas répondre aux sujets
  • Vous ne pouvez pas importer de fichiers joints
  • Vous ne pouvez pas modifier vos messages
  •  
  • Les BB codes sont Activés
  • Les Smileys sont Activés
  • Le BB code [IMG] est Activé
  • [VIDEO] code is Activé
  • Le code HTML est Désactivé