Nouveau torchon anti-québécois: The Métropolitain

Welcome to English speakers willing to discuss politics with Quebeckers.

Nouveau torchon anti-québécois: The Métropolitain

Messagede Delenda » Ven Mai 23, 2008 9:45 am

Le patriotisme perverti

Daniel Laprès

Depuis longtemps déjà, un groupe de brutes épaisses fait partie du paysage idéologique québécois. Elles ont d’ailleurs encore fait parler d’elles ces dernières semaines : dans la nuit du 25 au 26 avril, elles ont profané la sépulture de l’ancien premier ministre Pierre Trudeau. Mais la souillure aura été double : les brutes épaisses ont aussi sali le nom de Louis-Joseph Papineau, qu’elles ont barbouillé sur le caveau de la famille Trudeau.

En détournant grossièrement le noble nom de Papineau au profit de leurs sinistres desseins, les brutes épaisses ont révélé leur ignorance crasse dans toute son ampleur. C’est que, tout au long de sa vie, Louis-Joseph Papineau aura démontré qu'il était foncièrement un libéral, un démocrate, un ennemi du despotisme, un libre-penseur qui luttait pour la primauté des libertés fondamentales. Papineau se situait à l’exact opposé du fanatisme ethnique, du totalitarisme et du crétinisme qui caractérisent les lâches auteurs de l'acte perpétré au cimetière de Saint-Rémi-de-Napierville.

En parfaits héritiers de l'obscurantisme qu’elles sont, ces brutes épaisses ignorent sans doute que Papineau aura notamment été l'un des chefs de file de l'Institut Canadien de Montréal, qui regroupait les Louis-Antoine Dessaulles, Arthur Buies, Joseph Doutre, Aristide Filiatrault et tant d'autres libre-penseurs de la deuxième moitié du 19e siècle, ceux-là même qui luttaient courageusement contre les fanatismes de toute sorte (en fait, on peut parier que la plupart de nos crétins fanatisés n'ont jamais même entendu ces noms-là...). Ces promoteurs de l'esprit des Lumières luttaient pour la liberté de pensée et d'expression, donc pour le droit de chacun dans notre société à exprimer ses vues sans subir d'ostracisme et sans être muselé d’aucune manière que ce soit. Louis-Joseph Papineau, fondateur du libéralisme politique québécois et adversaire résolu de la bêtise fanatique et du despotisme qui lui est inhérent, était leur principal inspirateur. Quelle honte de voir aujourd'hui les héritiers des ennemis obscurantistes de Papineau associer son noble nom à un acte aussi ignoble, un acte dont la teneur fanatique reflète tout ce qu'il avait combattu, un acte qui souille outrageusement sa mémoire. Puis, à peine quelques jours plus tard, les brutes épaisses auront récidivé (bien sûr, toujours en pleine nuit), en barbouillant les murs extérieurs du local de la Légion canadienne, à Lachine. La Légion canadienne, c’est surtout l'endroit où fraternisent les vétérans de nos forces armées. Bon nombre des membres de la Légion sont des gens bien de chez nous qui ont eu le courage, au cours de la Deuxième guerre mondiale, de s'enrôler volontairement pour combattre la barbarie fasciste, et cela tandis que les élites nationalistes d'alors clamaient que les bons c'était les fascistes, et que les méchants c’était les « Anglos-Saxons-à-la-solde-de-la-finance-juive ». Le chef collabo Philippe Pétain, celui-là même qui s'était assuré que la France reste bien soumise à l’occupant nazi, était d'ailleurs un bien bon gars aux yeux des Lionel Groulx, René Chaloult, Maxime Raymond et autres chefs nationaleux de la même engeance, et dont la plupart des gardiens du temple nationaliste d’aujourd’hui ne cessent de chérir le souvenir.

Cependant, l’un de nos grands hommes de lettres, Louvigny de Montigny (1876-1955, homme de théâtre, l'un des fondateurs de l’École littéraire de Montréal qui a aussi fait connaître le roman Maria Chapdelaine, et que Lionel Groulx embroche dans ses Mémoires en soulignant le fait qu’il était « associé à une Juive »), s’était à l’époque montré très peu tendre pour ceux qu'il appelait les exploiteurs du patriotisme inverti :


« J'ai résisté à l'ironie qui me poussait à décrire des états d'âme que la guerre a suscités parmi nos gens : benêts et vaniteux coloniaux qui tiennent rigueur de leur infériorité à la France aussi bien qu'à l'Angleterre, prêcheurs de l'isolationnisme, racoleurs de votes, profiteurs des calamités publiques. Le cautère de la caricature conviendrait mieux à ces trublions qui ont fait de leur mieux pour saboter notre élan national, en ergotant sur la légitimité de cette guerre, du conflit déclenché, à leur avis, pour assurer la suprématie financière ou politique d'une puissance qui nous est étrangère sur une autre qui nous l'est tout autant. Les millions de victimes innocentes de l'horreur nazie n'intéressent nullement ces messieurs. Il leur est égal que le boisseau nazi étouffe le génie français qui a assuré et continue d'assurer la survivance au pays de Québec. Les exploiteurs du patriotisme inverti se manifestent dans tous les pays du monde, et les nôtres ne présentent pas d'originalité qui vaille qu'on la souligne. »1


Mais là où je veux en venir, c'est à la répugnante écoeuranterie que représente le geste d’avoir souillé les murs de la Légion canadienne. Tout ça, vraisemblablement, parce qu'il y a le mot « canadienne » dans le nom de l'association ciblée. Un réflexe d'épais, bien entendu. Mais par leur acte, ces crétins ont blessé en plein cœur nos compatriotes qui se sont courageusement battus contre la bête immonde du fascisme, et à qui on doit aujourd'hui ces libertés qui sont aujourd’hui les nôtres. Pour contribuer à la réparation de cette injure commise contre nos héros par les brutes épaisses, je ne vois rien de mieux que de redonner la parole à Louvigny de Montigny :


« Il appartient [à l’Histoire] d'attester l'ardeur de nos armées volontaires qui sont allées à l'ennemi pour préserver de la barbarie notre civilisation méditerranéenne, pour défendre de loin notre pays de Québec et le Canada tout entier, qui ont inscrit le nom canadien au rôle de l'honneur et ont fort allongé la liste des héros dont nous pouvons nous réclamer. »2


Puissions-nous être de plus en plus nombreux à vous entendre aujourd’hui, Louvigny de Montigny. Car il est plus que temps d’en finir avec ces brutes épaisses et leurs guides, avec ceux-là qui continuent de pervertir le noble mot de patriotisme en nous volant notre histoire et en la souillant de leurs actes ignobles. Notre Patrie, c’est celle des libertés pour tous, ici, au Québec. C’est elle que le libéral Papineau défendait, c’est pour elle que se sont battus nos vétérans de la Deuxième guerre mondiale. À notre tour de la défendre, notre Patrie, en nous réappropriant d’abord notre histoire, celle de tous les démocrates Québécois quelles que soient leurs origines, celle-là même que les adeptes du patriotisme perverti nous ont volée à force de détournements de sens, de mascarades grotesques et de profanations haineuses.


1 Louvigny de Montigny, Au pays de Québec, Montréal, Société des Éditions Pascal, 1945, p. 15.


2 Idem., pp.15-16.
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Re: Nouveau torchon anti-québécois: The Métropolitain

Messagede Delenda » Ven Mai 23, 2008 9:47 am

The age of rule-by-pandering

Peter Sauvé

As noted in The Métropolitain's May Day launch edition, the essential mission-statement of this new Montreal media enterprise is considerable—to encourage all of us take back our democracy from those political, media and bureaucratic elites who've commandeered it for the worse.

And that starts by expanding public debate from those who, all too often, have self-servingly defined it only to limit it.

Have our leaders really led us? Have they led us to where we want to go? Federal government support payments and equalization transfers from Ontario and the West aside, is Montreal better off now than it was before the socio-cultural engineers in Ottawa and Quebec City turned language and culture into a national industry?

Toronto sure is.

Do Montreal merchants along the Main praise the city's leadership and vision in road-work administration? Did the concept of "public works" actually work for those businesses?

Our federal leadership supports Quebec's Bill 101, but opposes bilingualism on English-media airwaves here. Locally, many non-French leaders and journalists who would never condemn Bill 101 or its sign regulations indignantly huff and puff whenever the language police actually do their job enforcing them.

We live in times of rule-by-pandering.

No, this isn't going to be a tedious "idealistic journalist bashes government, defends the people" piece. On the contrary, we the people usually get the government we deserve. To a lesser extent, we also get the media we deserve. And having had considerable exposure to both in the English part of this city and province, it's clear that we the people have been greatly complicit in our own dimunition.

We the people—particularly those of us west of St. Lawrence Boulevard—are lazy. Very lazy, and self-defeating. When the bad gang from Quebec City threatens and thunders against us, we always go into cower-and-deny mode, expecting "our" media and elected officials to do battle for us.

They never do, of course, because the governing interests of our Big Media typically follow Big Politics on such delicate national issues. However, it's not all-Pravda all the time here. There are several highly welcome exceptions—enough to prevent any of us from misrepresenting our intellectual laziness and indifference as being consensus-driven.

But we the people west of St. Lawrence like to pretend. We like to think that it's all that bad gang's fault, and that all would be well if they would just go away. We want our media to sneer and take cheap shots at them while reporting even their petty foibles as news. Under no circumstances do we ever want to critically examine "our" own big-media's agenda, however—we'd rather believe a lie in The Gazette than a truth in a weekly paper.

For us, size makes right. In any public debate, we're suckers for quantity, not quality, and our elites know it. That's why we the people west of St. Lawrence are in such a mess, and why many of us can't deal with it. Easier to buy into the same old big-media bromides that perpetuate the staus quo than to generate intellectual and political self-initiative.

The irony is that we the people west of St. Lawrence think they the people east of St. Lawrence who hang with that bad gang from Quebec City are the brainwashed people in this province. The former accuse the latter of simply transferring their earlier religious worship and governance practices to the new church of parochial political nationalism and failing to see how they're manipulated by their leaders.

Well, let the people west of St. Lawrence who are without sin on that one cast the first stone.

Writing in The Suburban, Quebec's second-largest English newspaper, musician-comedian Rick Blue astutely summed it up, noting how all our political leaders divide and manipulate us through fear.

"It is good for them to keep both linguistic populations in a constant state of fear: in the case of English-speaking federalists in Quebec, the fear of losing their country; and in the case of French-speakers in Quebec, the fear of losing their language and culture," Blue notes. "For my entire lifetime, I have watched the elite of this country use this fear to their advantage. Careers have been made on one side or the other of this divide and billions of tax dollars have been spent on it."

Deliberately misdirecting our attention to the so-called national-unity issue enables all leaders to skirt more routine and tougher questions we want answered, Blue says, adding it's just as important for Ottawa to perpetuate this game.

That's precisely why, from 1980 through 1995, federal politicians and Quebec's English media rarely failed to aggrandize the separatist threat while consistently suppressing any coverage of its logical counterpart— partition. God forbid we should ever tell the great Canadian unwashed the truth about secession for fear of challenging Quebec nationalism while emboldening the weak people west of St. Lawrence.

The same separation stick complemented the carrot in Ottawa's promotion of official bilingualism across Canada in 1968. The Official Languages Act was sold as a powerful preventative that would quash Quebec separatism, the Liberals said, before proceeding to spend the next 30-odd years beating the same tired drum to buttress their policy agendas.

Fittingly, the bafflegab that has characterized national-unity discourse has spread to higher levels of inter-provincial relations, with Ontario Premier Dalton McGuinty's call for fair play in federal equalization payments to Ontario marking the latest outbreak.

For decades, Ontario has benefitted enormously from the existence of Quebec's anti-English language laws through head-office and talented human-capital migration—one reason why, aside from its federal Liberal ties, the Toronto Star supported Bill 101. In return, Ontario's so-called "have" status benefitted Quebec greatly through lopsided, federally-mandated transfer payments.

Thus, instead of suffering the natural consequences of legislating and strictly enforcing laws against English, Quebec's odious practices were effectively subsidized at others' expense—mainly Ontario's. Doubtless, this scheme was Ottawa's cowardly way of appeasing Quebec nationalism while sparing Bay Street the financial fallout from hyped-up separation rhetoric.

That might have been good for Ontario, but, thankfully, deals with the devil always backfire. And now, faced with Quebec's newly-emerging "have" status and the prospect of having to send equalization transfers to Ontario, the bad gang in Quebec City has been given a powerful argument for self-extrication from the Canadian mosaic -- la nation Quebecoise shouldn't have to pay Ontario's bills.

If McGuinty hasn't already received the phone call from Ottawa, he will soon be made to understand the first law of the new Canada: that equality is not a two-way street. And if you complain too long, the separation stick will trump the carrot.

Our public debates are controlled largely by the aforementioned elites—not always a bad thing necessarily, as long as their members remember the "servant" in the term "public servant," and consistently undertake to act in the "public interest." But why should they when the public isn't interested in public debate.

Three-hundred years ago, Montreal was governed by the fur trade. Today, we talk about free-trade and fair-trade. Here's hoping correctitude-indifferent media like this one can help end the fear-trade that's hurt Montreal.
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Re: Nouveau torchon anti-québécois: The Métropolitain

Messagede Delenda » Ven Mai 23, 2008 9:48 am

Monmarquette au pays des extralucides

Pierre K. Malouf

Avez-vous lu le rapport Monmarquette ?1 Moi si. Une brique de plus de trois cents pages, qui m’a tout à fait convaincu. Ne vous fiez pas aux commentateurs, surtout pas à votre humble serviteur, lisez le rapport. Vous le trouverez sur le net à l’adresse suivante :


http://www.gttsp.gouv.qc.ca/ RapportFR_GTTSP.pdf


Allez-y tout de suite, je vous attends...

C’est clair, n’est-ce pas ? Que préférez-vous ? Une hausse d’impôt, une hausse de la TVQ, une hausse des tarifs ? Nous n’y couperons pas, les besoins sont trop énormes. Moi, mon choix est fait. La hausse des tarifs est la solution la plus efficace et la plus équitable. Les auteurs ne manquent d’ailleurs pas de défendre préventivement « les plus démunis » contre des hausses abusives qui pourraient les appauvrir davantage. « Tout le monde comprend ça. Le gros bon sens, comme on dit », écrit Michel Laliberté dans La Voix de l’Est du 11 avril. Du bon sens comme chez Mme Marois : « Je trouve intéressant ce qui est proposé. Je crois qu’on doit faire le débat » (La Presse,12 avril) ; ou François Blais, dans Le Devoir du 15 avril, qui exprime de sérieuses réserves, mais concède que Monmarquette, Facal et Laliberté font avancer le débat. Va pour un débat, mais que les choses ne traînent pas !

Hélas ! ce n’est pas tout le monde qui comprend le bon sens. Parcourez quelques blogues, vous en lirez des vertes et des pas mûres : « On veut encore nous faire payer ! » ; « C’est du néolibéralisme ! » ; « Ils vont bientôt nous proposer de tarifer le droit de vote ! » L’un, qui ne ne fait pas la différence entre un têtard et une libellule, est d’accord pour que l’on hausse les permis de pêche. Un septuagénaire n’a rien contre une hausse des frais de scolarité dans les universités. Une hausse des frais de garderies ça ne dérange pas Mlle Becsec, qui n’a pas d’enfants et ne veut pas en avoir. Qu’on paie l’électricité au prix du marché, M. L’Ermite s’en balance, il se chauffe au bois et s’éclaire à la chandelle. Que l’on installe des compteurs d’eau, peu importe à M. Boivin... Solidarité, quand tu nous tiens !

J’ai trouvé plus bête que ça dans Le Devoir du 22 avril : La pédagogie des Lucides, de Laviolette et Dubuc, SPéQuistes libres, qui étalent leurs fantasmes sur la place publique. Le titre constitue déjà une attaque ad personam, le reste est l’avenant. Je ne vais donc pas me gêner pour tronquer une pensée déjà sommaire. Ce que je ne cite pas ne vaut dailleurs pas mieux que ce qui suit : « Le travail est bâclé, la recherche est inexistante, et l’argumentaire frôle la fraude intellectuelle » ; « [...] il est bien connu que tarification et privatisation sont sœurs siamoises. »; « De toute évidence, la hausse des tarifs d’électricité [...] a pour objectif de préparer une privatisation d’Hydro-Québec. ».

L’« insistance à vouloir rattraper la moyenne canadienne » et à « n’utiliser comme comparatifs et sources d’inspiration que les pays anglo-saxons [...], c’est une drôle de perspective pour un souverainiste comme Joseph Facal qui vient de publier un livre [...] où toute son argumentation en faveur d’un Québec souverain repose sur le caractère distinct de la société québécoise. »

Laviolette et Dubuc ne seront libérés de leur allergie à tout ce qui est anglo-saxon que lorsque le Québec n’aura plus comme voisines que des contrées serbo-croates ou thaïlando-laotiennes. Dans le rapport Monmarquette, les exemples de la Grande-Bretagne, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande occupent une place très réduite, voire minime, mais c’est déjà trop pour nos deux soi-disant progressistes. Dès qu’un Torontois dira que la terre est ronde, le Québec devra se distinguer en affirmant qu’elle est plate ! Il est fait peu de cas du modèle finlandais dans le rapport Monmarquette ?

Les deux voyants consultent leur boule de cristal : « Pas assez anglo-saxon comme approche, peut-être ? »

Je n’irai pas par quatre chemins : les extralucides du SPQ libre étant contre les propositions du rapport Monmarquette, il faut que ces dernières soient adoptées le plus tôt possible !
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Messagede Delenda » Ven Mai 23, 2008 9:50 am

Notre maître l’avenir

David Simard

En 1944, la devise électorale du premier ministre libéral du Québec, Adélard Godbout, était un vibrant « Notre maître l’avenir », celle-ci étant une riposte au morne et arriéré « Notre maître le passé » de Lionel Groulx. Au cours d’un seul mandat, les réalisations du gouvernement Godbout furent nombreuses et marquantes : fondation de l’Hydro-Québec, droit de vote des femmes, modernisation des lois ouvrières, en plus d’avoir établi, contre l'opposition hargneuse des élites traditionaliste et cléricale, l’éducation gratuite et obligatoire.

Godbout était un modéré qui refusait de succomber à la démagogie ultranationaliste qui se faisait quasi hégémonique à l’époque. Godbout était en quête d’«un parfait accord en tout ce qui touche aux facteurs de base des problèmes canadiens, qui ne doit jamais être atteint aux dépens ni d’une race, ni de l’autre, mais à l’avantage de tous. » Il défendait avec acharnement les dossiers du Québec auprès du gouvernement fédéral, mais il croyait fermement qu’il fallait aussi œuvrer sincèrement pour améliorer la fédération canadienne.

Il y a une question plus fondamentale évoquée dans cette période de notre histoire qui s’applique toujours dans le débat national d’aujourd’hui : sommes-nous seulement capables de vivre avec les membres de notre tribu ? Ou nous serait-il plutôt possible de nous rassembler, par-delà nos différences d’origine et dans ce qui nous ressemble, dans un même pays, à partir de notre humanité commune et des grandes valeurs civiques que sont, entre autres, la démocratie, le pluralisme, la tolérance, la répartition équitable de la richesse, l’éducation universelle ?

Durant la Deuxième guerre mondiale, à l’époque donc où Adélard Godbout était au pouvoir, de nombreux Canadiens-anglais croyaient que les Canadiens-français ne voulaient pas se battre pour la liberté. Ce qui était faux : presque 100 000 Canadiens-français se sont portés volontaires. Mais l’élite nationaliste canadienne-française fut en grande partie responsable de cette perception erronée. Un exemple percutant est bien celui des collaborateurs de l’ultranationaliste revue L’Action nationale, qui, avant et même durant la guerre, se montraient très favorables aux doctrines fascisantes. C’était ces idéologues d’extrême-droite, tous pâmés d’admiration pour le régime de Pétain qui, en France, collaborait avec l’occupant nazi, qui étouffaient le plus souvent les voix québécoises qui défendaient l’effort de guerre contre la peste fasciste, dont Jean-Charles Harvey, directeur du seul journal de langue française au monde à avoir dès le départ résolument appuyé la Résistance française. Les tenants de la vision historique teintée du nationalisme nous serinent encore que c’était une guerre impérialiste et que nous, les Québécois, aurions tous été des « pacifistes ». Quelle fumisterie, qui sert à couvrir non seulement la lâcheté des élites nationalistes du temps, mais aussi leur admiration éhontée pour les régimes fascistes !

Oui, tous les peuples ont leurs particularités, et les Québécois n’y font certainement pas exception. Mais quand on traverse la frontière ontarienne, on est toutefois loin de passer à une autre civilisation. Des valeurs communes et fondamentales, nous en partageons avec nos compatriotes des autres provinces. Pourquoi alors ne pas faire preuve d’ouverture envers eux ? Il est vrai toutefois que cette idée a coûté très cher à des Godbout et à des Harvey. En plus de s’être fait injustement traiter de « valets du Canada anglais » par ceux-là même qui, à leur époque, chantaient les louanges des vrais valets de l’occupant nazi en France, leur contribution à l’édification et au progrès de notre société a été complètement occultée.

Redécouvrir l’œuvre de ces vrais émancipateurs de notre société, c’est aussi se réapproprier notre histoire. C’est à cette condition-là qu’on pourrait enfin parler d’avenir au Québec, de cet avenir qui éveille la libre création artistique et qui se fonde sur une culture du savoir. D’ailleurs, l’un de nos grands poètes, Hector de Saint-Denys Garneau, avait bien cerné l’enjeu, et cela dès 1937 : « La culture a un sens de perfectionnement humain. Elle est essentiellement humaniste. Elle veut faire des hommes et non pas des Canadiens-français. Il n’y a pas ici opposition, mais seulement une distinction de priorité de valeur, de direction. Faire des hommes avec des Candiens-français et non des Canadiens-français avec des hommes. On prétend bien en faisant des Canadiens-français faire des hommes plus hommes. Mais toute méthode qui n’est pas proprement dirigée vers l’humain a peine à n’être pas restrictive et de courte vue. Ainsi toute l’éducation historique et nationaliste ».1

Si nous voulons devenir une société créatrice et capable de se projeter dans l’avenir, il nous faudrait avoir l’audace de revoir la nécessité du nationalisme au Québec, parce que les dangers de cette doctrine restent potentiellement toujours plus nombreux que ses bienfaits. Les élites nationalistes hurleront à coup sûr que ce serait là renier notre langue et notre culture. Laissons-les gueuler autant qu’elles voudront. Parce que dans les faits, refuser le nationalisme, ou même seulement le questionner, ne signifie aucunement renoncer aux revendications légitimes du fait français au Québec et au Canada. Mais ça peut nous donner une occasion de nous ouvrir les yeux, en délaissant une doctrine qui semble surtout faite pour nourrir des formules exaltées, qui conduisent à la déformation de l’histoire en s’appuyant sur des mythes qui se propagent de génération en génération.

Si la Révolution tranquille a pu nous émanciper du carcan du cléricalisme, pourquoi ne pas aujourd’hui aller plus loin en embrassant résolument la modernité, c’est-à-dire en rejetant le nationalisme de tribu ? Ne serait-il pas temps pour nous, les Québécois, de renouer avec la devise de Godbout, « Notre maître l’avenir », histoire de continuer à faire progresser notre société et tous ceux qui y vivent ?
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Messagede Delenda » Ven Mai 23, 2008 9:50 am

Québec and Israel
Contre la doctrine du mépris

Beryl Wajsman

Yesterday, the 14th of May, was the 60th anniversary of the independence of the State of Israel. Last week, some 15,000 Montrealers marched downtown to celebrate that event on its date on the Jewish calendar. They were not all Jews. They were from many different religious, creeds and races. What brought them together was a fidelity to the struggle of a small, lone democracy surrounded by a sea of tyranny to remain free. The frontline nation in the family of free nations facing an existential threat from Islamist fundamentalism as dangerous as any other ism western civilization has faced in the past one hundred years. This event should have a special resonation for all Quebecers. Because the best of our institutional memory makes us understand the price of liberty better than many.

Notre mémoire et notre vécu ont fait de nous la société la plus progressiste et la plus humaniste du continent. Et peut-être pour ca, les liens entre les peuples juif et québécois, entre Israël et le Québec, restent toujours durables et profonds.

C’est ici que Louis-Joseph Papineau aida aux combats politiques pour une plus grande liberté pour tous, ce qui a permis l’émancipation totale des citoyens juifs dès 1832, huit ans plus tôt qu’en Grande-Bretagne. C’est au Québec que Louis-Hippolyte Lafontaine a réussi de haute lutte à lancer une première expérience de gouvernement responsable. C’est cette culture québécoise qui a inspiré à Sir Wilfrid Laurier sa vision mondialiste et inclusive pour le 20e siècle.

C’est ici que des leaders syndicaux québecois, appuyés par des syndicalistes d’origine italienne et juive, ont créé à travers les années 1930, 1940 et 1950 l’État qui peut se vanter d’avoir, avec l’Italie et Israël, le plus important pourcentage de travailleurs syndiqués de l’Occident. Le Québec est le creuset qui a formé des héros de la trempe de Jean Marchand et Pierre Elliot-Trudeau, ceux-là même qui ont renversé le pouvoir d’une droite revancharde et d’un clergé rétrograde. Le Québec a aussi donné naissance à la « révolution tranquille » de Jean Lesage qui a accordé à tous ses citoyens la pleine expression de leurs aspirations.

La recherche d’une société distincte aurait pu sombrer dans l’esprit de clocher, mais nos penseurs ont plutôt cherché à construire leur modèle dans ce que l’expérience humaine avait de mieux à offrir. À preuve, le document-phare de Marcel Chaput, Guide des Patriotes, qui utilise plusieurs institutions israéliennes pour refléter la réalité du Québec. Et même aujourd’hui, les modèles québécois et israélien d’intervention de l’État pour la justice sociale et pour une égalité dans la distribution des richesses sont parmi les plus inclusifs et compatissants au monde. Le Québec a aussi emprunté la voix de René Lévesque pour exprimer vigoureusement son identité dans le respect absolu des principes démocratiques et du pluralisme.

La liberté est fragile et elle requiert une constante vigilance. Une vigilance qui, dans un monde de communications et de destruction instantanées, doit nous inciter à serrer les rangs autour de ceux qui, dans le monde entier, repoussent le crépuscule de la terreur. Les nations libres sont des îlots épars dans une turbulente mer de tyrannie et le combat de l’une d’elles est le combat de toutes. Elle est un défi constant à notre force de caractère et au courage de nos convictions.

Le peuple d’Israël a acquis ces mêmes valeurs mais de façon beaucoup plus douloureuse. Son expérience peut servir de guide au peuple du Québec. Nous sommes tous deux minoritaires. Nous combattons tous deux pour la justice sociale. Nous avons tous deux souffert les humiliations du dénigrement et de la discorde. Nos deux peuples ne sont ni meilleurs, ni choisis, ni détenteurs privilégiés de la vérité. Nous sommes simplement moins nombreux, différents et tenaces. Nous ne réclamons qu’un droit inhérent à tout peuple libre, celui d’être nous-mêmes.

Nous ne pouvons toutefois prendre ce droit pour acquis. Nous ne pouvons présumer de la bienveillance des peuples qui nous entourent. La liberté est toujours une denrée rare et le monde doit constamment se mesurer à l’aune du précepte offert par Thomas Jefferson selon lequel « le succès d’une société juste se mesure par le respect et la retenue dont fait preuve la majorité face à ses minorités. »

Les Québécois ont toujours défendu ces valeurs. Au cours du siècle dernier, notre peuple a sacrifié à la défense de la liberté un plus grand nombre de ses fils et filles– toutes proportions gardées–que les États-Unis eux-mêmes. Même lorsque nous ne pouvions offrir plus que notre sang, notre sueur et nos larmes, nous avons toujours défendu les valeurs de la civilisation occidentale parce que nous voulions être des hommes et des femmes libres. Nous savions, en notre âme et conscience, que cet idéal méritait les plus grands sacrifices. Nous savions aussi que « … ça pourrait nous arriver… » et que la lutte pour la justice sociale ne s’arrête pas à nos frontières. Nous avons honoré et célébré tous ceux et celles qui ont lutté à nos côtés pour le maintien de nos valeurs démocratiques et de notre liberté. Nous avons protégé la flamme lorsque la grande noirceur de la terreur nous menaçait.

Aujourd’hui, un autre Mal a déferlé sur le monde. Le professeur Daniel Pipes le décrit ainsi : « … le militantisme islamique est le seul mouvement totalitaire de toute première importance… » Des extrémistes tentent de remplacer la liberté d’expression par l’intimidation et la coopération par la confrontation. Ils prônent la dénonciation au détriment de la délibération et la destruction plutôt que la discussion. C’est un virus que nous connaissions déjà mais qui, aujourd’hui, s’est répandu partout dans le monde. C’est une semence qui ne peut croître dans notre terroir culturel.

Le monde occidental est confronté depuis deux générations aux mythes imposés par le relativisme moral. Cette caricature d’égalitarisme a maintes fois été jugée trompeuse et ridicule. Elle a produit des intellectuels lâches, dénués de sens moral et de conscience, qui se vautrent dans un monde de débauche intellectuelle cautionnée par une structure qui ne demande de rendre aucun compte. Il est temps de sonner le réveil.

Quand des États démocratiques comme Israël sont attaqués et pénalisés par une objectivité factice fondée sur le concept du « deux poids, deux mesures », nous devons réaliser que ces attaques ne sont pas lancées pour redresser des torts mais pour détruire des réussites. Les attaques contre Israël ne sont pas uniquement motivées par le conflit avec les Palestiniens. Elles sont une agression plus vaste contre l’occident libéral, lancée par des Musulmans extrémistes qui s’appuient sur le relativisme moral de leurs amis universitaires, des médias et des régimes dictatoriaux qui asservissent les tribunes mondiales objectives telles que les Nations-Unies, et ne peuvent accepter la discussion libre ni se soumettre aux règles de délibération propres au monde libre.

Le XX℮ siècle nous a appris que l’absence de réaction et, pire encore, les tentatives d’apaisement face à la barbarie du terrorisme entraînent inévitablement un maelström meurtrier jusque-là inimaginable.a ouvert la voie à Auschwitz.

Les Québécois ont toujours considéré le courage comme la plus grande vertu et nous avons toujours condamné l’hypocrisie déguisée en civilité comme le dernier refuge des scélérats. La véritable nature de nos mœurs politiques et éthiques exige que nous nous rangions dans les rangs du petit nombre auquel le grand nombre vouera éventuellement sa reconnaissance. Notre tradition nous commande d’appuyer la seule démocratie qui soit dans cette partie du monde – depuis l’océan Indien jusqu’à l’Atlantique – qui ne connaît pas la liberté. Notre orgueil et notre détermination ne peuvent pas plus être compromis par les barils de pétrole qu’ils ne le furent par des montagnes de munitions. Nous devons comprendre qu’Israël est l’avant-poste de la grande famille des nations démocratiques occidentales au Moyen-Orient et que l’issue de sa lutte au terrorisme nous concerne tous.

If the Jewish people are the canary in the mineshaft of civilized history, Israel is the litmus test of the ability of western civilization to survive. It may very well be that as Israel goes so goes the west.

It is folly to think that if only we are accommodating today’s enemies of freedom will leave us alone. The evidence of that is long and bloody. London, Madrid, Beslan, Bali, the list goes on and on. To the Jihadists Israel is the “little satan” and America is the “big satan”, and all the other liberal pluralist western nations are vary sizes of “satans” in between.

Those who insist on denigrating the Israeli experience by comparing its policies to apartheid, and worse, commit monstrous blasphemies. And here is another lesson for us to learn about why Israel matters.

The distortions of history which have been visited upon Israel are now being visited on the west. Moral relativism and historical revisionism poison young minds. They destroy the moral compass of our civilization and make us fear to tell right from wrong. It is a sad and cowardly spectacle.

Israel's emergence is the greatest collective event in the post-war history of free peoples’ struggles against tyranny. The greatest pride and dignity in our policy in the world will be found in giving aid and sustenance to a sister democracy in the time of her greatest resurgence and greatest challenge.

Nous devons envoyer un message de vérité aux dictateurs et despotes qui nous menacent, leur faire savoir que nous serons toujours vigilants ; leur dire que nous nous opposerons avec véhémence et vouerons une haine acharnée à ce que Jean-Paul Sartre appelait « la doctrine du mépris »
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Re: Nouveau torchon anti-québécois: The Métropolitain

Messagede Delenda » Ven Mai 23, 2008 9:54 am

Nationalisme – Haine de la culture

Daniel Laprès

Je ne suis pas nationaliste, et je prends le droit de le dire. Le nationalisme, c’est surtout l’exigence imposée à l’individu de devenir en tout et pour tout le serviteur de la tribu — ce qui est essentiellement déprimant et asservissant. Aussi, rien n’abêtit autant que la vanité tribale. À preuve, la nullité de plus en plus généralisée de la culture québécoise « officielle »—par là je veux dire l’essentiel de ce qui monopolise l’espace public et médiatique ; il faut regarder ailleurs que là pour trouver l’intéressant, et ça ne manque pas, heureusement. Mais à peu près tout ce qui est promu à grands cris, ce sont des humoristes insignifiants qui sont tout sauf drôles, ou encore des odes au traditionalisme le plus réac, comme la toune très en vogue mais remplie d’invocations carrément arriérées, intitulée Dégénération, du groupe Mes Aïeux.

Sinon, on a droit à des séries télévisées du genre « Gloire à Saint René Lévesque »—pas juste une, mais deux séries lui ont déjà été dédiées depuis sa mort encore relativement récente ! Ou encore sur le démagogue Michel Chartrand, qui toute sa vie, squattant de l’extrême-droite à l’extrême-gauche, n’aura fait que gueuler sans jamais rien construire, et qui, de son vivant s’il-vous-plaît, s’est fait dédier une série télévisée. Je parie qu’on nous en fera bientôt subir une autre, cette fois sur Pierre Bourgault, cet autre fieffé démagogue — ultranationaliste bien sûr, cette « qualité » étant requise pour l’entrée au Panthéon de notre Grande Nation, mais dont l’œuvre principale n’aura surtout été qu’un monument sculpté à sa propre gloire. C’est que des icônes à vénérer, il en faut au pays du nationalisme obligatoire.

Côté cinéma, on nous aura notamment servi des remake de Séraphin et d’Aurore l’Enfant Martyre… Ne manque plus qu’un remake du film Le curé du village, un chef d’œuvre de niaiserie cléricale des années 1940, mais dont une nouvelle version, fortement pimentée de violence inquisitoriale, pourrait présenter Pierre Falardeau dans le rôle-titre, qui d’ailleurs conviendrait parfaitement à ce bouffon réac devant qui se pâment d’admiration nos bien-pensants nationalistes. Ou encore, on nous sert, comme cet hiver à Radio-Canada, une série sur les Lavigueur, une famille qui connut son heure de gloire durant les années 1980 pour avoir gagné la 6/49, et qui par la suite se transforma en clan d’épaves humaines. Quelle grandiose expression de notre culture appelée, paraît-il, à rayonner jusqu’aux confins de l’univers !

Une telle accumulation d’insignifiances et de nullités devrait nous faire réfléchir, il me semble, sur le fait que tout cela se passe alors que la double obsession identitaire et linguistique exerce ses ravages chez nous. Ça dure pour l’essentiel depuis 1895, alors qu’un fanatique ultra-catholique et réactionnaire comme ça se peut pas, Jules-Paul Tardivel, publiait Pour la Patrie, un roman minable mais dont l’influence fut marquante pour la suite des choses. C’est en effet Tardivel qui, dans ce roman, a le premier forgé l’idée d’indépendance du Québec tel qu’on la connaît aujourd’hui, afin de protéger le troupeau de brebis québécoises et catholiques contre le méchant loup anglo-saxon et protestant (et aussi juif, évidemment). La paranoïa s’est depuis installée peu à peu, jusqu’à régner sans partage aujourd’hui, grâce aux bien-pensants nationalistes qui continuent de l’attiser afin de nous garder dans leur enclos, histoire de mieux assurer leur emprise sur nous tous.

Le roman de Tardivel le montre bien : le culte de la nationalité, c’est un égoïsme forcené, créateur de mythes propres à domestiquer les esprits, illusionniste à outrance pour susciter la ferveur des membres de la tribu, et aussi fabricateur de ruses pour duper l’individu. C’est aussi la haine de la culture : quoiqu’en disent nos bien-pensants, le nationalisme ne peut pas supporter en pensée l’idée même de culture. Parce que la culture, c’est ce qui permet à chacun d’être soi-même, d’être au monde, d’être du monde. D’être vraiment libre. La culture, ça se conjugue avant tout au « Je », parce que la conscience individuelle est le refuge, précaire et fragile, de l’instinct de connaissance et de la liberté de penser, ces deux éternels ennemis de l’instinct tribal.

Trop souvent les individus, au lieu de vivre une existence autonome, préfèrent se gonfler d’orgueil en s’identifiant essentiellement à leur tribu. Là-dessus, le philosophe français Georges Palante (1862-1925) avait vu juste :

« Moins un individu a de valeurs propres, plus aisément il s’absorbe dans le groupe. Chez un tel individu, les goûts, les idées, les passions personnelles ne sont plus bientôt que l’émanation des goûts, des idées, des passions, des mots d’ordre régnant dans le groupe. L’individu se fait de prime abord illusion sur les bienfaits qu’il retire de son appartenance au groupe. Il lui semble que son vouloir-vivre personnel, que ses poussées vitales sont exaltées et intensifiées par le fait de fusionner avec l’égoïsme de groupe. Il ne s’aperçoit pas qu’en s’absorbant dans le vouloir-vivre collectif, il se nie en tant qu’individu même. »

Quand une société se trouve sous le joug d’une pensée unique comme le nationalisme l’est devenu chez nous, il ne faut pas s’étonner que la culture « officielle » se limite de plus en plus au divertissement le plus niais et à la flagornerie tribale la plus débilitante. Les idées et créations réellement libres, celles qui naissent d’individus réfractaires à toute forme d’embrigadement, elles sont de moins en moins tolérées. Ces réfractaires sont dénoncés comme des hérétiques et des blasphémateurs, et tous les moyens sont bons pour les faire taire.

Pendant qu’on a tellement besoin d’air chez nous, on se retrouve donc, encore une fois, pris avec l’obsession pour la langue, en se laissant accroire que l’identité est une affaire collective avant d’en être une d’individus. Aussi, peu de gens déplorent le fait que cette même langue serve si peu à faire vivre chez nous une vraie culture, celle qui peut stimuler l’expression de nos « Je ». On en serait pourtant bien capables, si on le voulait vraiment. En attendant, on continue d’étouffer.

Ils sont où nos hérétiques et nos blasphémateurs, ceux qui peuvent nous donner enfin un peu d’air frais ? Il y en a sûrement un en vous-mêmes. Ce serait bien moche que, dans la seule vie qu’il a à vivre, c'est-à-dire dans votre vie, il ne puisse faire autre chose que d’étouffer, jusqu’à ce que votre « Je » disparaisse en se dissolvant dans le « Nous ». Mais pour qu’il en soit autrement, ça dépend juste de vous...
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Re: Nouveau torchon anti-québécois: The Métropolitain

Messagede Delenda » Ven Mai 23, 2008 9:59 am

Parler mais ne rien dire

Esther Delisle

Parler

Lors de la course à la chefferie du Parti Québécois en 2005, pressée sur les ondes d'une station radiophonique de donner sa position sur l'échéance référendaire de son parti si elle était élue, Pauline Marois répondit en substance que ce qui importait était de prendre le temps de parler de la souveraineté aux Québécois, de la leur expliquer.

Pauline Marois réaffirme que les membres de son parti doivent convaincre leurs compatriotes, « sans tomber dans le piège d’échéancier ou d’obligation référendaire. » Et d'ajouter la nécessité de « travailler sur le projet de pays, l’expliquer, en discuter et écouter les gens sur la façon dont ils le voient. »

Entendant ces propos, ma réaction fût de penser : « Mais bien sûr qu’il faut en parler! Après tout, le Parti québécois n’a eu que 40 ans (de sa fondation officielle en 1968 jusqu'à 2007) pour faire comprendre son option à la population. Que peut-on expliquer dans un si court laps de temps!!!? Qu'est-ce que 40 ans pour se faire comprendre d’un électorat!!!? » On peut se demander sérieusement quel argument en faveur de la souveraineté n’a pas été martelé, répété et ressassé pendant presque quarante ans qui serait enfin compris des gens si seulement on le leur répétait ad nauseam.

L’élite nationaliste qui discourt à n’en plus finir sur la souveraineté –aux contours confortablement indéfinis—et le peuple qui énumère des préoccupations qui n’ont rien à voir avec celle-ci illustre parfaitement le phénomène que le politologue français Georges Lavau observait dès 1965 :

«(…) ce long soliloque de la « parole » québécoise qui s'enroule depuis un siècle sur elle-même comme un monologue intérieur de W. Faulkner, c'est le soliloque angoissé de qui ? Je ne parviens pas à m'ôter de l'esprit que c'est la paroles des « éduqués », des élèves de collèges, de gens qui vivent entre eux, ne voient qu'eux-mêmes et leurs anciens condisciples, leurs épouses et leurs maîtresses : une toute petite société d'interconnaissance (j'ai eu la même impression aussi forte à Rio, à Salvador et à Mexico). Dans mes séjours au Québec, j'ai volontairement beaucoup fréquenté les tavernes, les matchs de hockey, les pizzérias populaires et les night-clubs (!) et parlé à mes voisins et voisines : je n'y ai jamais trouvé la parole d'H. Aquin, de P. Vallières, de G. Miron, et même très peu celle de Félix Leclerc. »



Mais ne rien dire

En consultant le Petit Robert, on constate qu’il y a une différence subtile mais réelle entre les verbes parler et dire. Dans son sens premier parler se définit comme « articuler les sons d’une langue naturelle. » Dire se définit comme « émettre les sons, les éléments signifiants d’une langue. » Second sens: « S'exprimer en usant de ces sons » comme dans « Exprimer, communiquer (la pensée, les sentiments, les intentions. » Le verbe parler s'attarde aux sons émis; le verbe dire, lui, met davantage l'emphase sur le sens, la signification de ces sons.

Le mouvement souverainiste en général, et le Parti québécois en particulier, parle beaucoup, mais dit très peu. Ses ténors peuvent bien clamer sur tous les tons la nécessité de parler et de discuter du projet souverainiste, que se passe-t-il quand des personnalités connues disent leurs doutes et affirment devoir être convaincues à nouveau? Si une réelle discussion de fond menaçe de s’enclencher?



Michel Tremblay et Robert Lepage

Le 9 avril 2006. l'auteur et dramaturge Michel Tremblay dit ne plus adhérer au « beau rêve de la souveraineté » désormais enlisé dans les préoccupations économiques. En verve, il pourfend « la maudite économie » qui fait perdre son âme à la société québécoise et se lamente de sa ressemblance à Toronto qui vient de découvrir « l’argent, l’argent à tout prix. »

On entend dans cette déclaration l’écho à peine assourdi des ultramontains et autres ecclésiastiques qui rebattaient les oreilles de leurs ouailles sur la mission civilisatrice des Canadiens-français dans une Amérique du Nord protestante et cupide, obnubilée par l'argent et le profit. Le peuple, pendant ce temps, quittait la province de Québec par milliers pour améliorer leur sort en Nouvelle-Angleterre et dans l'ouest canadien. On remarquera aussi que ce dégoût du vil métal vient d’autant plus facilement à Michel Tremblay qu’il est indépendant de fortune et possède une résidence à Key West. En voilà au moins un que «la maudite économie» n’a pas trop malmené. Enfin, quand il déclare en fin d’entrevue que le Québec est un des premiers endroits au monde à «s’être débarrassé de la domination de l’Église catholique sans révolution et sans guerre», il ne se rend pas compte que lui-même et l’intelligentsia qui s’est hissé au pouvoir dans les années soixante ont brillamment repris le flambeau d’un establishment ecclésiastique en déroute.

Le 10 avril 2006, un autre dramaturge de réputation internationale, Robert Lepage, dit qu’à l’instar de plusieurs artistes, il a besoin de se faire « reconvaincre » de la pertinence du projet souverainiste.

Les réactions à la déclaration ne se font pas attendre. Claude Jasmin attribue au carriérisme le silence antérieur de Michel Tremblay sur la question constitutionnelle. Victor Lévy-Beaulieu accuse les deux hommes de trahison et de sénilité précoce. Il réserve l'expression « trou de cul » est à celui qu'il connaît depuis 40 ans, Michel Tremblay. La palme de l’indignation revient à l’ancien premier ministre, Bernard Landry, qui déclare sur les ondes de Radio-Canada qu’il n’ira plus voir les pièces de l’homme de théâtre.

Ces grossièretés et l’arrogance de Landry suffisent pourtant à faire baisser pavillon à Tremblay. Il croit toujours en la souveraineté, qu’on ne s'y trompe pas, c'est juste qu’elle n’adviendra pas si on persiste à en faire une question d’économie.

Quelques jours plus tard, Bernard Landry nie avoir jamais menacé de ne plus assister aux pièces de Tremblay tout en répétant le même propos. «Je souhaitais tout simplement que Michel Tremblay s'explique avant que je n'assiste à une prochaine représentation. Il l’a fait quelques jours plus tard (…) et a dit dans sa mise au point qu’il est toujours souverainiste.» Fort bien : il est toujours souverainiste, Bernard Landry daignera donc assister aux futures représentations de ses œuvres. Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, renchérit : ce qui importe c’est que Michel Tremblay « n'ait pas dit qu’il n’était plus souverainiste. »

Plusieurs mois plus tard, à l’approche des élections provinciales, dans une lettre qu’il adresse publiquement à André Boisclair, le leader du parti québécois, Robert Lepage réitère son intérêt pour « la cause et la pertinence de la souveraineté du Québec. Je crois fermement (…) que le Québec se doit d’être indépendant, unique et novateur. »

Cet incident révèle que la mesquinerie d’un petit milieu et les débordements d’un dictateur d’opérette—à la retraite en plus—et n’ont d’égal que la pusillanimité, voire la lâcheté des dissidents potentiels. Âgé, malade et riche, Michel Tremblay se rétracte comme si sa carrière dépendait de l'appui des premiers. Robert Lepage, un an après sa timide sortie qui était rapidement retombée dans l’oubli, sent l’obligation d’une profession de foi souverainiste. Les apostats d’un jour sont rentrés au bercail sans demander leur reste.

Relégué au rang de tiers parti, avec Pauline Marois à sa tête, le Parti québécois soliloquera de plus belle, dévidera avec la même énergie une vulgate nationaliste usée à la trame, tandis que l’électorat francophone continuera à appuyer l’Action démocratique du Québec.
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Re: Nouveau torchon anti-québécois: The Métropolitain

Messagede Delenda » Mar Juin 03, 2008 8:53 am

What we’re for
Beryl Wajsman

The Bouchard-Taylor Commission’s recommendations stated many things very well. They echoed much that was obvious and most of the conclusions exhibited a great deal of common sense. But even coming in some twenty per cent below budget, a commendable achievement for a government mandate, common sense was the least we should have expected.

What was sadly missing was what might have been—a clear statement of what we are for as a society. For amidst all the polite suggestions and painstaking political correctness, we are left with the gnawing impression that once again we define ourselves by what we are against rather than what we are about.

The commissioners were right when they said that “self-doubt and a fear of the other” have been great hindrances to, in the commissioners’ words, French-Canadians. But it goes further than that. We have written in these pages that Montrealers, of all linguistic origins, have been imprisoned by Quebec’s “self-doubt fuelled by a jealousy of others self-belief”. And that self-doubt has been a virus spread by a political class that has profited from the politics of division and discord. This Commission had a tailor-made opportunity to say that. To put the onus not at the feet of the majority of Quebecers who happen to be Francophone, but at the feet of the political and intellectual classes who have imprisoned francophones, anglophones and allophones alike within the doctrines of contempt.

But what is wrong you might ask with recommending that the majority be more understanding of minorities? It is inherent in the contradictions of the Commission’s conclusions itself. At the same time that they properly stated that the crisis in the reasonable accommodation debate was a crisis only of perception, they still insisted that the “other” was misunderstood. At the same time that the conclusions underlined the necessity of protecting the gains of the Quiet Revolution, they did not clearly and candidly state what those were—and who we therefore are—and instead retreated to the security of sociological relativism by suggesting new bureaucracies to deal with minority complaints.

The Commission compromised its call for official secularism by reassuring Quebecers that distinct Catholic traditions will be preserved. It rightly called multiculturalism “unhelpful”— something that even Prime Minister Trudeau acknowledged in his later years—and then recommended replacing it with the new notion of “interculturalism”. It mentions the goodwill of citizens often, yet falls back on nanny-statism by endorsing big government policies to “bring peace among cultural communities”. It pays lip service to the importance of freedom of expression, then suggests eliminating possibly offensive terms such as “visible minority” and even “reasonable accommodation” from our lexicon.

Where should the commission have directed us? The past may well be prologue. In this issue we commemorate forty years since the assassination of Sen. Robert F. Kennedy. In this current debate words of another assassinated leader come down to us through the mists of time. That leader was a Canadian. He was the only politician to be assassinated in our history. His name was Thomas D’Arcy McGee. In 1865 he spoke these immortal words in Quebec City. “There is room in this Northern Dominion—under one flag and one set of laws—for one great people. There is no possibility for that greatness—under that same flag and those same laws—if we succumb to a hundred squabbling particularities.” If we go down the wrong road now, the post Bouchard-Taylor era may well be characterized as a surrender to those squabbling particularities. Indeed it may already have begun.

For the problems rest not just with new citizens who hold greater fidelity to the traditions and laws of their home countries and cultures, but also with Quebecers loyal to false notions of their own past. That is why Premier Charest’s inelegant haste in moving a National Assembly resolution to keep the crucifix in place played so well. His defense that this represented a remembrance of Quebec history was a defense of the wrong cross. The cross on Mount Royal indeed recalls the historical events surrounding Cartier and later de Maisonneuve. The one in the National Assembly was of more recent vintage bearing witness to an odious deal between Premier Maurice Duplessis and the Church in 1936 that solidified that inglorious period of our history known as la Grande noirceur. And in this failing of our political leaders to speak truth about our past lies the root of our greatest challenges today.

The reality of today’s Quebec is that our great schism is not between francophones and anglophones. Not between “old stock” Quebecers and new arrivals. The great schism—the real two solitudes—is between those Quebecers who realize they are the heirs of arguably the most progressive political tradition in North America, and those others who see themselves as defenders of, and apologists for, la Grande noirceur. For the rich patrimony that truly defines who we are as a people is there to be mined in the rich truth of our history, and it is in that truth that we can find the courage to overcome the politics of the big lie that for too long has driven so much of Quebec’s self-doubt. If only Bouchard-Taylor had looked to that and told all Quebecers, new and old; of whatever color or creed; of whatever faith, that here is what we are for, here is our common humanity and with this there can be no compromise.

We are for the legacy of Papineau, who ensured emancipation for all minorities twenty years ahead of Great Britain. We are for the vision of Lafontaine who with Robert Baldwin instituted the first government responsible to the people in the entire British Empire. We are for the courage of Laurier who boldly stood for a public culture free of any privilege or preference to any faith and declared that “It has been the pride of my political life to have been excommunicated by Roman priests and condemned by Protestant parsons.” We are for the resolve of Lesage to open Quebec, and Quebecers, to the modern world, moving forward with the sure knowledge that we can compete effectively on the international stage shedding retrograde and revanchiste prejudices. And for are for the determination of Trudeau to insure the sovereignty of individual conscience and consequence over any demand of state or collectivity.

This is what Quebecers are for. This is the message that Bouchard-Taylor should have sent. A message that the “crisis” over accommodation is not only one of perception, but that the very idea of accommodating these universal principles of liberal pluralism to any other standard is not up for negotiation. That we as a people will not succumb. That we will strive for greatness.
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Re: Nouveau torchon anti-québécois: The Métropolitain

Messagede Polémix » Mar Juin 03, 2008 1:56 pm

It may be that I am missing some piece of vocabulary but I am not sure what that is suppose to mean :

The great schism—the real two solitudes—is between those Quebecers who realize they are the heirs of arguably the most progressive political tradition in North America, and those others who see themselves as defenders of, and apologists for, la Grande noirceur.

Does he talk about monarchy and imperialism ?
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