de Myriade » Mar Déc 09, 2008 3:51 pm
Mario Dumont est victime de lui-même, de son incapacité à formuler une politique cohérente avec une équipe forte et battante, victime de son dumontisme. J'ai écrit au début de cette campagne que nous allions voir si il y a autre chose que du dumontisme dans l'ADQ. Le lendemain du résultat, c'est le désarroi, ils ne s'attendaient même pas à la démission de leur chef... Ce parti n'a jamais réussi à faire mieux qu'un ballon qui se gongle et se dégonfle très vite, il récupérait les insatisfactions sans réussir à convaincre qu'il possédait vraiment les solutions. La réalité était trop compliquée pour lui. Coincé entre le fédéralisme centralisateur et la souveraineté du Québec, il n'a pas réussi à articuler adéquatement un concept qui permettrait de résoudre cette contradiction dans le sens de l'évolution du monde moderne.
La conjoncture historique est en train de changer globalement, pas seulement la conjoncture québécoise. Il n'y a plus de parti fédéraliste canadien capable d'être le «natural governing party», capable d'imposer son autorité pour maintenir une forte unité nationale dans le fédéralisme centralisateur canadien. Si Harper avait obtenu un gouvernement majoritaire avec le soutien du Québec, l'ADQ aurait pu devenir le gouvernement qui aurait tenté d'obtenir une certaine autonomie à l'intérieur de ce vieux fédéralisme. Trop tard, ce vieux fédéralisme est complètement fêlé, les forces centripètes sont définitivement devenues plus grandes que les forces centrifuges. Il n'est donc plus possible de demander au papa fédéral qu'il nous permette de réaménager notre chambre, il n'y a plus de papa fédéral. L'ADQ est dépassé par l'évolution de la crise canadienne. Le plus grand des dénis actuellement réside dans l'espoir que le papa fédéral va guérir, rétablir l'unité du vieux fédéralisme et revenir nous dire qu'il peut nous aider à modifier notre chambre. Quand M. Dumont a critiqué également le gouvernement Harper et le Bloc Québécois pour les accuser de provoquer une crise politique superficielle, il a démontré son incapacité intellectuelle devant le changement de conjoncture historique qui est réellement profond. Le fédéralisme centralisateur est en train d'éclater, pas seulement à cause du souverainisme québécois, mais bien parce que l'époque des empires et des nationalismes agressifs s'épuise. La nouvelle époque appartient aux nations souveraines capables de s'unir plutôt que de s'entre-déchirer et se mettre en guerre. Le fédéralisme centralisateur qui impose la domination d'une nation triomphante sur des nations vaincues ne peut pas satisfaire le besoin de liberté que chaque peuple éprouve naturellement. L'ADQ autonomiste, qui cherche un compromis à l'intérieur de ce vieux fédéralisme, n'a plus d'avenir.
La crise canadienne va continuer jusqu'à ce que le vieux fédéralisme centralisateur soit jeté aux poubelles de l'histoire ancienne et, je l'espère, remplacé par un confédéralisme moderne, créatif, sachant tenir compte de la spécificité de chaque peuple. Le premier acte que la nation du Québec puisse faire pour aider à résoudre cette crise est de devenir un pays souverain ouvert aux autres, démontrant clairement son désir que les nations s'unissent dans un confédéralisme moderne. Évidemment, la souveraineté des autres nations qui composent le Canada actuel est également souhaitable. La forme d'union que nous inventerons sera forcément plus complexe, elle exigera beaucoup de compétence intellectuelle, un travail de la raison aussi déterminé que patient.
Si Satan veut nous détruire, pourquoi m'a-t-il conçu?