Parlons d’éthique et philanthropie
17 février 2012
Je fais comme si c'était vrai et que j'avais l'immense honneur de rencontrer, malgré son horaire extrêmement chargé, L. Jacques Ménard en personne de la Bank of Montreal dans les luxueux bureaux de l'institution à Toronto.
Rien qu'à y penser je jouis en rêve de le voir répondre au téléphone, durant notre « meeting », au premier ministre du Québec Jean Charest ou à Laurent Beaudoin, président du plus gros assisté social au pays, Bombardier afin de leur prodiguer ses savants conseils sur comment gérer efficacement et lucidement l'État.
Vraiment trop beau pour être vrai. Je répète donc l'exercice initié dans mon précédent article en simulant interviewer L. Jacques Ménard et ainsi donner des idées de questions à mes amis journalistes aplatventrismes qu'ils n'ont jamais osé lui poser de peur de le froisser et de le contrarier.
En passant, faut surtout pas oublier le L. avant Jacques quand vous écrivez son nom. Admettez que Jacques Ménard sans le L. qui précède, ça fait commun pour un homme aussi extraordinaire.
1. Monsieur Ménard, en 2011, la Banque de Montréal a réalisé un autre profit record de 3.3 milliards $ (Le Devoir, 7 décembre 2011) et un incroyable 23.6 milliards $ pour les six grandes banques canadiennes. (Le Devoir, 9 décembre 2011). Bien évidemment, le fait que les banques canadiennes forment, selon la revue The Economist « un oligopole confortable » fait que: « les Canadiens paient plus chers que les autres leurs services financiers et qu'il y a peu de place pour l'innovation ». (Les Affaires, 22 mai 2010). Pourtant, l'innovation n'est-elle pas un de vos nombreux cheval de bataille ? N’avez-vous pas demandé aux Québécois d’être plus productifs? (Métro, 1er mars 2011). Avez-vous déjà pensé à exiger des banques d’être plus novatrices avant de le demander aux Québécois?
2. Monsieur Ménard, pouvez-vous s.v.p. prendre note du titre de ces deux articles publiés dans La Presse du 29 juillet 2008 : « Le Canada, paradis fiscal des entreprises » et du 5 mars 2010 : « Entreprises. Des taux d'imposition parmi les plus bas au monde ». Ca aussi ça doit aider à engranger facilement des bénéfices records année après année en plus d'avoir comme dirigeants de banques d'anciens ministres conservateurs comme Jim Prentice et Michael Fortier et d'avoir d'anciens banquiers comme politiciens au parti libéral du Québec en Clément Gignac et Nicole Ménard.
Et comme si ce n'était pas assez, vous demandez d'autres baisses d'impôts pour les entreprises comme l'indique le titre de cet article du Devoir du 16 août 2011: « Les banques canadiennes veulent un assouplissement du régime fiscal ».
Ne trouvez-vous pas que vous exagérez un peu beaucoup ? Je suppose que vous demandez des baisses d'impôts, même en période de profits records, afin d'aider les jeunes à moins décrocher à l'école et à mieux financer notre système de santé publique, deux services publics qui vous tiennent tant à coeur ?
Ne pourrait-on pas plutôt faire comme ailleurs dans le monde et augmenter les impôts des banques et de leurs dirigeants ? Est-ce par «équité» que vous exigez des baisses d’impôts additionnelles ?
3. Puis monsieur Ménard, êtes-vous vraiment sérieux quand on lit le titre de cet article de journal: « BMO veut réformer les REER » (La Presse, 23 avril 2010) ?
Sachant qu'un Canadien sur quatre seulement cotise annuellement à un régime enregistré d'épargne retraite (REER) pour une médiane de 2 800 $ l'an, votre banque trouve que limiter fiscalement la cotisation annuelle à 23 000 $ c'est profondément injuste pour les riches.
Je sais bien que les REER sont très payants pour votre banque, mais il y a une maudite limite sachant que les REER coûtent chaque année en fonds publics au moins 20 milliards $ au fédéral et 4 milliards $ à Québec pour accommoder des pachas.
Est-ce par solidarité que vous voulez déplafonner les REER ? Ne pourrait-on pas plutôt «réformer», en les augmentant, les pensions de vieillesse du fédéral plutôt que de consentir d’autres cadeaux fiscaux à vos riches sultans?
4. Tiens une question drôle pour alléger l'atmosphère. Dans La Presse du 17 novembre 2003, vous avez publié une autre merveilleuse opinion intitulée: « faisons preuve d'imagination. Nous sommes arrivés à un tournant où l'État ne peut plus tout faire tout seul ».
Premièrement, l'État a-t-il déjà fait tout, tout seul mister Ménard ? Deuxièmement, l'État ne peut tout faire seul, mais vous, vous pouvez presque tout faire seul de l'éducation à la santé, à la syndicalisation, à la sous-traitance, à la fiscalité, aux critères psychologiques de la réussite et j'en passe. Pouvez-vous m'expliquer ?
C'est vous qu'il nous faut comme premier ministre à la fois au fédéral et au provincial. Encore mieux, ne pourrait-on pas abolir les parlements et faire en sorte que l’État soit géré par vous et votre banque ? Vous êtes tellement à la fois pragmatique et lucide !
5. Chaque année les banques canadiennes, et aussi la vôtre, détournez des milliards de revenus et d'impôts, autrement payables ici au Canada, dans les paradis fiscaux où vous comptez des centaines de filiales. Est-ce par « philanthropie » que vous vous adonnez allègrement à ces gestes vraiment criminels avec la bénédiction de vos élus ?
Dans Le Devoir du 7 décembre 2011, la journaliste Lisa-Marie Gervais vous qualifiait de « célèbre banquier philanthrope » ? Je mets ce superlatif sur le compte de l'ironie et du sarcasme de la part de ladite journaliste. Mais si, au contraire, elle le pense vraiment, elle est carrément un danger public. Faudrait mieux qu'elle pense à devenir lobbyiste ou qu’elle consulte.
Dans La Presse du 25 avril 2009, vous avez publié une autre opinion intitulée : « un drame humain. Au-delà des chiffres, la lutte contre le décrochage scolaire est une affaire de cœur ».
Et l'évasion fiscale dans les paradis fiscaux que vous pratiquez et pour laquelle vous aidez vos clients fortunés à faire de même, n'est-ce pas encore plus « un drame humain »?
L’évasion fiscale dans les paradis, est-ce aussi une affaire de cœur, monsieur Ménard ? Pensez-vous vraiment que le décrochage scolaire est seulement une affaire de coeur et rien d'autre ? Vous êtes un authentique modèle de vertu.
En passant, pourrais-je remercier chaleureusement La Presse de consacrer plein d'entrevues et d'opinions à Jacques Ménard. Il le mérite bien et il éclaire nos lanternes. À quand une artère au centre-ville nommée : «Boulevard L. Jacques Ménard» ? Ne pourrait-on pas aussi nommer le nouveau pont Champain qui sera construit en PPP «Pont L. Jacques Ménard» ?
6. Je vous ai entendu dire à la radio, à la télé et un peu partout que nous sommes la sommation des choix que nous faisons et que nous avons faits, dans le passé.
Monsieur Ménard, est-ce que tout le monde est égal en terme de choix ? Les riches n'ont-ils pas plus de possibilités de choix que la classe moyenne et les pauvres qui très souvent doivent s'accommoder des choix effectués par nos maîtres économiques qui contrôlent à peu près tout ?
C'est quoi le choix des employés « flushés » récemment lors de nombreuses fermetures d’usines ? C'est quoi le choix d'un malade atteint d'un cancer qui n'a pas les moyens d'aller au privé, que vous encouragez d'ailleurs, et qui doit attendre plusieurs mois avant de passer un scan pour ensuite se faire opérer quelques mois plus tard ? Est-ce par choix qu'il préfère attendre et prendre le risque d'en mourir ?
Où faire comme le gars aux États-Unis qui a « volé » une banque pour recevoir des soins. (La Presse, 22 juin 2011). Même s'il a braqué une banque, je crois que, devant une maladie grave et des soins privés aux coûts exorbitants, que vous allez trouver ce choix individuel humainement acceptable. Moi, en tout cas, je ferais la même chose face à la maladie de mon enfant et vous ?
7. Oups, une autre de vos nombreuses opinions publiée dans La Presse du 4 mars 2010 intitulée: « L'éducation financière, une nécessité ». Une nécessité vraiment monsieur Ménard ?
Je vous en prie Jacques, soyons sérieux. Oh, oh, que vois-je dans Le Journal de Montréal du 18 mai 2007: « Gaz naturel ». Le mauvais pari de BMO coûte 680 millions $ et dans celui du 17 novembre 2004: « La fin des recours légaux des anciens actionnaires des Expos. « Je suis triste, mais je n'ai aucun regret ».
Dire que vous vous êtes fait emberlificoter comme un enfant d'école par l'américain Jeffrey Loria, un vendeur d'oeuvres d'art, que vous accusiez de fraude, vous notre grand spécialiste en finance que nos gouvernements consultent régulièrement.
C'est inquiétant. Monsieur Ménard, que diriez-vous d'élaborer un cours élémentaire d'éducation financière en tout premier lieu adressé à nos banquiers. Je mise sur votre inscription ? Ça vous ferait grand bien et vous pouvez compter sur ma collaboration bénévole afin de rédiger une partie du matériel pédagogique.
8. Terminons par une dernière question monsieur Ménard, même si j'en aurais plein d'autres à vous adresser. Je ne voudrais pas abuser de votre temps si précieux. Ah ben, pourquoi ne pas terminer en beauté en prenant le titre de cette autre opinion de vous-même publiée vous savez-où, et ben oui dans La Presse du 22 novembre 2002: « Pour éviter les scandales » et cet autre article paru dans Le Devoir du 15 décembre 2002: « Pour une gouvernance plus éthique » : Le Devoir aussi vous aime et vous admire. Évidemment que je suis jaloux, moi dont les opinions ne sont jamais publiées dans ces très grands médias d'information.
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