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Sujet : L'homme cosmique

Vue hybride

  1. #1
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    L'homme cosmique

    L'homme cosmique

    L'homme cosmique représente une étape de l'évolution. Nous ne sommes pas encore parvenus à cette étape. Elle se trouve quelque part dans le devenir de l'homme. Car, l'homme est fait pour devenir.

    Avant de parvenir à cette étape, nous devons achever celle dans laquelle nous sommes engagés dont l'aboutissement est l'homo sapiens.

    Une étape de l'évolution

    L'homme tel qu'il est aujourd'hui représente, dans le système de référence actuel, ce qu'il y a de plus évolué. Mais cette forme de vie que nous sommes poursuit sa transformation, puisqu'il n'y a de permanent que la transformation. Tels que nous sommes aujourd'hui, nous sommes à un moment d'une longue évolution : un maillon d'une longue chaîne dont l'origine se perd - comme on dit - dans la nuit des temps, et dont l'aboutissement est sans doute de l'ordre de l'infini : depuis la molécule originelle, réelle ou mythique, jusqu'à un être que je n'arriverais pas à concevoir si je le voulais et qui, du reste, sera lui-même en devenir...

    À un moment de l'évolution, la participation au processus est inconsciente : les végétaux, les animaux ne sont pas conscients de participer à un processus d'évolution; et bien peu d'humains le sont, il faut bien le dire. L'homme cosmique participerait du même processus, mais sa participation serait consciente. Elle serait aussi, non plus passive comme la nôtre, mais active : c'est-à-dire qu'il ne serait pas seulement comme nous le sommes, agis par le processus, mais qu'il pourrait aussi agir sur le processus - intervenir dans l'évolution. Non pas, ici, sur le plan génétique de la mécanique de l'évolution, mais plutôt sur le plan de la conscience.

    Les civilisations technologiques

    À une étape de leur évolution, les civilisations débouchent sur un savoir qui rend possible leur autodestruction. C'est précisément à cette étape que nous sommes parvenus. C'est une épreuve : ou bien l'homme franchit cette étape et il crée alors une civilisation d'un niveau de conscience plus élevé; ou bien il régresse à un stade antérieur pour éventuellement tenter à nouveau de franchir cette étape décisive.

    Franchir cette étape suppose, entre autres choses, qu'il exerce une domination sur ce qui, en lui, participe de l'instinct : ce qui procède du vieux cerveau, le paléo-cortex - qu'il exerce, par exemple, une domination sur son agressivité; cela suppose aussi qu'il prenne en charge son environnement : au cours des quatre derniers millénaires, il s'est employé à dominer la nature, il en a fait la conquête comme si elle était son pire ennemi, alors qu'il participe lui-même de la nature, qu'il en dépend pour survivre. Désormais, il devra plutôt la prendre en charge, car il devient responsable de la vie minérale, végétale, animale et humaine sur cette planète - ce qui suppose qu'il se prenne d'abord en charge lui-même, qu'il devienne responsable de sa propre vie.

    L'homme cosmique participe consciemment à l'évolution. Il n'est plus seulement entraîné par le programme, mais il intervient au niveau même de l'évolution. Tout se passe comme si le programme avait prévu qu'à une étape, l'être en saurait suffisamment sur lui-même et sur les lois de l'univers, pour non seulement participer consciemment de l'évolution, mais aussi intervenir; se prendre en charge, et, avec lui, l'environnement, ralentissant ou accélérant au besoin le processus, agissant au niveau même de la transformation de l'énergie vers de plus en plus de conscience.

    Si nous parvenons à dépasser cette crise de civilisation, nous serons par le fait même parvenus à un niveau de conscience plus élevé.

    L'homme cosmique, c'est l'étape où l'être, parvenu à un niveau de conscience plus élevé, est en mesure de prendre le contrôle de son évolution. Il devient alors l'égal des dieux.

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  2. #2
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    La technologie : facteurs d'évolution

    Certains facteurs de changement permettent de penser que nous sommes peut-être à la veille de franchir une étape de notre évolution. Parmi ces facteurs, j'en retiens un, qui me paraît jouer un rôle déterminant : la nouvelle technologie.

    Nous parlons ici de l'évolution.

    En termes d'évolution, "à la veille" c'est peut-être l'affaire de quelques générations, d'un siècle, de plusieurs millénaires. Il n'existe aucune échelle qui permette de le déterminer. Mais c'est peut-être aussi en train de se faire.

    Comme on ne sait pas non plus comment, au juste, ça va se passer - la naissance de l'homme cosmique - il est difficile de dire où nous en sommes : Est-ce que, tout à coup, des êtres vont voir le jour avec un niveau de conscience plus élevé que le nôtre?

    Est-ce qu'il s'agit plutôt d'un phénomène individuel - que chacun doit élever son propre niveau de conscience - dans l'espoir que parmi les suivants il s'en trouve qui n'aient pas à partir d'aussi bas...?

    Il existe une interaction entre l'homme et l'environnement. L'homme crée en partie son environnement qui, à son tour, le façonne. Il existe plus particulièrement une interaction entre l'homme et l'outil qui le prolonge.

    L'homme est un animal qui se prolonge dans ses outils. Qui prolongent ses membres. Qui prolongent ses sens.

    La roue prolonge le pied - l'action de marcher, de se déplacer; le marteau prolonge le poing - l'action de frapper; la grue, la pelle mécanique, pour prendre des exemples d'outils de l'ère industrielle, prolongent le bras et la main qui ramasse... Dans le cas du téléphone, il s'agit du prolongement d'un sens : l'ouie et de la faculté de communiquer par la parole.

    Les technologies ont toujours agi sur le processus d'évolution de l'humanité. Et plus la technologie est avancée, plus cette action est considérable : avec la vapeur, par exemple, c'est l'énergie musculaire qu'on prolongeait. Et la vapeur a eu pour effet de créer la société industrielle.

    Plus on avance, plus il devient difficile de définir la nature du prolongement : dans le cas du marteau, c'est simple; mais dans le cas, par exemple, de la télévision, c'est beaucoup plus complexe : la télévision prolonge deux sens : la vue et l'ouie. Mais ce que prolonge la télévision, c'est plus précisément l'expérience auditive ou visuelle. Les enfants qui ont grandi avec la télévision ont effectivement une expérience auditive et visuelle supérieure à celle qu'auraient plusieurs vieillards ensemble.

    Il s'agit, bien sûr, d'une expérience vicariale : non pas d'une expérience directe, mais d'une expérience qui passe par un intermédiaire. Avant l'âge de 10 ans, un enfant a une expérience vicariale de la vie sur l'ensemble de la planète et même au-delà : il a aussi assisté à plusieurs milliers de meurtres... On ne sait pas l'effet à long terme de cette technologie.

    On ne sait pas non plus l'effet à long terme que produira sur la société et sur les individus l'ordinateur - qui est le prolongement d'une partie du cerveau. Pas plus qu'on ne sait l'effet à long terme de l'électromagnétisme, plus simplement l'électricité - qui est la technologie de l'instantanéité et de la simultanéité - et, en particulier de l'électronique. L'énergie qui se trouve ici prolongée n'est pas celle des muscles, comme dans le cas de la vapeur; ce qui se trouve prolongé, en fait, c'est tout le système nerveux, c'est le processus d'acquisition, de stockage, de transformation et de transmission de l'information...

    On parle aujourd'hui de la révolution de la télématique - fusion des médias, en particulier de la télévision et de l'informatique. Ce qui se trouve prolongé, c'est le processus même de la pensée; d'une certaine façon, le processus même de la conscience.

    La nouvelle technologie, comme le croient certains chercheurs, pourrait bien être un facteur mutagène : elle pourrait avoir pour effet d'accélérer le processus d'évolution et peut-être même de provoquer, de contribuer à provoquer, la naissance de l'homme cosmique.

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  3. #3
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    Évolution de notre conception de l'univers

    Depuis des millénaires, notre conception de l'univers et de la place de l'homme dans l'univers va s'élargissant. Il n'y a pas si longtemps, l'homme croyait être au centre de l'univers : on était géocentrique. Dans notre conception de l'univers, on imaginait la Terre au centre, avec le Soleil, la Lune et les planètes qui tournaient autour.

    Curieusement, toutefois, certains penseurs de toutes les époques n'ont jamais accepté une telle vision de l'univers: une pensée qui a vécu comme elle a pu - transmise dans le plus grand secret - a véhiculé certaines informations à travers des époques qui n'auraient pas pu les accepter. PYTHAGORE, par exemple, le grand philosophe grec, enseignait à ses disciples que la Terre était ronde, qu'elle tournait sur elle-même et autour du Soleil... Ce qui donne du poids à la croyance que des civilisations avancées auraient autrefois existé sur cette planète, pour disparaître un jour - puisque "les civilisations sont mortelles" (Paul VALERY) - laissant à quelques initiés le soin de transmettre un savoir secret, une connaissance même, dont des bribes seulement seraient parvenues jusqu'à nous.

    À une étape ultérieure, on est devenu héliocentrique. Dans cette conception de l'univers, on imaginait le Soleil au centre autour duquel tournaient les planètes et leurs satellites.

    À chaque étape, la nouvelle conception de l'univers englobe la précédente. C'est ainsi qu'on a découvert - ou plutôt sans doute redécouvert - d'autres systèmes comme le nôtre : quelques-uns, puis des milliers, des millions, voire même des milliards contenus dans ce qu'on appelle une galaxie; puis, plus récemment, d'autres galaxies : encore une fois des milliers, des millions, des milliards...

    L'AVENTURE DE L'HOMME EST COSMIQUE

    C'est ainsi qu'on voit, ou plutôt qu'on voyait l'univers... Car on parle maintenant de plusieurs univers. Combien? Des milliers, des millions, des milliards peut-être? On a fait beaucoup de chemin depuis l'époque où la Terre nous paraissait au centre du monde... Mais, en un sens, pas tellement...

    Notre savoir s'est étendu, il est vrai, mais notre attitude n'a pas tellement changé : notre aventure est cosmique, nous le savons maintenant, mais notre conscience demeure géocentrique. C'est sans doute dans notre nature, du moins à cette étape-ci de l'évolution. Il y a un décalage considérable entre notre savoir et notre conscience. Et c'est précisément une des raisons de penser que nous serions à la veille de franchir une étape de notre évolution. À la veille peut-être de la naissance de l'homme cosmique.

    Nous sommes devenus plus modestes, c'est un bon signe : le signe, en effet, que nous sommes d'un niveau de conscience plus élevé. Maintenant, il y a l'homme sur la Terre, dans un système parmi d'autres systèmes, dans une galaxie parmi d'autres galaxies, dans un univers parmi sans doute d'autres univers...

    Il était inévitable de se poser la question : serions-nous la seule forme de vie consciente dans cette structure des structures? Sommes-nous un accident? Sommes-nous un phénomène isolé? Sommes-nous seuls?

    La réponse est fulgurante : selon les scientifiques, il existe dans notre seule galaxie une probabilité de plusieurs milliards de planètes sur lesquelles la vie a pu se développer et même plusieurs formes de vie consciente. Dans cette hypothèse, certaines de ces civilisations seraient moins avancées que la nôtre; d'autres, au contraire le seraient davantage...

    Les civilisations plus évoluées que la nôtre auraient donc, à un moment, traversé une crise comparable à celle que nous traversons présentement et elles auraient survécu; autrement dit, elles seraient d'un niveau de conscience plus élevé que le nôtre; elles auraient atteint le stade de l'homme cosmique.

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  4. #4
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    L'espace intérieur

    Edgar MITCHELL, chef de l'expédition Apollo XIV, a été le sixième homme à marcher sur la lune.

    Cette aventure spatiale a eu sur MITCHELL un effet inattendu, du moins du point de vue de la science objective : il est passé, comme il le dit lui-même, de l'exploration de l'espace extérieur à celle de l'espace intérieur : l'expérience de l'espace devait devenir une véritable expérience initiatique, au sens où l'entend la mystique : pendant un moment, le voile s'est entrouvert.

    "C'était clair et net : l'univers avait une signification et une direction. Ce n'était pas perceptible par les organes des sens, mais c'était cependant présent, une dimension invisible derrière la création visible qui lui donne un dessein intelligent et apporte un sens à la vie."

    "L'humanité doit s'élever de l'homme au genre humain, du personnel au transpersonnel, de la conscience de soi à la conscience cosmique."

    Autrement dit, l'homme cosmique a une conception pratiquement infinie de l'univers, qu'il le considère de l'extérieur ou de l'intérieur - auquel il participe en pleine conscience.

    Science / Mystique

    Les propos de l'astronaute Mitchell sont loin de l'idée qu'on se fait généralement des propos d'un scientifique...

    C'est que la pensée scientifique n'est plus matérialiste au sens où on l'entendait au début du siècle.

    "Dans la physique classique, il y avait cette notion que les objets sont faits de substance matérielle. Mais lorsqu'on grossit ces objets, lorsqu'on cherche à savoir de quoi ils sont faits, on découvre qu'ils sont faits d'atomes et les atomes, de particules. Mais ces particules, elles, ne sont pas constituées d'une substance qui soit matérielle. Ce sont comme des amas d'énergie." Dr Fritjof Capra

    Selon le modèle que propose la physique moderne, on ne peut séparer de l'ensemble aucun élément sans le détruire. Ce qui paraît évident lorsqu'il s'agit de l'homme, qu'on ne peut séparer de son environnement sans le détruire. Mais la physique moderne a démontré que cette interdépendance des éléments d'un système entre eux, et de chaque élément par rapport à l'ensemble, est vraie non seulement des organismes vivants mais aussi de ce que nous appelons la matière inorganique.

    La pensée officielle, en particulier celle qui découle des sciences humaines, est loin derrière la pensée scientifique. Nous continuons de vivre comme avant; la conception qu'on se fait de l'homme continue d'être réductionniste : il s'agit toujours de réduire l'homme aux dimensions de diverses grilles et, chaque fois qu'il cherche à s'en libérer, de le ramener à l'intérieur de l'une ou de l'autre de ces grilles. C'est ainsi que, selon la grille utilisée, l'homme n'est que, par exemple, l'effet du hasard et de la nécessité, de l'économie et de la lutte des classes, de la libido, du conditionnement...

    La nouvelle pensée scientifique n'a eu jusqu'ici, il faut bien le dire, qu'une influence secondaire sur la pensée officielle. Mais c'est toujours dans la marge que commencent tous les mouvements : depuis que nous savons que "l'univers, pour reprendre la formule du physicien Fritjof Capra, est un processus de transformation qui agit selon des patterns, mais sans aucune substance matérielle", nous avons amorcé le mouvement vers l'homme cosmique.

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  5. #5
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    Être plus, au plan individuel

    Nous sommes dans une société dominée par l'avoir. On admet l'existence d'une hiérarchie basée sur l'avoir : celui qui a davantage - d'argent, de pouvoir, de territoire - occupe une place plus élevée dans l'échelle. L'idée qu'il puisse exister une hiérarchie basée sur l'être nous effleure à peine : l'idée que certains individus sont moins que d'autres, que certains sont plus, nous paraît même choquante, car nous tenons les hommes pour égaux en être.

    Être procède de la conscience. Il y a des gens très simples qui ont un niveau de conscience très élevé. Le niveau de conscience n'est pas le même pour tous; le niveau de conscience se trouve dans la participation de l'individu à la Conscience universelle.

    Telle est du moins la jauge que nous propose la pensée traditionnelle : le degré de participation de l'individu à la Conscience universelle détermine sa place dans la hiérarchie basée sur l'être : on peut donc s'élever dans cette hiérarchie en élevant son niveau de conscience.

    L'homme cosmique représente une étape plus élevée de l'évolution, non pas par son avoir - le fait qu'il aurait plus d'argent, plus de pouvoir, plus de territoire - mais par son être, par le fait qu'il aurait un niveau de conscience plus élevé.

    Puis-je atteindre cette étape de notre évolution maintenant? Puis-je devenir l'homme cosmique maintenant? C'est la grande question.

    Maintenant? C'est peu probable. En revanche, il est possible d'élever petit à petit son niveau de conscience. C'est du reste ce que nous faisons tous présentement. Sans quoi, la vie n'aurait aucun sens.

    Mais il est possible d'accélérer ce processus. Dans une certaine mesure. Par ce qu'on appelle le travail sur soi : la conscientisation, l'étude... De même que par certaines techniques : par exemple, la relaxation / concentration.


    Être plus, au plan collectif

    "En n'importe quel domaine, qu'il s'agisse des cellules d'un corps, ou des membres d'une société ou des éléments d'une synthèse spirituelle - l'union différencie. Les parties se perfectionnent et s'achèvent dans tout un ensemble organisé."

    Teilhard de Chardin, Le Phénomène humain.

    Le processus d'évolution dont il s'agit ici, à propos de la naissance éventuelle de l'homme cosmique, concerne l'espèce : il s'agit, surtout, d'un processus collectif.

    À un moment, nous devons franchir une étape, comparable à celle de l'éveil de la conscience.

    Si nous connaissions les facteurs qui ont entraîné l'éveil de la conscience, peut-être pourrions-nous savoir quels sont les facteurs qui provoqueront éventuellement l'éveil du surconscient, autrement dit, la naissance de l'homme cosmique.

    Sur les facteurs qui ont suscité / provoqué l'éveil de la conscience, les avis sont partagés : certains croient qu'une modification profonde de l'environnement a pu être un facteur déterminant; d'autres, que les outils ont joué un rôle important : le rapport, en particulier, entre la main, prolongée par les outils, et le cerveau; d'autres parlent de l'émergence de nouveaux besoins, comme de se déplacer à travers des continents et de chasser; d'autres proposent même comme explication l'intervention d'extra-terrestres venus provoquer cet éveil de la conscience... Et qui, peut-être, reviendront provoquer l'éveil de la surconscience.

    Cette hypothèse est messianique : on attend le Messie - une intervention de l'extérieur.

    Pour Richard LEAKEY, anthropologue de grande réputation, ce qui aurait entraîné l'éveil de la conscience à une étape de l'évolution, le facteur déterminant, aurait été la générosité : "Non pas l'intelligence, précise-t-il dans People of the Lake, mais d'abord la générosité", "C'est-à-dire le partage. Non pas la chasse ou la cueillette, mais l'obligation de partager".

    Nous sommes devenus humains - autrement dit, notre conscience s'est éveillée - parce que nos ancêtres ont appris à partager leur nourriture et à échanger leurs services, constituant ainsi, petit à petit, ce que LEAKEY appelle un véritable réseau d'obligations.

    Quoi qu'on en dise, il existe aujourd'hui une solidarité humaine plus dynamique qu'autrefois. Elle s'exprime surtout à travers les institutions que la démocratie a inspirées. C'est un édifice fragile... Mais on parle de conscience planétaire. On en est loin sans doute, mais on en parle.

    Teilhard de CHARDIN voyait dans l'entraide sociale une des voies par lesquelles l'humanité devient collectivement moins égoïste et tend vers ce qu'il appelait le point oméga, qui est l'aboutissement de l'évolution, le point où la conscience épurée de l'humanité ira un jour, selon sa vue, se fondre dans l'éternel.

    Nous serions parvenus à l'étape de la convergence où les races, les peuples et les nations se consolident, et s'achèvent par interaction. - À la veille de franchir une étape importante de notre évolution, de nous éveiller à la conscience cosmique, de devenir l'homme cosmique.

    Source

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    Le fantôme de Cosmique

  6. #6
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    Il y eut une fois, dans un recoin éloigné de l’univers répandu en d’innombrables systèmes solaires scintillants, un astre sur lequel des animaux intelligents inventèrent la connaissance.

    Ce fut la plus orgueilleuse et la plus mensongère minute de l’« histoire universelle ».

    Une seule minute, en effet. La nature respira encore un peu et puis l’astre se figea dans la glace, les animaux intelligents durent mourir.

    Une fable de ce genre, quelqu’un pourrait l’inventer, mais cette illustration resterait bien au-dessous du fantôme misérable, éphémère, insensé et fortuit que constitue l’intellectuel humain au sein de la nature.

    Des éternités durant il n’a pas existé ; et lorsque c’en sera fini de lui, il ne se sera rien passé de plus. Car ce fameux intellect ne remplit aucune mission au-delà de l’humaine vie. Il n’est qu’humain, et seul son possesseur et producteur le considère avec pathos, comme s’il renfermait le pivot du monde.

    Or, si nous pouvions comprendre la mouche, nous saurions qu’elle aussi nage à travers l’air avec ce pathos et ressent en soi le centre volant de ce monde.

    Il n’y a rien de si abject et de si minuscule dans la nature qu’une légère bouffée de cette force du connaître ne puisse aussitôt gonfler comme une outre ; et de même que tout portefaix aspire à son admirateur, de même l’homme le plus fier, le philosophe, croit-il avoir de tous côtés les yeux de l’univers braqués comme des télescopes sur son action et sa pensée.

    Il est remarquable que cet état de fait soit I’œuvre de l’intellect, lui qui ne sert justement aux êtres les plus malchanceux, les plus délicats et les plus éphémères qu’à se maintenir une minute dans l’existence, cette existence qu’ils auraient toutes les raisons de fuir aussi vite que le fils de Lessing sans le secours d’un pareil expédient.

    L’espèce d’orgueil lié au connaître et au sentir, et qui amasse d’aveuglantes nuées sur les yeux et les sens des hommes, les illusionne quant à la valeur de l’existence parce qu’il véhicule la plus flatteuse évaluation du connaître.

    Son effet général est l’illusion ...



    VÉRITÉ ET MENSONGE AU SENS EXTRA-MORAL

    Friederich Nietzsche

    (à suivre)

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  7. #7
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    Des éternités durant il n’a pas existé ; et lorsque c’en sera fini de lui, il ne se sera rien passé de plus. Car ce fameux intellect ne remplit aucune mission au-delà de l’humaine vie. Il n’est qu’humain, et seul son possesseur et producteur le considère avec pathos, comme s’il renfermait le pivot du monde.


    Friederich Nietzsche
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    Je trouve que Nietzsche décrit superbement bien l'esprit retors, orgeuilleux, pompeux et tristement sèche de celui qui le cite. Se penser ainsi le centre du monde et ne pas vouloir concevoir que sa petite conscience humaine participe en fait et malgré lui d'une Conscience Universelle Éternelle de crainte de se voir tel qu'il est soit aussi minus qu'il choisit de se projeter dans ce bas monde duquel il s'aliène un peu plus chaque jour en urinant son fiel, sa haine et sa vulgarité pensant abreuver ainsi son intolérable solitude. Navrant. Mais je trouve Nietzsche dur tout de même. Je préfère recommander à ce pauvre mec de reconsidérer l'invitation de l'homme cosmique. Il lui faudra évidemment mettre en pratique la leçon d'humilité de Nietzsche pour peut-être pouvoir enfin parvenir à comprendre ce que son égo lui cache depuis presque toujours, mais qui sait si la curiosité ne l'emportera pas enfin sur la vide suffisance de son existence sans dessein.

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    Le fantôme de Cosmique

  8. #8
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    A. Au-delà de la matière, la puissance du vivant

    Nous distinguons d’ordinaire deux domaines dans le monde naturel : l’inerte et l’animé. Le premier est le champ d’étude de la physique, de la chimie et de la géologie ; le deuxième est le champ d’étude de la biologie et de ses disciplines dérivées : génétique et médecine par exemple. Ainsi nous distinguons les choses naturelles inertes, des êtres vivants. Parmi les choses on range des étants tels les planètes, les rochers, les grains de sable, les gouttes de pluie, les mottes de terre, les atomes et les molécules dites inorganiques, par exemple les molécules d’acide chlorhydrique HCl ou d’ozone O3. Parmi les êtres vivants on range les animaux, les insectes, les plantes, les microbes, les amibes, les cellules et les virus. Les êtres vivants se distinguent des choses inertes en ce qu’ils naissent, meurent et se reproduisent ; en ce qu’ils sont capables de croissance et de devenir. Les êtres vivants cherchent àpersévérer dans leur être d’une manière tout à fait originale : ce qui vit veut avant tout continuer à vivre, alors que la chose inerte est indifférence absolue quant à son existence. Même un virus fera ce qu’il pourra pour ne pas mourir, alors que le caillou se laissera détruire sans la moindre réaction. L’existence inerte est passive, sans initiative de comportement, elle semble régie par une nécessité mécanique qui elle-même ne peut qu’être appelée à l’usure et au désordre croissant. Il y a à l’inverse dans a moindre créature vivante un dynamisme, une admirable organisation subtile, et il semble bien que l’effloraison de la vie ait un incroyable génie inventif. Le vivant semble doué d’initiatives de comportement que nous ne pouvons pas prêter à la seule matière inerte. (texte)

    Toutefois nous constatons que le vivant aussi est constitué de matière inerte. Un être vivant est composé d’atomes et il est possible de le définir en termes chimiques. C’est le but de la biochimie, science qui justement est celle de la chimie du vivant, termes pourtant antagonistes. La vie est donc liée de quelque manière qu’il faudra élucider à la matière inerte dont elle semble une extension possible. En effet la vie est une des structures de la matière : lorsque les atomes s’agglomèrent pour former des molécules ils peuvent se regrouper en molécules inorganiques, mais aussi en molécules organiques dont certaines appelées acides aminés. Ceux-ci peuvent être dites les briques ou pièces de lego au moyen desquelles peut se constituer l’être vivant. Ils contiennent toujours de l’hydrogène, de l’oxygène, du carbone et de l’azote et sont capables de se répliquer. Ces acides aminés apparaissent spontanément dans un mélange de ces atomes si les conditions sont favorables. Ces conditions sont celles de la Terre primitive recréées en laboratoire par l’américain Stanley Miller. Il a pu montrer que dans cette « soupe originelle » les molécules de la vie se constituent en l’espace de deux semaines et commencent tout de suite à se répliquer et à se regrouper en agglomérats de plus en plus complexes. Ceux-ci plus tard donneront les premiers organismes unicellulaires qui évolueront en organismes pluricellulaires.

    Nous voyons donc que la matière semble spontanément tendre vers la vie. En effet lorsque des myriades d’atomes qui peuvent se combiner de toute sorte de façons différentes, se trouvent en présence les uns des autres, la probabilité mathématique que les atomes s’agglomèrent en acides aminés est minime, car ceux-ci sont des très grandes molécules ayant en outre, comme toute molécule, leur structure très spécifique. Un scientifique a comparé cette probabilité a celle qu’aurait les débris soulevés par une tornade de spontanément se regrouper pour former une Boeing 747 ! Ceci veut dire que la probabilité que les molécules de la vie se soient créées au hasard est infime, infime au point de ne convaincre aucun esprit rationnel. Car non seulement faudrait-il qu’un acide aminé se soit créé une seule fois, ce qui serait déjà étonnant, mais il faudrait admettre qu’un événement d’une probabilité dérisoire se reproduise encore et encore, des milliards et des milliards de fois pour engendrer encore et toujours des formes de vie de plus en plus complexes, de plus en plus variées et de plus en plus riches et inventives.

    Ainsi nous pouvons en déduire que la vie est en quelque sorte inhérente à la matière. Dans les termes de S. Aurobindo, nous serions tentés de dire que la Vie est involuée dans la matière. Il faut donc dès maintenant distinguer entre la vie, au sens du vivant comme dans l’expression « il y a la vie sur la Terre », et la Vie comme ordre sous-jacent à la matière qui l’oriente quant aux formes que celle-ci va adopter. La Vie porte en elle une tendance qu’a la matière de « choisir » une structure plutôt qu’une autre et c’est bien cette intelligence que nous rencontrons des organismes unicellulaire, en passant par les crustacés, jusqu’aux mammifères supérieurs.

    Nous voyons donc que la frontière entre le vivant et l’étoffe inerte est bien mince : d’un côté la vie est toujours une manifestation de la matière, mais de l’autre la matière n’est jamais tout à fait inerte : elle est animée par le souffle de la Vie même dans ses aspects les plus élémentaires comme le sont les atomes. Bref, à y regarder de plus près, la matière n’est pas si « matérielle » que cela et d’un autre côté, la vie ne serait pas la vie, sans l’aventure qu’elle a pu traverser dans la matière. La vie n’est pas si « spirituelle » que cela. La pensée dualisante, qui est propre à l’intellect, doit être dépassée pour appréhendée la Vie dans son mystère et sa totalité. C'est-à-dire que la Vie ne peut être appréhendée que de manière non-duelle et non-fragmentaire.

    Nous pouvons donc considérer la Vie comme un élan vital sur lequel il conviendrait de réfléchir davantage.

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  9. #9
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    B. Élan vital et Évolution

    Il est banal de constater que toute chose a une matière et une forme. Cependant ce fait invite à la réflexion car il ne va nullement de soi. Pour Aristote, la forme appartient à l’âme, tandis que la matière elle est sans forme, mais apte à recevoir la forme. L’âme, est l’essence, l’Idée, qui est le type donnant forme à une matière en développement. L’âme est dite entéléchie première qui porte la vie en puissance. (R) La vie n’est donc en acte que dans un être vivant qui est la totalité vivante forme/matière. La matière n’est pas sans consistance propre. Ce qui est remarquable, c’est qu’Aristote dit que dans la Nature, la matière est parfois rebelle à l’action de la forme. Il explique ainsi les monstruosités en biologie : l’étoile de mer avec un bras de plus, l’animal avec deux têtes, ou doigt de plus à chaque main. Un monstre est une sorte d’aberration naturelle. Il n’achève pas l’essence ou encore, l’essence ne se réalise as complètement et adéquatement en lui. En général, la matière obéit à la forme, parce que le principe qui gouverne la Nature est le règne de la finalité. (R) Dans la Nature, le règne de la finalité est remarquablement efficace, cependant, il souffre aussi des exceptions. Cet exception à la règle de la finalité apparaît dans la monstruosité, ce qui nous indique que la matière est bien d’essence différente de la forme et peut lui résister.

    D’un autre côté, il est tout de même étonnant que les formes de la géométrie, si belles, que le sage de Platon ne se lassait pas de contempler dans leur céleste perfection, se laissent toutefois emplir d’une matière qui ne peut jamais les réfléchir tout à fait, exprimer leurs lignes pures ou rendre justice à leur rigoureuse exactitude. La co-existence de la matière et de la forme semble bien une inquiétante mésalliance dont le fruit hybride et à peine viable apparaît un instant sur la scène de la vie pour disparaître l’instant après, aussi éphémère qu’une étincelle.

    En effet on devrait s’étonner, s’il fallait en croire Descartes, que la matière, amorphe en son essence – pure étendue dans le vocabulaire de Descartes –, accepte cependant d’épouser non seulement des formes simples, comme les formes de la géométrie, mais aussi des formes hautement complexes comme le sont les formes des innombrablesespèces vivantes. La dualité pratiquée par Descartes entre la substance étendue, représentation de la matière et paradigme de la physique, et la substance pensante, représentation de l’esprit, et paradigme de la conscience, interdit par avance de cerner le lien qui les unit. Le domaine du vital cesse d’avoir un statut original. En conséquence, Descartes est amené à éliminer les notions aristotéliciennes d’âme végétative, d’âme motrice pour ne conserver que celle d’âme intellectuelle en la réservant à l’homme seul. La Nature, du statut de Grand Vivant éternel, n’est plus qu’une immense horloge cosmique. Le paradigme mécaniste de l’animal machine ne laisse à la vie aucune spécificité qui lui soit propre et nous invite à la représenter en dehors de toute conscience et même en dehors de toute intelligence. Et pourtant, Descartes admet que les machines faites par les hommes sont très inférieures et infiniment moins parfaites que les merveilleuses machines vivantes produites par la Nature et donc par ce mécanicien génial qu’est Dieu. Mais que faire en biologie d’une hypothèse religieuse ? La biologie n’est pas chrétienne et elle n’a que faire de l’hypothèse d’un Dieu créateur. Si le vivant se laisse réduire à des mécanismes sophistiqués, les hypothèses réductionnistes pourront en rendre compte. Seulement, cela revient à réduire la vie à quoi ? A une matière inerte ? A ses limites ? A son mouvement vers le désordre ?

  10. #10
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    Ce qui devrait nous étonner, c’est l’extrême variété des fragiles progénitures de la vie, comme si quelque chose se cherchait inlassablement en elles et à travers elles, comme si la Vie ne désespérait jamais de réussir un jour ce vivant qui l’exprime. En effet la vie apparaît comme une lutte permanente contre la matière, ses limites et son indolence. Les physiciens nous montrent que la matière inerte tend par nature à davantage de désordre ou d’entropie (c’est une des lois de la thermodynamique). Ceci veut dire que un système – disons, un univers par exemple – va tendre vers un désordre croissant, vers le maximum de chaos. La vie paraît un effort de réduire cette entropie et d’introduire de l’ordre dans le chaos de la matière, de l’intelligence dans le non-sens.

    Cet élan vital au sein de la matière est le thème central de l’Evolution Créatrice de Bergson. « La vie », écrit Bergson « est avant tout une tendance à agir sur la matière brute », elle est « une poussée à l’intérieur de la matière », une « tentative d’infuser le déterminisme physique ---------------avec la liberté de la conscience ». La physique moderne conçoit la naissance de l’univers comme le résultat d’une gigantesque explosion de matière qui depuis s’éparpille en davantage de désordre. Bergson conçoit la naissance de la vie comme un élan initial de liberté et de conscience qui s’immisce dans la matière et poursuit son cours à travers les formes de plus en plus élevées de la vie. Comme une main qui fouillerait le sable et y laisserait la trace de son passage. L’évolution est créatrice car au fur et à mesure que l’élan vital travaille la matière, surmonte les résistances de la nécessité des lois physiques et y greffe de plus en plus d’indétermination et de contingence. La vie parvient par le métabolisme, à s’approprier l’énergie contenue dans la matière, en s’en servant d’elle comme une sorte d’explosif. La vie réussit à engendrer des formes de plus en plus ordonnées, donc de plus en plus capables de maîtriser la matière, de la plier aux exigences de la conscience et d’en faire un atout et un instrument au lieu d’en être la marionnette. Ainsi une forme de vie élevée, par exemple un mammifère, renferme plus d’ordre et de conscience qu’une amibe, même si l’amibe est déjà un système plus ordonné qu’un caillou ou qu’un nuage. Le mammifère est capable de davantage d’action que l’amibe, il vit plus longtemps, il est plus solide et moins prévisible. La vie doit donc être pensée à partir de sa puissance créatrice, ce qui veut aussi dire à partir d’un intuition du temps originale, qui prenne en compte l’imprévisible et la nouveauté et ne réduise pas le temps à une banale répétition de l’identique. En bref, la Durée. (texte)

    En conséquence, Bergson réussit de cette manière à renvoyer dos à dos deux explications réductrices du vivant. Le fixisme hérité d’Aristote et lourdement renforcé par la vision religieuse hérité du judéo-christianisme, est faux. Il est faux, parce qu’il suppose une création de la viesans durée, sans créativité, sans la résistance de la matière. Dans la représentation judéo-chrétienne, le temps n’est pas réellement créateur, il est une simple magie ex nihilo. Le fixisme est surtout incapable de rendre compte de l’évolution des espèces et de la diversité infinie des formes de la vie. Il pose un principe rigide et mécanique de continuité, par simple répétition des modèles. Mais d’un autre côté, l’évolutionnisme de Darwin qui l’a terrassé, est lui aussi très insuffisant. Il met certes l’accent sur l’évolution des espèces, et l’action du temps, mais il l’explique aussi par un principe mécaniste, celui de la « sélection du plus apte ». C’est un peu comme si on réduisait la créativité d’un atelier d’artisans, à l’action d’un employé (d’un robot !) qui, à la sortie, ferait le tri de ce qui est satisfaisant ou pas. Pour jeter ce pot-ci à la poubelle ou garder celui-là. On expliquerait ce qui sort de l’atelier par un tri mécanique, sans tenir compte de la créativité, de l’originalité créatrice des maîtres d’œuvres qui travaillent au fond. Bergson montre que l’évolution est créatrice et pas seulement sélective parce que la puissance de la Durée qui la porte est un élan de conscience qui sourd au fond de la matière et la pousse dans une diversité de manifestations. La vie n’est pas aussi mécanique que notre science voudrait bien le croire. Elle est une intelligence créatrice, elle ne se réduit pas seulement aux choses ou processus dont elle se sert. Bergson le dit très nettement, en principe, tout ce qui est vivant peut être conscient, tout ce qui est vivant manifeste la conscience. Tant que nous ne serons pas capable de reconnaître cette conscience immanente au vivant, nous ne saurons rien de sérieux ni de profond sur ce qu’est la vie.

    Si nous revenons maintenant vers nous même, il faut retenir cette leçon de la présence de la conscience dans l’être vivant, de cette même conscience qui est aussi la nôtre, la conscience parvenue au faîte de sa propre conscience de soi. Nous comprenons que l’être vivant éprouve en lui deux tendances antagonistes : l’une est l’élan vital, la liberté immanente de la conscience. Il se manifeste en puissance créatrice, en impulsion au progrès, à la réalisation de soi, en vitalité et en énergie. L’autre tendance est liée à l’influence du corps, au poids du physiologique, à l’inertie de la matière. Elle se manifeste en paresse, désir de se laisser aller, de ne rien faire, de vivre de son acquis. Selon que nous favorisons l’une ou l’autre de ces tendances, nous sommes plus ou moins vivants, créatifs, éveillés et libres. Plus nous sommes conscients, plus nous nourrissons l’élan vital, plus nous vivons car ce que nous sommes gagne en ordre et intelligence. Plus nous favorisons les tendances purement physiques, plus nous nous assoupissons et plus le système que nous sommes tend vers le désordre : stagnation, maladie et mort. Ainsi, la Vie aspire donc à s’affranchir de la matière dont elle a cependant besoin pour se manifester et transformer sa virtualité en activité effective.

    Néanmoins, si la vie et la matière apparaissent comme deux tendances distinctes dans les organismes vivants, il nous faut les concevoir comme une seule et même chose à un niveau plus fondamental, car sinon se pose la difficulté insoluble de leur jonction : comment la vie peut-elle avoir une quelconque influence sur la matière si elle lui estabsolument hétérogène ? C’est le problème qui se pose à Descartes de l’union de l’âme et du corps et qu’il se trouve incapable de résoudre, car il adopte une position dualiste. Tant bien que mal, par la force des choses, pour expliquer cette union Descartes est obligé de forger la notion d’esprit animal pour opérer cette jonction. Or nous y retrouvons la même difficulté car comment « l’esprit » est-il joint à « l’animal ?! »

    Il faut donc admettre qu’à un niveau fondamental la vie et la matière, le corps et l’âme sont une même substance et que leurs luttes et leurs différences ne sont que relatives ou, autrement dit, n’existent qu’à un seuil que nous pouvons dépasser. L’organisme vivant manifeste justement un effort vers ce dépassement. Il est cet élan. Il convient alors de s’interroger davantage sur l’essence de la Vie : en quoi la Vie est-elle autre chose que le vivant qu’étudie le biologiste ? Quel est le sens de sa manifestation dans la matière ?

    * *
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  11. #11
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    C. Le vif du vécu et la Vie

    Chacun de nous fait l’expérience de lui-même comme une myriade de pensées : sensations, perceptions, idées, désirs, rêves se présentent à notre esprit à la fois comme étant nous et en même temps comme étant en deçà de ce que nous sommes. Je me reconnais dans ma douleur ou dans mon projet qui me manifeste à moi-même et pourtant je ne suis pas, pas seulement ou pas vraiment, cette douleur et ce projet. Je me trouve en fait devant le paradoxe suivant : d’un côté, ma pensée, quelle qu’elle soit, se tient en moi et je suis entièrement présent en elle. C'est-à-dire que le sujet que je suis, le « quelque chose » qui pense, est présent entièrement à lui-même dans toutes ses pensées. Je n’ai jamais la sensation que seule une partie de moi serait présente dans mes représentations. Au contraire, je suis un et l’entité que je suis est entièrement ici, ici-maintenant, dans tout ce que je pense. Néanmoins, d’un autre côté, aucune pensée ne peut me contenir en entier, puisque l’instant après je peux penser tout autre chose qui n’était pas contenu dans la pensée précédente et qui pourtant me manifeste encore une fois en entier.

    En effet, ce qui ne se manifeste dans aucune de mes représentations et qui pourtant me manifestent est justement ce virtuel d’activité consciente qui peut se manifester à chaque instant comme une pensée de quelque chose, c’est-à-dire comme une pensée mienne. Je suis donc aussi un Fond invisible, un potentiel d’activité consciente, qui peut se manifester à chaque instant dans l’une ou l’autre de mes pensées. C’est là le sens vrai du cogito cartésien. Le cogito ne signifie pas que chacune de mes pensées démontre mon existence, comme une substance pensante. Cette idée serait aberrante, puisque on ne peut nullement déduire l’existence ou la nature d’une substance pensante à partir d’une représentation dans la conscience, la substance ne pouvant être contenue dans un simple contenu de l’esprit. Le cogito n’est pas une démonstration, ni même une pensée au sens de contenu de la conscience ou idée. C’est le Je suis vivant de l’expérience que fait chaque être vivant de lui-même comme vivant. Cette expérience précède toute représentation.Elle est ineffable, elle est même impensable dans sa pureté, puisque langage et pensée supposent la représentation dans la conscience, alors que celle-ci présuppose justement l’expérience consciente du sujet pensant et parlant. Néanmoins, je fais l’expérience solitaire et incommunicable du cogito à tout moment où je suis conscient. Dans les termes de Michel Henry : « Ego cogito veut dire que dans le surgissement originel de l’apparaître l’ipséité est impliquée comme son essence même et comme sa possibilité la plus intérieure ». Autrement dit la Vie est dans son essence même ipséité – sujet et conscience de soi – immanence radicale qui s’auto-affecte : « immanence » parce que inhérente à toutes mes expériences et auto-affection parce que l’être vivant est l’Être même qui fait l’expérience de ce qu’Il est. Ainsi, « (…) l’essence du ‘vivre’ est le ‘s’éprouver soi-même’ dans l’immanence d’une auto-affection pathétique sans écart ni distance vis-à-vis de soi ».

    N’ayons pas peur des mots, la philosophie de Michel Henry Michel Henry, est un renversement de la représentation de la vie de la philosophie classique et de toute la science contemporaine. En effet la philosophie classique et la science séparent l’affectif de l’objectif. L’Être est appréhendé comme une structure mathématique, inerte, insensible et inconsciente ; mais l’être vivant, en plus d’être un objet que peut étudier la science, a aussi des émotions. Il « sent des choses » mais ces choses font partie d’un monde du subjectif qui n’est ni quantifiable ni même observable. Ce qui n’intéressent pas la science car celle ne nous renseignent pas sur la nature intime de l’Être, mais en construit une représentation fondée sur les lois – aveugles et froides – qui gouvernent l’univers. Au contraire, Michel Henry affirme que la Vie qui se manifeste dans les multiples formes du vivant est en son essence entièrement présente dans ces manifestations. Par conséquent l’Être – ce qui se manifeste comme Monde et organismes vivants dans ce Monde – est tout autant affectivité et sensibilité, que lois de la physique ou de la chimie. Ainsi la vraie définition d’un vivant inclut l’aspect esthétique et le côté affectif. La description par exemple du perroquet que propose d’ordinaire l’ornithologue comme ayant tel ou tel bec, telles ou telles griffes, se reproduisant à telle saison et se nourrissant de tel insecte, ne suffit pas et ne suffira jamais. Il faut aussi inclure que le perroquet est joli, qu’il est malheureux en cage, qu’il aime percher sur l’épaule de Jean et que son babillage divertit ceux qui l’écoutent.

    Il s’ensuit que la science fondée sur la représentation, la science telle que nous la connaissons depuis Galilée, est incapable de comprendre la Vie puisque celle-ci, loin de se réduire à la glaciale pauvreté des formules mathématiques où la physique voudrait l’enfermer, se manifeste toujours comme un sujet qui fait l’épreuve de lui-même. Cette ipséité radicale et immanente à tout organisme vivant n’est ni quantifiable, ni même percevable par un autre que le sujet lui-même. Alors que la science contemporaine ne peut par définition décrire et étudier que ce qui est observable, c'est-à-dire ce qui appartient au domaine de l’extériorité, la Vie, parce qu’elle est ce qui s’affecte lui-même, se déroule entièrement dans l’intériorité : nous ne connaissons que notre propre expérience, notre propre soi. De l’extérieur la Vie ne peut qu’être conjecturée par analogie (R) avec nous-mêmes, dans ses manifestations les plus extérieures et les plus superficielles, celles qui au fond ne nous apprennent rien. Mais de l’intérieur, intuitivement, nous connaissons directement la Vie et chacun de nos vécus en est la passive épreuve.

    ---------------La séparation radicale entre matière et vie devrait donc éveiller notre méfiance : si l’organisme vivant est manifestation d’un Soi qui s’auto-affecte, la frontière entre vie ou la conscience d’un côté et matière de l’autre s’évanouit ; puisque la matière – le corps – est précisément, non seulement le véhicule de l’ipséité, mais son expérience même, son pathos. Le corps vivant, loin d’être un objet que l’on distinguerait d’une âme ou conscience, est la manière même dont le Soi fait l’épreuve de Lui-même ( ou une épreuve puisque le Soi se manifeste dans d’innombrables corps). La matière est donc une façon d’être de la Vie, elle est Vie et ne peut être comprise que comme une aventure de la Vie, un jeu avec Elle-même où elle se laisse jouir et souffrir, s’étonne, s’amuse, disparaît et réapparaît, se sent être et être Elle-même.

    * *
    *

    Il en résulte alors qu’aucune manifestation de la Vie n’est « supérieure » ou « inférieure » à une autre puisque chaque incarnation de la puissance créatrice de la Vie représente un de ses choix et elle s’y éprouve tout autant que dans une quelconque autre de ses incarnations. Si l’expérience humaine peut sembler un privilège de point de vue du Soi en tant que humain, le Soi est cependant tout aussi présent et vivant dans ses autres manifestations.

    Ces réflexions devraient nous inciter au respect des manifestations de la Vie autre que la nôtre. « Aimer son prochain » au sens évangélique du terme signifie justement cela : savoir reconnaître chez l’autre le même Soi qui s’éprouve en nous à chaque instant de notre existence. Mais cela signifie aussi : savoir reconnaître ce même souffle originel dans les espèces vivantes autres que l’être humain. Ainsi le philosophe australien Peter Singer nous invite à dépasser ce qu’il appelle notre « espècisme », l’attitude qui consiste à nous émouvoir sur le sort de tout humain, mais à conserver une indifférence consternante vis-à-vis de la souffrance des autres espèces. Si le sort des enfants du Rwanda ou en Iraq nous indigne, celui des bêtes élevées puis abattues dans des conditions épouvantables, torturées dans le but de tester quelque théorie de la psychologie expérimentale ne nous émeut pas, car entre nous-mêmes et les autres espèces nous avons tracé, avec une arrogance qui fait froid dans le dos, une frontière invisible, mais ô combien mensongère, comme une estafilade sanglante au cœur de la Vie.

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    Source sur demande

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  12. #12
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    L’essence de la Vie

    La vie nous entoure de partout : de la personne que nous sommes, aux molécules qui la composent, des êtres qui nous sont chers, aux virus qui nous menacent, aux plantes qui ornent notre salon, tout est vie. La vie nous constitue, nous transforme, nous crée et nous détruit, elle nous envahit, nous submerge, nous cerne de toute part. Omniprésente elle est ce que nous sommes et ce que nous devenons, ce que nous consommons et ce qui nous consume. Elle est elle-même en nous – naissance, croissance, maturité, puissance – et son contraire – déclin, infection, mort, disparition –, nous sommes le lieu où elle se manifeste, mais aussi le lieu d’où elle se retire ; à la fois son affirmation et sa négation, son berceau et sa tombe.

    Pourtant la vie, pour familière qu’elle soit, n’en demeure pas moins une énigme. Nous l’éprouvons à tout moment de notre existence puisque la vie est notre existence, et cependant nous avons l’impression angoissante de ne pas la connaître. Loin de la maîtriser, nous sommes à peine capables de la penser, car la vie échappe à toute représentation dans laquelle nous voudrions l’enfermer et aucun concept ne l’exprime adéquatement. Si la biologie se veut la science de la vie, si diverses doctrines et théories – Aristote, le darwinisme, la génétique ou la biochimie pour n’en nommer que quelques uns – la traquent depuis longtemps dans l’espoir de la retenir dans le filet de leurs spéculations. Mais la vie ne se laisser capter qu’en partie et, selon l’angle dont on l’approche, ne révèle que l’une ou l’autre de ses multiples faces. Toute explication de la vie, qu’elle ait son origine dans la science expérimentale, dans les sciences humaines ou dans la religion et dans les gnoses ésotériques, sera nécessairement réductrice. Néanmoins l’homme est vivant et plus la vie est fuyante plus il la pressera de ses questions : à toute époque l’homme s’est demandé ce qu’elle est, comment la comprendre, voire la dominer. D’Aristote qui voulait la classer en genre et espèces, au biologiste moderne qui voudrait la réduire en cellules et molécules, l’homme a toujours aspiré à s’en rendre « comme maître et possesseur » pour reprendre la formule de Descartes, entreprise fatalement vouée à l’échec puisque la vie, une fois saisie, nous coule toujours entre les doigts, laissant derrière elle son goût et sa mémoire, jamais son essence. C’est donc avec moins d’arrogance et plus d’humilité, qu’il nous faut l’approcher. Peut être autant en mystiques, qu’en philosophes, dans l’espoir qu’elle accepte de dévoiler un peu d’elle-même.

    Qu’est ce que la Vie ? En quoi se distingue-t-elle des choses vivantes ? La Vie ne peut-elle pas être conçue comme une tendance inhérente à tout vivant, un élan qui informe la matière et la conduit ? La Vie serait-elle alors le fondement même de la matière, toujours en retrait par rapport à elle et néanmoins toujours immanente dans toutes ses manifestations ?

    * *
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  13. #13
    .


    VÉRITÉ ET MENSONGE AU SENS EXTRA-MORAL

    (Suite)



    L’intellect, en tant que moyen de conservation de l’individu, déploie ses principales forces dans le travestissement ; car c’est le moyen par lequel se maintiennent les individus plus faibles, moins robustes, qui ne peuvent pas se permettre de lutter pour l’existence à coups de cornes ou avec la mâchoire affilée des bêtes de proie.

    C’est chez l’homme que cet art du travestissement atteint son sommet : illusion, flagornerie, mensonge et tromperie, commérage, parade, éclat d’emprunt, masques, convention hypocrite, comédie donnée aux autres et à soi-même, bref le sempiternel voltigement autour de cette flamme unique : la vanité - tout cela impose si bien sa règle et sa loi que presque rien n’est plus inconcevable que la naissance parmi les hommes d’un pur et noble instinct de vérité.

    Ils sont profondément immergés dans des illusions et des images de rêve, leur œil ne fait que glisser vaguement à la surface des choses et voit des "formes", leur sensation ne conduit nulle part à la vérité, mais se contente de recevoir des excitations et de pianoter pour ainsi dire à l’aveuglette sur le dos des choses.

    Ajoutez à cela que sa vie durant l’homme se prête la nuit au mensonge du rêve, sans que jamais sa sensibilité morale ait tenté de s’y opposer : il se trouve cependant des hommes, dit-on, qui à force de volonté ont supprimé chez eux le ronflement.

    Hélas ! l’homme, au fond, que sait-il de lui-même ?

    Et serait-il même capable une bonne fois de se percevoir intégralement, comme exposé dans la lumière d’une vitrine ?

    La nature ne lui cache-t-elle pas l’immense majorité des choses, même sur son corps, afin de l’enfermer dans la fascination d’une conscience superbe et fantasmagorique, bien loin des replis de ses entrailles, du fleuve rapide de son sang, du frémissement compliqué de ses fibres ?

    La nature a jeté la clé, et malheur à la funeste curiosité qui voudrait jeter un œil par une fente hors de la chambre de la conscience et qui, dirigeant ses regards vers le bas, devinerait sur quel fond de cruauté, de convoitise, d’inassouvissement et de désir de meurtre l’homme repose, indifférent à sa propre ignorance, et se tenant en équilibre dans des rêves pour ainsi dire comme sur le dos d’un tigre.





    VÉRITÉ ET MENSONGE AU SENS EXTRA-MORAL

    Friederich Nietzsche

    (à suivre)


    .

  14. #14
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    Dis-moi ce que tu lis et je te dirai ...

    Turlututu ...

    Mais il y a tout de même quelques règles à retenir lorsque l'on s'aventure dans le port du tutu, évidement on évite le total look danseuse, il faut absolument casser les codes et oser les mélanges pour ne pas faire un style cul cul la praline.

    Pour le haut, un simple tee shirt sous un perfecto en cuir, un pull en maille ou encore un sweat shirt suffisent à donner un look bien décalé. (très tendance le mélange des matières)

    Pour les chaussures, préférez les derbies aux ballerines, les rangers aux escarpins, ce qui évitera le côté fifille.




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  15. #15
    .


    Il ne pense qu'à rire, ce fantôme de Comique ...


    .

  16. #16
    est-ce que la voie lactée tourne dans le sens des aiguilles d'une montre, ou contre?

  17. #17
    .


    Vue d'en haut, elle tourne dans le sens contraire des aiguilles d'une montre qui tournerait à l'envers vue d'en bas.


    .

  18. #18
    et le haut, c'est quel bord?

  19. #19
    .

    Le haut est en bas quand on est à plat-ventre sur le dos.

    .

  20. #20
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    voctir, la morale est un effet de la conscience. la conscience n'est pas que morale. deux mains au feu qui s'allume. la première ne tient pas 2 secondes que les cris percent la nuit. la seconde en tient 15 tout en désinvolture. le hibou ne bronche pas. deux mains sous un même feu, deux consciences, deux résultats.

    je crois bien que c'est là où veut en venir notre cosmique avec son homme..
    ritnes
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    erton
    eivne
    ruoma'd

  21. #21
    ce qui m'amuse le plus avec vous, c'est les réponses qui sortent quand vous savez pas quoi répondre mais que votre égo demande qu'il y ait une réponse.

  22. #22
    Citation Envoyé par sollune Voir le message
    ce qui m'amuse le plus avec vous, c'est les réponses qui sortent quand vous savez pas quoi répondre mais que votre égo demande qu'il y ait une réponse.
    C'est égo logique ...

    .

  23. #23
    veut-il en venir quelque part?

  24. #24
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    De la religion à la spiritualité (extraits)

    Jadis, il était d’usage, dans la pensée universitaire, d’assimiler la spiritualité à la religion. On parlait de « spiritualité chrétienne », de « spiritualité de saint François d’Assise », ou de « spiritualité juive », de « spiritualité de l’Islam ». A la rigueur on admettait une « spiritualité bouddhique » et encore, sans la connaître vraiment, car le bouddhisme était considéré plutôt comme une philosophie que comme une religion. Quant à la « spiritualité indienne » la formule était la plupart du temps censée désigner de manière péjorative une nébuleuse de croyances et de pratiques dont on ne voyait guère la valeur. Sauf pour le côté exotique au chapitre des bizarreries humaines. Dans le champ philosophique, la situation était tout aussi confuse. En guise de spiritualité, Kant ne propose que le retour au piétisme. Hegel reconstruit pour le christianisme une théologie de l’Histoire. Spinoza, jusque dans les commentaires érudits est accusé d’être « un mauvais juif », parce qu’il a rompu avec la Synagogue. Et de fait, la dimension spirituelle de l’Éthique a souvent été occultée au profit de ce que l’on a nommé le matérialisme spinoziste. Une concession peut être pour Plotin, car il est bien difficile de nier que nous ayons là une philosophie spirituelle, indépendante d’une religion établie.
    La situation contemporaine est aujourd’hui très différente. Comme le titre un livre récent Dieu a changé d’adresse. Les observateurs les plus lucides de notre époque l’ont bien compris, nous n’identifions plus aujourd’hui la spiritualité à une religion organisée. Nous pouvons même les opposer. Ainsi le fondamentalisme et l’intégrisme sont des attitudes que nous savons rattacher au sursaut identitaire des religions organisées. Ils ont peu à voir avec un éveil du spirituel et beaucoup à voir avec les luttes des identités culturelles de communautés soudées autour d’un credo. Nous sommes tout à fait préparés à reconnaître que la spiritualité vivante transcende les dogmes, les credo et ne se laisse enfermer dans aucune organisation. La critique sévère de la religion chez Krishnamurti ou encore chez Aurobindo ou Mère ne nous empêche d’être à même de reconnaître en eux une profondeur spirituelle indéniable.

    Il est maintenant possible de poser la question avec plus de précision : en quoi la spiritualité se distingue-t-elle de la religion ?

    [...]

    Non, décidément, il faudrait être ignorant ou de mauvaise foi pour tenter d’assimiler la spiritualité à la religion. Il est bien plus pertinent de tenter un rapprochement entre spiritualité et philosophie. La spiritualité a plus d’accointance avec la philosophie qu’elle n’en a avec la religion, parce qu’elle participe d’une libre pensée qui se sent bien trop à l’étroit dans le carcans des dogmes religieux. De tous les dogmes. C’est une des raisons pour lesquelles d’ailleurs il y a autant de controverses autour du statut du bouddhisme. Difficile pour un esprit élevé à l’occidentale d’y voir une religion. Comment admettre une religion sans dogmes et se passant de l’hypothèse de l’existence de Dieu ? Comment parler d’une religion, quand son fondateur est explicitement reconnu comme étant seulement un être humain ? Mieux vaut y voir une philosophie. Mais personne ne peut nier qu’il y a bien une profondeur spirituelle du bouddhisme.

    [...]

    Le mot spiritualité veut dire l’essence de l’Esprit. Tel qu’il est aujourd’hui employé, ce terme signifie indissolublement :

    a) la reconnaissance du fondement de toute réalité dans le spirituel, ce qui implique le dépassement de toute vision du réel réduit à la seule matérialité. Mais c'est un dépassement négation, qui tend à réconcilier le matériel et le spirituel dans une unité vivante.

    b) la transformation concrète de l’existence humaine en relation avec le spirituel, ce qui implique des pratiques et un art de vivre permettant la manifestation du spirituel dans le matériel.

    On peut avec dédain estimer que ce terme recoupe beaucoup de confusion, l’amalgame du syncrétisme religieux, des courants new-age, de l’ésotérisme etc. Cependant, il est nécessaire que le terme de spiritualité reste flou, en accord avec ce qu’il désigne. D’autre part, comme il n’y a pas dans la spiritualité vivante de dogmatique religieuse, il est aussi indispensable de laisser à chacun le libre-choix de nommer, en fonction de sa propre démarche, ce qu’il désigne comme le fondement de toute réalité.

    [...]

    C’est tout de même un peu gênant de devoir le répéter, mais le philosophe est littéralement, comme le rappelle Krishnamurti, l’ami de la sagesse. La philosophie est l’amour de la sagesse. Faut-il vraiment de longues démonstrations pour parvenir enfin à comprendre ce qui devrait aller de soi, que cet amour est par excellence un élan spirituel ? Que l’accomplissement de toute spiritualité est par essence sagesse ? On ne peut pas glisser entre philosophie et spiritualité l’épaisseur d’une feuille de papier conceptuel !

    [...]

    L'appel de l'âme

    Reste à préciser l’incidence de la spiritualité sur notre temps. Nous l’avons vu plus haut, les religions sont des organisations construites autour d’une idée qui prend sa source dans un mythe de l’origine, la codification du mythe est devenue une doctrine. Lorsque la doctrine s’est solidifiée, elle est devenue un dogme. La première caractéristique d’une organisation est de tendre à se conserver et à vouloir se perpétuer. En tant qu’organisation, la religion se perpétue en revendiquant l’exclusivité de la vérité de l’Origine. La religion oblige à croire, elle défend ses dogmes et les impose.
    En revanche, la spiritualité ne nous oblige pas à croire en quoi que ce soit, mais invite à porter son attention sur l’expérience personnelle. C’est l’expérience personnelle qui est la pierre de touche de la spiritualité. Elle invite chacun à devenir sa propre autorité au lieu de se soumettre à l’autorité d’un autre. La spiritualité conduit chacun à l’auto-référence consciente. La connaissance que l’on tire de la religion est une connaissance de seconde main, une connaissance empruntée, qui a été répétée de génération en génération. Elle ne s’enracine pas dans l’expérience personnelle. C’est dans l’expérience personnelle que se situe le lien originel que constitue la re-ligion. Des deux interprétations du sens du mot religion, la spiritualité retient avant tout la première. La religion est ce qui relie, dans les profondeurs de l’expérience, la conscience individuelle à la Vie absolue. Elle est l’intuition métaphysique devenue vivante et sensible de la conscience de l’unité.

    1) S’il est bien une chose dont nous pressentons aujourd’hui l’urgence et la nécessité, c’est bien celle d’une nouvelle spiritualité. Le monde a besoin d’une nouvelle spiritualité. Il est temps de lui offrir un nouveau paradigme spirituel. Toute la question est de savoir si cela implique un rejet radical de l’ancienne spiritualité rattachée à la religion, quelque chose qui remplacera complètement l’ancienne, ou qui la rafraîchira et en soutiendra ce qu’elle comporte de meilleur.

    Un exemple assez caractéristique de cette prise de conscience, se trouve chez Edgar Morin dans Terre-Patrie. Sa position consiste à sauver l’idée de religion, et le sentiment religieux, tout en rejetant les anciens paradigmes de la religion.

    La compréhension de la complexité de notre situation au monde, nous ramène au sens de la relation. Nous savons très bien, dans la crise que traverse notre monde actuel que seul un élan de fraternité peut nous sauver de la perdition. Edgar Morin n’hésite pas à écrire dans ce sens : « L’évangile de la fraternité est à l’éthique ce que la complexité est à la pensée : elle appelle à non plus fractionner, séparer, mais à relier, elle intrinsèquement re-ligieuse, au sens littéral du terme ».

    Il est fascinant d’observer dans notre Histoire contemporaine à quel point nous avons tenté de transposer l’idée même de religion sur des concepts issus de la représentation. Aux religions du premier type, que sont les religions fondées sur une révélation, nous avons ajouté des religions du second type, qui sont le produit du concept. « L’Europe moderne a vu apparaître des religions sans dieux qui s’ignoraient comme telles et que l’on peut appeler des religions du second type. Ainsi, l’État-nation a secrété de lui-même sa propre religion. Puis, c’est la sphère laïque, rationnelle, scientifique, qui a élaboré des religions terrestres. Robespierre a voulu une religion de la raison, Auguste Comte a cru fonder une religion de l’humanité. Marx a créé une religion du salut terrestre qui s’est proclamée science. On peut même penser que l’esprit républicain de la France de la Troisième République avait quelque chose de religieux, dans le sens où il re-liait ses fidèles par la foi républicaine et par la morale civique. Malraux, en annonçant que le XXIème siècle serait religieux, n’avait pas vu que le XXème siècle était fanatiquement religieux, mais inconscient de la nature religieuse de ses idéologies ». Et l’on sait quel a été l’échec de ses tentatives : il est là sous nos yeux, dans un monde déchiré qui ne se sait pas du tout relié à quoi que ce soit, si ce n’est sous la forme d’entités abstraites opposées les unes aux autres.

    Alors, « pourquoi évoquer le mot religion ? » La réponse que donne Edgar Morin est celle-ci : « Parce que nous avons besoin, pour poursuivre l’hominisation et civiliser la Terre, d’une force communicante et communiante.

  25. #25
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    Il faut un élan, religieux en ce sens, pour opérer dans nos esprit la reliance entre les humains, qui elle-même stimule la volonté de relier les problèmes les un aux autres ». Bergson, en son temps, en appelait à un supplément d’âme pour affronter les défis de notre Histoire. Si Edgar Morin veut bien conserver le terme de religion, il faut donc parler ici de religion du troisième type en évitant tout amalgame avec les modèles précédents. Ce qui veut dire ? Une religion en rupture avec les précédentes, « une religion qui comporterait une mission rationnelle : sauver la planète, civiliser la Terre, accomplir l’unité humaine et sauvegarder sa diversité ».

    Cette interprétation de la religion est celle d’un idéal intellectuel et sentimental. Elle se confond avec un élan fraternel vers la Terre. Il est vrai que si les hommes pouvaient tomber en amour devant la Terre, ils se comporteraient autrement, et le visage de la Terre en serait changé. Le sens de la religion est ici minimaliste, mais ne se réduit pas au rationnel : « il contient quelque chose de sur-rationnel : participer à quelque chose qui nous dépasse, ouvrir à ce que Pascal appelait charité et que l’on peut appeler aussi la compassion. Il comprend un sentiment mystique et sacré… qui se lie à un surrationnel et à un surréel appelé dieu(x) ».
    Mais, en fait bien peu de spiritualité. Il ne faut pas dissimuler la position de l’auteur : « Ce serait une religion sans dieu, mais où l’absence de dieu révélerait l’omniprésence du mystère ». Ce serait aussi « une religion sans vérité première, ni vérité finale. Nous ne savons pas pourquoi le monde est monde, pourquoi nous y disparaissons, nous ne savons pas qui nous sommes.

    Ce serait une religion sans providence, sans avenir radieux, mais qui nous lierait solidairement les uns aux autres dans l’Aventure inconnue . » Bref « une religion de la perdition ». Cette accumulation de négation n’indique guère un supplément d’âme.

    2) Et puisque nous parlons de l’accomplissement de l’unité humaine, il est intéressant de relier les textes précédents avec L’Idéal de l’Unité humaine, un texte d’un immense penseur, malheureusement oublié, Shri Aurobindo.

    Le dernier chapitre s’intitule La religion de l’Humanité. Il commence ainsi : « Une religion de l’humanité peut se présenter deux façons : comme un idéal intellectuel et sentimental, un dogme vivant ayant des effets intellectuels, psychologiques et pratiques, ou comme une aspiration et une règle de vie spirituelle, et elle peut être en partie le signe, en partie la cause d’un changement d’âme dans l’humanité ».

    Il est question ici des tentatives de la « religion de l’humanité » d’Auguste Comte. Elle a été inventée « pour détrôner le spiritualisme formaliste du christianisme ecclésiastique. Elle a tenté de se trouver un corps dans le Positivisme, qui a voulu formuler les dogmes de cette religion mais sur une base trop lourdement et trop rigoureusement rationaliste pour pouvoir être acceptée même par l’âge de la raison ». Aurobindo explique que les spectres des choses mortes du passé sont encore là, dans la conscience collective, et ils sont plutôt encombrants. « Répétant obstinément les formules sacrées du passé, ils hypnotisent les intelligences retardataires et intimident la fraction progressiste de l’humanité ». La religion intellectuelle a, elle, permis l’expression des idéaux éthiques du respect de l’humanité, et ainsi que « l’homme doit être sacré pour l’homme, indépendamment de toute distinction de race, de croyance, de couleur, de nationalité, de statut, de position politique ou sociale ». « Que le corps de l’homme doit être respecté, protégé de la violence et des outrages, fortifié par la science contre la maladie et contre une mort évitable. La vie de l’homme doit être tenue pour sacrée, garantie, fortifiée, ennoblie, exaltée…En outre, tout ceci ne doit pas être considéré comme un pieux sentiment ni comme une abstraction, mais être pratiquement et pleinement reconnu en la personne des hommes, des nations et du genre humain ».

    Cependant, Aurobindo précise que cette religion intellectuelle n’est en fait que « l’ombre d’un esprit qui n’est pas encore né, mais qui se prépare à naître ». Elle peut inspirer une élite, mais elle descend difficilement dans la conscience commune. Le problème de fond demeure qui réside dans la structure de l’ego séparateur et exclusiviste. « L’ennemi de toute religion vraie est l’égoïsme humain, l’égoïsme de l’individu, l’égoïsme de classe et de nation ». Et cet ennemi est si bien installé que précisément il se sert de la religion établie pour créer la division et l’affrontement. Au nom de la religion. Ce qui constitue la démonstration même du fait que l’esprit ait quitté la religion. Le sens réel de la religion est dans le lien qui relie. Ce qui implique « l’amour, la reconnaissance mutuelle d’une fraternité des hommes, un sens vivant de l’unité humaine et une pratique de l’unité humaine dans la pensée, dans les sentiments et dans la vie ».

    [...]

    Enfin, il est essentiel de souligner que la crise que notre époque traverse est avant tout une crise spirituelle et rien d’autre. On ne pourra pas indéfiniment continuer à en chercher la résolution en résolvant les problèmes au seul niveau des comportements. La racine des problèmes de comportement réside dans les croyances qui les causent et ces croyances sont intrinsèquement liées à des mythes culturels. Les mythes culturels ne peuvent être remis profondément en cause que par une approche spirituelle.

    * *
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  26. #26
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    VÉRITÉ ET MENSONGE AU SENS EXTRA-MORAL

    (Suite)



    Dans la mesure où l’individu veut se maintenir face à d’autres individus, il n’utilise l’intellect, dans un état de choses naturel, qu’à des fins de travestissement.

    Or, étant donné que l’homme, à la fois par nécessité et par ennui, veut vivre dans une société et dans un troupeau, il a besoin d’un accord de paix et cherche du moins à faire disparaître de son univers le plus grossier bellum omnium contra omnes.

    Cet accord de paix ressemble à un premier pas dans l’acquisition de notre énigmatique instinct de vérité.

    Maintenant en effet se trouve fixé cela qui désormais sera de droit "la vérité", c’est-à-dire qu’on invente une désignation constamment valable et obligatoire des choses, et la législation du langage donne aussi les premières lois de la vérité.

    Le contraste entre vérité et mensonge se produit ainsi pour la première fois..





    VÉRITÉ ET MENSONGE AU SENS EXTRA-MORAL

    Friederich Nietzsche

    (à suivre)


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  27. #27
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    «Puissé-je être quelqu’un d’autre, ainsi soupire ce regard : mais il n’y a pas d’espoir ! Je suis qui je suis : comment me débarrasser de moi ? Et pourtant j’en ai assez de moi !"... Sur ce terrain du mépris de soi, véritable marécage, pousse toute mauvaise herbe, toute plante vénéneuse, tout cela petit, caché, trompeur et fade. Ici grouillent les vers de la vengeance et du ressentiment ; ici l’air empeste de choses secrètes et inavouables ; ici se trame constamment la conspiration la plus méchante, -- la conspiration de ceux qui souffrent contre ceux qui ont réussi et vaincu, ici la simple vue du vainqueur excite la haine. Et que de mensonges pour ne pas reconnaître que cette haine est de la haine ! Quel étalage de grands mots et de façons, quel art de la calomnie « honnête » ! Ces malvenus : quelle noble éloquence coule de leurs lèvres !...

    Il y a là tout un monde frémissant de vengeance souterraine, insatiable, inépuisable dans ses explosions contre les heureux et aussi dans les travestissements de la vengeance, dans les prétextes à exercer la vengeance : quand arriveraient-ils vraiment au suprême, au plus subtil, au plus sublime triomphe de la vengeance ? De toute évidence, s’ils réussissaient à mettre leur propre misère et toute la misère du monde dans la conscience des heureux, si bien qu’un jour ceux-ci en vinssent à avoir honte de leur bonheur et peut-être à se dire entre eux : "c’est une honte d’être heureux ! il y a trop de misère !"» Victorius Disgracias


    Friederich Nietzsche, Généalogie de la Morale, IIIème partie, section 14

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  28. #28
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    Du bonheur

    Pour les matérialistes du XVIII ème siècle, comme le baron d’Holbach, le bonheur est avant tout un plaisir dont nous souhaitons la durée. Il se mesure à deux caractères : la longueur et l’intensité. Un bonheur très bref est appelé plaisir. Entre plaisir et bonheur il n’y a qu’une différence de durée, pas de nature. Le bonheur et le plaisir ne sont qu'une seule et même chose. Notre corps ne supporte qu’une intensité limitée de plaisir, au delà d’un certain seuil, il y a la douleur. Il devrait y avoir une méthode pour user des plaisirs. Un art de vivre dans l’usage du plaisir qui devrait nous donner le maximum de bonheur.

    Mais le bonheur est-il une somme de plaisirs ? Est-il exact que le bonheur et le plaisir soit une seule et même chose? Le plaisir est certainement une motivation que l'on peut poursuivre, mais y a-t-il des recettes pour être heureux ? Les gens qui « ont tout pour être heureux » ne le sont pas forcément et ce n’est pas obligatoirement une maladresse de leur part. Le bonheur est-il de l'ordre d'une pratique? Le bonheur est-il un simple hasard ? Le bonheur est-il une sorte de grâce païenne qui survient d’elle-même, sans qu’on y prenne garde et qui défie toutes les prétentions d’une méthode ? Le bonheur peut-il être le résultat d’une pratique ou d’un art de vivre ?

    [...]

    Bonheur et conscience d’être

    [C]ontrairement à ce que l’on pense bien souvent, le bonheur est beaucoup moins à l’extérieur de nous qu’on pourrait le croire. Le bonheur ne réside dans aucun objet. Face à des drames, on dit parfois des autres, avec une sorte d’étonnement un peu niais : « mais ils avaient tout pour être heureux !». Nous sommes alors très inquiets, nous nous disons que ces gens qui avaient toutes les conditions réunies pour être heureux... n’ont pas réussi à être heureux. Si cela nous angoisse, c'est parce que cette situation remet gravement en cause une opinion fausse dans laquelle nous nous sommes installés. Si ces gens sont malheureux, alors, nous autres, qui nous trouvons si démuni, quelle chance aurions nous de pouvoir être heureux ? On croit qu’il suffit de rassembler des conditions extérieures : de l’argent, du pouvoir, une reconnaissance sociale, le luxe et le loisir pour être heureux et on constate qu’il n’en n’est rien. (texte)

    Il n’en est rien parce que le bonheur n’a rien à voir avec l’extériorité, ni avec l’objet, il relève entièrement de l’intériorité et du sujet. En sanscrit le mot bonheur est en apparence formé de la même manière qu’en français : sukhâ : su bon, khâ, racine qui signifie habiter ; malheur est duhkhâ, duh mal, kha, espace. Le bonheur le lieu heureux, l’espace où la conscience est heureuse. Le bonheur est un état de conscience. Le malheur, le lieu malheureux, l’espace où la conscience est plongée dans l’affliction. Quel est donc cet espace ? Où se situe-t-il ? S’il est hors de soi, cela implique que des circonstances doivent être réunies pour que nous puissions être heureux. Mais si c’est un espace intérieur alors le bonheur est bien plus près de nous que nous que ne l’avons jamais pensé.

    Le bonheur est différent de la joie que nous tirons du résultat de l’action, de l’explosion émotionnelle de la satisfaction d’un désir longtemps porté. (texte) La joie que nous tirons de la satisfaction du désir vient de nous-mêmes, elle jaillit de nous-mêmes. Pour cette raison, nous pouvons aussi éprouver à certains moments une joie d’être qui est en réalité la vraie joie, la joie sans cause autre que nous-mêmes. Cette joie n’est pas le plaisir que l’on tire d’un organe des sens, ni celui d’une action correctement accomplie. Ce n’est pas non plus le sentiment communicatif de la gaieté qui n’est qu’une joie artificielle et fausse qui peut masquer le désespoir et la tristesse du cœur. Ce qui est désigné par le mot bonheur c’est en réalité un état d’être, un état paisible d’équilibre, un état fait de contentement, de plénitude apaisée d’une conscience de soi qui, cessant d’être tiraillée au-dehors, est rassemblée en elle-même. (texte) Le bonheur, c’est d’être, le bonheur est bien-être au sens où la conscience d’Être est mon bien le plus propre. Mais c’est aussi subtil car quand le bonheur est là, il n’y a pas de « je », on ne peut pas dire « je suis heureux », le bonheur est précisément là quand il n’y a pas la division possible, mais un flux de l’être sans division. Être heureux, c’est être, et même être sans moi. C’est aussi simple que cela, mais parce que nous, nous sommes très compliqués, nous attribuons à cet état une forme : celle du plaisir, celle d’une joie du désir, celle d’une excitation émotionnelle, d’un divertissement, d’une fierté etc.

    Pourquoi croyons-nous que le bonheur tombe du ciel comme une gratification ? Parce qu’il peut en réalité jaillir du cœur à tout instant, parce qu’il est en réalité sans cause. Ce qu'a par exemple compris Julien Green. (texte) Telle est la La joie sans objet selon Jean Klein. La vraie joie est sans cause, elle est sans objet parce qu’elle est la plénitude de la conscience non divisée en sujet/objet. Le bonheur ne réside dans aucun objet. (texte) Ce n’est que par une ignorance fatale que nous mettons le bonheur dans les objets. (texte) Mettre le bonheur et le malheur hors de soi est ignorance. Ce qui est ici et maintenant dans l’ordre de l’objet demeure neutre, ce qui est ne prend la coloration de bien ou de mal, du rose ou du gris qu’à travers nos lunettes roses ou grises, qu’à travers la représentation que nous structurons de la réalité. Tel est le sens de la fable du laboureur qui répétait devant chaque situation « cela est », tandis qu’au village les gens tour à tour le plaignaient ou le félicitaient de ce qui lui arrivait.

    Il arrive que cette compréhension de l’espace intérieur du bonheur nous advienne dans une expérience verticale. C’est ce que Rousseau découvre par exemple dans les Rêveries du Promeneur solitaire. Rousseau comprend que dans la conscience d’être réside un état apaisé qui est bonheur et que tout ce que l’on désigne sous ce nom d’ordinaire n’est en fait que le plaisir ou une joie passagère. (texte)

    * *
    *

    Il n’y a pas de recettes du bonheur, le bonheur ne se fabrique pas avec des ingrédients, comme on peut faire un gâteau en cuisine (texte). Il n’y a pas de pilules du bonheur, les pilules ne nous donneront jamais que de la gaieté frelatée. Il y a par contre des conseils qu’il est bon de suivre pour éliminer la douleur et guérir la souffrance. L’art de vivre ménage les conditions les meilleures (texte) pour une vie heureuse, mais le bonheur n’appartient à aucun conditionnement d'ordre relatif. Il est plutôt dans la jouissance de soi de l’existence, jouissance paisible, état d’être complet qui n’équivaut pas au plaisir, ni à la joie dans le sens où on la prend d’ordinaire.

    Dire que le bonheur dépend des caprices de la fortune, c’est aussi se tromper sur sa nature et confondre la prospérité matérielle, avec le bonheur. Derrière le malheur, il y a la conscience du malheur, derrière le bonheur réside la conscience du bonheur. Les événements ne prennent tout leur sens que dans l’attitude qui les reçoit. La difficulté de trouver une formule du bonheur a fait que l’on a conclu qu’il s’agissait là d’un « idéal de l’imagination », ce que Kant prétend, mais un idéal n’est pas un état d’être. Le bonheur n’est pas un idéal, n’est pas une représentation du bonheur mais la joie d’exister pleine et entière, la joie d’être ici et maintenant sans distance ni dérobade.

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    «Le bonheur n'est pas une destination mais une façon de voyager»

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  29. #29
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    VÉRITÉ ET MENSONGE AU SENS EXTRA-MORAL

    (Suite)



    Le menteur utilise les désignations valables, les mots, pour faire apparaître l’irréel comme réel ; il dit par exemple : "je suis riche" alors que "pauvre" serait pour son état la désignation correcte.

    Il maltraite les conventions établies par des substitutions arbitraires et même des inversions de noms. S’il fait cela par intérêt et en plus d’une façon nuisible, la société lui retirera sa confiance et du même coup l’exclura.

    Ici les hommes ne craignent pas tant le fait d’être trompés que le fait qu’on leur nuise par cette tromperie : a ce niveau-là aussi, ils ne haïssent pas au fond l’illusion, mais les conséquences pénibles et néfastes de certains genres d’illusions.

    Une restriction analogue vaut pour l’homme qui veut seulement la vérité : il désire les conséquences agréables de la vérité, celles qui conservent la vie ; face à la connaissance pure et sans conséquence il est indifférent, et à l’égard des vérités préjudiciables et destructrices il est même hostilement disposé.

    Et en outre ; qu’en est-il de ces conventions du langage ? Sont-elles peut-être des témoignages de la connaissance, du sens de la vérité ? Les désignations et les choses coïncident-elles ? Le langage est-il l’expression adéquate de toutes les réalités ?





    VÉRITÉ ET MENSONGE AU SENS EXTRA-MORAL

    Friederich Nietzsche

    (à suivre)


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  30. #30
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    La langue Mère, langue de l'Univers

    La difficulté centrale de l’origine des langues tient à la coupure à vif pratiquée entre le plan de la Nature, que l’on tient pour vide de signification et celui de la culture apparaissant avec l’homme, dans lequel surgirait le sens. Une solution originale, non-duelle, que l’on trouve chez Raymond Ruyer, dans La Gnose de Princeton, consisterait à abolir cette coupure en considérant que l’Univers, parce qu’il est information, est tout entier culture. Dans ce cas, la langue Mère n’est rien moins que l’intelligence à l’œuvre dans l’Univers.

    «Le matérialisme consiste à croire que ‘tout est objet’, ‘tout est extérieur’, ‘tout est chose’. Il prend pour argent comptant le caractère ‘surfaciel’ de la perception visuelle et de la connaissance scientifique. Il prend pour endroit (right side) l’envers (wrong side) des êtres.
    Ce qui fait la vraisemblance du matérialisme, c’est que la plupart des êtres perçus et connus sont en effet, des faux êtres, des composés, des agencements artificiels et fortuits. Un nuage, une rivière, une maison, une machine n’ont évidemment pas, comme tels, d’endroit ‘conscient’. Leurs molécules composantes par contre, puisqu’elles subsistent par elles-mêmes, gardent leur forme, la reconstituent éventuellement. Il faut bien qu’elles aient un ‘endroit’ qui en fait une réalité indépendante de notre vision ou de nos soins.
    Les énormes amas de matière des étoiles et des nébuleuses sont de la conscience à l’état pulvérulent, une sorte de neige de conscience, neige faite de milliards de cristaux de glaces et rendus invisibles, alors que la glace (la conscience) est transparente.»


    1) Et si l’Univers manifesté tout entier était une langue qui nous est parlé ? Et si, comme le pensait Berkeley, la Nature est une langue que Dieu nous parle ? Si nous voulions bien mettre de côté tout anthropomorphisme, à quoi ressemblerait une langue Mère qui serait immanente au cosmos et ne serait pas seulement une représentation de celui-ci ? A quoi ressemblerait une langue qui serait tout entière dans le participable de chaque conscience à l’Univers et non dans l’ordre de l’observable de la division sujet/objet ?

    L’animal, comme vivant, ne se représente pas lui-même et pourtant nul doute qu’il communique dans un milieu de sens et dans une intelligence. Nous l’avons montré de manière assez détaillée. Voici ce qu’écrit Ruyer à ce sujet : « Les êtres n’agissent, et même ne perçoivent… que par participation à un sur-univers, trésor inobservable, mais participable à la manière d’une langue maternelle ». Cependant, « l’univers ‘sensifie’ sans ‘signifier’. Il n’emploie pas originellement de signes, il manifeste des sens. Il y a des grammaires, des dictionnaires, des codes pour les significations. Il n’y en a pas pour les manifestations de sens ».

    « Soit un organisme vivant complexe, non observé du dehors, mais en son ‘lui-même’. Il vit, il maintient sa forme dans le temps. Il se comporte d’une manière sensée ou thématique, selon des intentions implicites ». « L’être vivant incarne, actualise des sens ou des thèmes valables. Il parle-sa-vie, beaucoup plus fondamentalement qu’il ne signifie, communique, envoie des messages – ce que certains êtres vivants peuvent faire aussi, mais occasionnellement. Il parle-sa-vie beaucoup plus souvent qu’il ne parle de sa vie à d’autres vivants. Il écoute sa propre mélodie, sa parole propre, bref, il ‘sensifie’, il ne signifie que rarement ». Parce que tout vivant est enraciné dans la vie elle-même et ne saurait s’en détacher, il demeure dans la connexion intérieure d’une participation à l’univers lui-même. Par ce biais, il cherche à se maintenir, à vivre et à bien vivre dans un univers dont la trame est intelligente. Ainsi, « le trésor quasi linguistique primordial de l'univers fournit aux parlant et quasi-parlants la substance de toutes les paroles exprimées ou échangées. Tous les êtres s'efforcent de bien parler leur vie ou leur existence selon le Système-Norme. Les vivants proprement dit en signalent et en guettent les signaux que pour bien vivre ».

    La spécificité du langage humain devient dès lors parfaitement claire, le langage humain est une aptitude à signifier dans une méta-langue par rapport à la langue de la vie. La langue mère du sens de intelligence universelle précède la langue de signification de l’intellect humain. « En ce sens tout langage humain proprement dit est une sorte de métalangue, auxiliaire de la langue fondamentale de la vie. La parole humaine est une sorte de discussion grammaticale passionnée, et souvent sanglante sur des "points de grammaire", sur l'art de bien parler la vie ». Ruyer cite le linguiste B. L. Whorf pour qui « un monde nouménal – d’hyper-espace de dimension supérieure – attend d’être découvert par toutes les sciences sous son aspect premier : celui des domaines, des accolades structurantes… Ce monde présente une indéniable affinité avec le système complexe de la langue, et englobe les mathématiques et la musique… Il existe dans le langage ou dans le sublangage mental, la prémonition d’un monde inconnu plus vaste dans lequel l’aspect physique ne représente que la surface ou l’écorce, et dans lequel nous sommes cependant et auquel nous appartenons. Ce monde a un caractère sériel ou hiérarchique, avec une succession de plans ou de niveaux dont chacun se manifeste par des structures contenant d’autres structures, en motifs (au sens décoratif du mot) contenus les uns dans les autres ». En conséquence : « La parole est ce que l’homme a fait de mieux. Mais sans doute, Dieu a-t-il compris que le haut niveau auquel se situe un pareil phénomène organisé a été en quelque sorte dérobé à l’univers ».

    D’autre part, nous savons que le langage humain est pétri par la dualité. De ce fait, il incline vers le jugement de valeur, mais cette valeur est loin d’être toujours en adéquation avec la vie elle-même. Nos jugements de valeur bataillent contre ce qui est et polémiquent avec la vie. « Les hommes ne parlent au fond que pour porter des jugements de valeur: ‘Je fais bien, et tu fais mal. Agis autrement. Je ferais bien d'agir autrement. Dieu est avec nous, pas avec vous’ ». Le langage humain n’est donc un auxiliaire de la vie que lorsqu’il se maintient dans sa Vérité, en s’éloignant de la vérité, en devenant mensonger, il enfante de l’illusion et il cesse de servir la vie.

    Le langage humain ne peut constituer un paradigme de la Langue Mère originelle. Il en est plutôt une hypostase. Dans le mensonge, il en est aussi le dévoiement. Ce qui constitue pourtant une possibilité inscrite dans le libre-arbitre humain et fait partie du grand Jeu des possibles dans l’Univers.

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