La tournée des Mousquetaires
(Du 30 janvier au 7 avril 2004)
Alexandre Bourdeau
Stéphan Tremblay
Jonathan Valois
Juin 2004
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Introduction - La tournée des Mousquetaires
La tournée des trois Mousquetaires fut une expérience importante pour les députés participants,pour notre parti politique, pour nos idées et aussi pour notre option de souveraineté. Aller à larencontre de milliers de jeunes de tous les coins du Québec, de toutes les conditions sociales etde tous les milieux économiques ne peut constituer une expérience nulle. Encore faut-il savoirécouter, comprendre et réfléchir sur les propos, les idées et même les préjugés qu’une générationa à transmettre. En allant voir les jeunes Québécoises et Québécois pour les entendre, nousfaisions nous-mêmes face à nos propres discours, idées et préjugés.En effet, la jeunesse, si on s’attarde à l’écouter, possède le germe de notre victoire collectivecomme nation francophone d’Amérique. Ce que nous avons entendu bouscule, choque etassomme. Nous pouvons prendre cette tournée et conclure qu’une éducation politique ethistorique est déficiente chez cette jeunesse, ou, nous pouvons réfléchir et tenter de saisir etcomprendre l’essentiel de cette vérité crue et non polie. Les préjugés et les idées préconçus nesont-ils pas le reflet d’une réalité telle que vécue et véhiculée par certains. En d’autres mots;comment un cliché devient-il un cliché? Nous, les politiciennes et les politiciens, n’alimentons-nous pas nous-mêmes la caricature de notre profession? Une chose est certaine, cette caricatureest perçue comme une réalité chez une jeunesse née après l’invention du premier Macintosh(1984).La tournéeOfficiellement, la tournée a commencé le 30 janvier 2004 à Rivière-du-Loup pour se terminer le7 avril 2004 à Jonquière. Officieusement, l’un ou l’autre de notre trio dynamique a eu la chancede parcourir le Québec avant le 30 janvier et après le 7 avril. Ces rencontres individuelles de l’unou l’autre des Mousquetaires influencent certainement notre réflexion, mais ne peuvent êtreconsidérées dans ce que nous appelons la « tournée » puisque ce n’est pas à ce titre que nousétions invités ou interpellés.Ce sont tout de même près de 25 villes du Québec et presque toutes les régions du Québec quifurent visitées dans le cadre de notre tournée.Toujours en automobile, toujours avec nos pneus d’hiver, toujours en se divisant autant lesfactures d’essence que de chambres d’hôtel. À trois dans une Jetta, à trois dans une chambred’hôtel, à trois sur les scènes et dans les réunions, notre tournée fut une expérience humaine plusque passionnante.Bien que ce ne soit pas pertinent pour notre rapport, il est toujours intéressant de savoir quel’asthme d’Alexandre le fait tousser comme un vieux fumeur de 70 ans, que les jelly bean,toujours disponibles dans l’auto de Jonathan, sont très bonnes et qu’il n’existe aucune place auQuébec où Stéphan ne se fait pas parler de sa chaise. De plus, 2 mois et plus de 50 réunions plusloin, nous connaissons par cœur le discours « Prends ta place » d’Alexandre, le discours « Magénération » de Jonathan et le discours « Piloter son avion » de Stéphan. Nous pourrions mêmedire qu’à la fin de notre tournée, notre discours commun ressemblait certainement à quelquechose comme « Ma génération doit prendre sa place et piloter elle-même son avion ».
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Les sujets
Dans le cadre de la Saison des idées, nous soumettions trois grands thèmes aux jeunes que nousavions la chance de rencontrer. Plutôt que le thème « parti », nous discutions avec les jeunesd’implication politique et sociale ainsi que des raisons de leur implication ou non-implicationdans un parti politique ou au sein d’une mouvance sociale revendicatrice d’un changementparticulier (environnement, mondialisation, OGM, culture…). Aussi, plutôt que de prendre lesjeunes de front avec le chantier « programme », nous échangions avec ceux-ci sur les enjeux etdossiers de l’heure dans un Québec moderne des années 2000. Finalement, pour ce qui est duchantier « pays », il est clair que nous avions des échanges importants sur notre option, lasouveraineté. Sa mise à jour, sa pertinence, sa faisabilité et son encrage constituaient autant defaçons de débattre de cette solution que nous proposons aux Québécoises et aux Québécois.Un autre sujet s’imposait cependant de lui-même; les politiciennes et les politiciens et lapolitique en général. L’éthique, les scandales, les malversations, les conflits d’intérêts, le pouvoirréel et l’illusion du pouvoir, le jeu avec les médias et la joute parlementaire sont autant de sujetsque les jeunes imposaient d’eux-mêmes et qui n’étaient pas à notre agenda préliminaire.Les clientèlesNos rencontres avec les jeunes peuvent se subdiviser en quatre grands groupes. D’abord, il yavait les représentants socio-économiques. Les rencontres se déroulaient habituellement lematin avec plusieurs permanents de différents groupes communautaires de la région visitée. Desorganismes familles ou jeunesses pour la plupart, mais très peu de jeunes en âge à ces réunions.Il y avait les rencontres « volontaires ». Il s’agit, ici, d’une rencontre annoncée à l’avance, oùles personnes s’y déplacent volontairement. Une rencontre du midi avec des étudiants, unerencontre en soirée, un 5 à 7 ou un souper du soir avec des citoyens du coin de pays visité étantautant de moyens d’organiser ce type de discussion et d’échange.Il y avait aussi les rencontres « obligatoires ». Des étudiants ou des participants à des mesuresd’employabilité dans un CJE (Carrefour Jeunesse emploi) étaient mobilisés sans leurconsentement à venir discuter avec trois députés de passage dans leur institution. Nous pouvonsaussi inclure une méthode encore plus drastique utilisée relativement souvent. Il s’agit de prendrela parole dans une cafétéria en pleine heure de dîner des jeunes d’une école ou d’un cégep. Il n’ya rien de volontaire pour un jeune d’être à cette place en ce moment.Finalement, le dernier sous-groupe est celui des militants du Parti Québécois. Réunion de typevolontaire mais différente des autres puisque tous les membres étaient invités, mais aussi puisquenos bons vieux sujets préférés comme la langue et l’indépendance étaient discutés.
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Les représentants socio-économiques L’implication politique
Très politisés, les représentants socio-économiques qui travaillent auprès des jeunes sont trèscritiques par rapport aux politiciennes et politiciens et aux gouvernements. Sans cesse en quêtede subventions, ces personnes semblent désabusées de la politique en général. « À quoi sert decroire en un politicien plutôt qu’un autre? » serait certainement l’affirmation la plus révélatrice etsignificative de ces personnes. L’implication sociale est importante mais l’implication politiquesemble être simplement une joute de pouvoir stérile.Plus cyniques en regard des partis politiques, ces personnes alimentent un misérabilismeomniprésent. La déprime sur leur avenir, sur leur mission, leur financement éclabousse aussi uneréflexion sur leur ville, leur région et leur société. À force de travailler avec une clientèle endifficulté, les gens finissent par entretenir une vision pessimiste de l’avenir.Pour ce qui est de la jeunesse, rien ne va plus. Les cas semblent de plus en plus lourds, la misèrede plus en plus répandue. Souvent nous entendions des répliques comme « Nous sommes en trainde sacrifier une génération », « Comment cette jeunesse pourra-t-elle diriger un jour leQuébec? »La solution semble relever essentiellement du financement de ce type de ressource. D’ailleurs, àla question « Avez-vous quelque chose à vous reprocher? », la réponse est « Oui, nous sommessous-financés ».Les sujets de l’heureLa pauvreté et ses implications comme la drogue, la prostitution, la délinquance, les grossessesprécoces, le décrochage scolaire, le taxage… Des anecdotes, des cas types, du concret et de laréalité en format concentré. Très peu de grands enjeux philosophiques et d’idéologie. Ce sont desgens pragmatiques qui sont de plus en plus des gestionnaires de pauvreté visiblement sous-payés.Nous sommes loin des débats entre le PCO et le PCCM-L qui ont déjà prévalu dans les groupescommunautaires.L’option de souverainetéL’idée de souveraineté est aujourd’hui incluse dans la longue liste des éléments desquels cesgens sont sceptiques. Rattachée à la survie de la langue et du peuple québécois, on voit mal enquoi la souveraineté peut être une réponse aux problèmes sociaux qui se vivent au jour le jour.Les politiciennes et les politiciensCes derniers n’ont pas la cote. La misère, la pauvreté et les autres enjeux ne savent pas se réglerpar les politiciennes et les politiciens, comment ceux-ci, qui ne peuvent pas régler la pauvreté dupeuple, sauraient régler à eux seuls la souveraineté? Les enjeux sociaux se règlent par la sociétéau complet.
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Les groupes volontaires L’implication politique
L’implication sociale et politique de ces jeunes est certaine. L’intérêt pour la chose politique, lesenjeux politiques et les défis sociaux constituent une base solide pour leur implication. Bien queles sujets, les intérêts et les débats soient similaires à ceux du Parti Québécois, le militantisme ausein de notre parti n’est pas la suite logique. En effet, il y a quelque chose qui repousse les jeunesà adhérer et à participer au sein des instances des grands partis et des grandes structures.La rigidité des structures, l’impersonnalité de l’implication, la standardisation des modes demilitantisme et l’impression que les idées des jeunes ne sont pas prises en compte forment enpartie le bouquet des raisons qui brisent la suite logique de l’intérêt des enjeux et la militance ausein du parti qui partage les mêmes idées.Les sujets de l’heureEncore une fois, la mondialisation, l’environnement, le développement durable, l’éducation et ladémographie étaient les sujets les plus discutés. C’est de culture et de progrès social que lesjeunes nous parlaient en discutant de mondialisation. Si les échanges culturels internationaux etl’entraide mondiale sont vus comme de bonnes choses, la mondialisation renferme aussi desaspects plus problématiques. Pour ces jeunes, la standardisation des cultures et l’américanisationenvoient une pression sur la culture québécoise. De plus, la loi du marché s’imposant de plus enplus aux sociétés remet ainsi en cause plusieurs de nos choix et programmes sociaux.L’environnement et la démographie sont abordés sous le même angle : « Quel avenir pour lesgénérations futures? » En effet, l’environnement est abordé comme une responsabilitéappartenant à une collectivité présente en regard aux collectivités suivantes. Le vieillissement dela population et l’avenir de nos services sociaux préoccupent les jeunes pour les mêmes raisons.Pour ce qui est de l’éducation, une préoccupation individualisante était à la base de leurréflexion. En effet, le coût, la qualité des cours, l’offre de cours et l’accessibilité étaientdavantage discutés que de l’éducation comme priorité collective, lutte à l’exclusion et moyenefficace d’en arriver à une citoyenneté responsable.L’option de souverainetéTrès pragmatiques, ces jeunes voulaient savoir ce qu’il en retourne de voter OUI. Le budget del’an un était souvent évoqué par ces derniers. Les salles presque uniquement composées desouverainistes, ces derniers étaient plus à la recherche d’argumentaire que d’assurance. Laquestion n’était pas de savoir si le Québec était capable mais bien de savoir si cela était pertinent.En ce sens, le budget de l’an un, en plus de démontrer la santé financière du Québec souverain,répond aussi aux nombreuses questions sur les possibilités de résoudre des problèmes encoretrop nombreux et trop présents. Pour ce qui est des raisons culturelles et linguistiques de faire la
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souveraineté, il est clair qu’elles sont présentes mais la souveraineté doit être aussi une réponsepragmatique.Les politiciensC’est pour aller voir des politiciens que ces jeunes se sont déplacés. Le regard est donc positif,bien que l’on nous ait parlé d’éthique.Les groupes involontairesAvant de commencer, nous devons faire une différence entre les élèves des écoles secondaires etdes cégeps et ceux des secteurs professionnels et des mesures d’employabilité des CJE. Les unss’outillent pour des études supérieures tandis que les autres s’outillent pour l’école de la vie. Ceciconstitue deux réalités suffisamment larges pour les traiter distinctement.L’implication politiqueLes jeunes des écoles secondaires ou des cégeps à qui on imposait trois députés s’impliquentdans leur société et sont dans une large partie, politisés. Cependant, l’implication sociale de cesjeunes ne se limite pas aux partis politiques et aux mouvements sociaux comme les associationsétudiantes et les syndicats. Ces jeunes s’impliquent dans leurs écoles pour leur album ou bal definissants, et autre. Ils s’impliquent aussi à l’extérieur de l’école dans les organisations scouts,sportives ou de loisirs.Pour ce qui est de l’implication politique comme telle, du droit de vote et de l’exercice du droitde vote, la réponse d’une jeune fille résume assez bien la réflexion des jeunes visités dans lecadre de notre tournée; « Dites-moi ce que vous pouvez réellement changer dans les dossierscomme l’environnement et la mondialisation et je me déplacerai pour voter ou pour m’impliquerpolitiquement. »Pour les jeunes des écoles professionnelles et les participants aux programmes d’employabilité,l’implication envers le groupe passe après une prise en charge de leur propre personne. Cesjeunes s’occuperont des autres lorsqu’ils auront fini de passer toutes leurs minutes à se sortir dela situation dans laquelle ils sont. Ceci constitue certainement une vision individualiste mais ellen’est pas égoïste pour autant.Les sujets de l’heureLes élèves des écoles secondaires et des collèges possèdent des réflexions sur les défis commel’environnement et la mondialisation. L’éducation et la démographie étaient abordées quelquesfois aussi. On se préoccupe aussi beaucoup d’éthique en politique. Il faut dire que le scandale descommandites était le dossier de l’heure pendant la tournée.Dans les écoles professionnelles et chez les jeunes des divers programmes comme Solidaritéjeunesse, les jeunes ont discuté avec nous de logement social, de travail, de chômage et de
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politique familiale. En somme, la vie et tout ce qui vient avec constituait la base de nosdiscussions avec ces jeunes.L’option de souverainetéIl est à noter que la consigne lors des rencontres organisées par les écoles, les centres deformation professionnelle et les cégeps étaient souvent de ne pas parler de souveraineté. Nouspouvions parler de mariage gai, de torture et de guerre, d’avortement et de peine de mort maisjamais de souveraineté. Un sujet tabou, un sujet partisan. Nous avons tout de même, une fois surscène, abordé la souveraineté dans toutes nos rencontres.Majoritairement souverainistes, les jeunes des écoles secondaires et des collèges dissocient, parcontre, l’idée de souveraineté à l’idée de projet de société. Devenir un acteur international etexister comme peuple semblaient beaucoup alimenter l’adhésion de ces jeunes à l’option desouveraineté.Pour ce qui est des jeunes en formation professionnelle, la souveraineté n’est pas une réponseconcrète aux problèmes sociaux vécus aujourd’hui. On considère ainsi les débats sur l’avenir duQuébec comme bien accessoire et trivial par rapport aux enjeux sociaux. Il n’était pas rared’entendre parler du « projet du Parti Québécois ». La souveraineté est perçue comme l’œuvre duParti Québécois par plusieurs jeunes. D’ailleurs, certains d’entre eux nous demandaient deréellement faire du Québec une province comme les autres après un NON lors du prochainréférendum. « Si on vote OUI, on devient un pays. Mais si on vote NON, vous engagez-vous àdémanteler l’état québécois? »Les politiciennes et les politiciensL’éthique chez les politiciennes et les politiciens constituait un dossier largement discuté. Lecynisme à l’endroit de ceux et celles à qui on demande un comportement exemplaire est bienréel. Peut-être que l’imposition de trois députés donne une opportunité à ces jeunes de nous direce qu’ils pensent vraiment de notre métier. Des propos durs qui sont impossibles à entendre lorsde nos rencontres volontaires. Des propos qui proviennent cependant d’un réel sentiment etd’une réelle vision de la politique.Les militants du Parti QuébécoisL’implication politiqueIl va sans dire que l’implication politique de ces personnes est réelle, partisane etinconditionnelle. Il faut cependant admettre que nos réunions militantes lors de cette tournéevisaient un public jeune, mais que dans les faits, les jeunes n’étaient pas majoritaires dans laplupart de celles-ci. On pouvait même compter sur nos doigts le nombre de jeunes présents à nossoirées militantes.Le comité national des jeunes, des postes réservés aux jeunes sur les exécutifs de circonscription,de région et même à l’exécutif national sont des éléments mis en place pour démontrer
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l’ouverture du Parti Québécois à cette catégorie sociale importante. Les réunions militantes ayantlieu le soir, peut-être le moment était-il mal choisi pour rencontrer les jeunes militantes etmilitants?Pour le reste, les personnes présentes nous ont parlé du parti, de sa structure et de ces comitésavec beaucoup de lucidité et de connaissance. On connaît nos structures au Parti Québécois. Peude remise en question fondamentale sur le mode d’organisation, sur la dynamique des comités,sur la rigidité de nos structures. On préfère croire que la jeunesse est tournée sur elle-mêmeplutôt que de considérer que les problèmes existent peut-être dans nos structures et dans notreparti.Les sujets de l’heureLe développement durable, la mondialisation, l’environnement et l’éducation ne sont pas dessujets très populaires lors de ces rencontres. On préfère parler de la langue, de la souveraineté etd’histoire du Québec et de nous-mêmes, le PQ. Tous les enjeux sociaux aboutissent avec lasouveraineté comme solution et tous les problèmes actuels sont redevables au système fédéralactuel. Il faut aussi noter qu’une bonne partie des réflexions sur les enjeux commençait par« Dans notre temps… »Les deux sujets par excellence furent sans aucun doute l’élection référendaire et les médias.L’élection référendaire, non pas pour la rejeter du revers de la main, mais bien pour en faire unlong plaidoyer. Option plus que populaire, cette dernière semble avoir, suite à nos rencontres,plus de supporteurs que nous pouvons l’imaginer. Traiter cette question comme si elle n’était quel’expression d’un petit groupe marginal serait une mauvaise interprétation de la réalité. Pour cequi est des médias, ils sont la cause de notre défaite référendaire et électorale. Les médias sontvus comme un adversaire pire que les libéraux eux-mêmes. Contrôlés par des fédéralistes, lesmédias militent jour après jour contre notre option de souveraineté. Le film « À hauteurd’homme » n’a fait que confirmer cette prétention.L’option de souverainetéSeul et unique réel point de rattachement des militantes et des militants péquistes, la souverainetédemeure un rêve qui dure depuis déjà trop longtemps. Pour ce qui est des jeunes du PartiQuébécois présents à nos rencontres, ces derniers considèrent aussi la souveraineté commel’aboutissement historique d’un peuple se redonnant à lui-même sa liberté. Rarement lasouveraineté est énoncée comme la première pierre de la construction d’un intervenantinternational moderne. Certains énoncent ouvertement et avec beaucoup d’appuis que laréalisation de la souveraineté entraînerait la disparition du Parti Québécois. La souveraineté n’estdonc pas une solution, elle n’est pas non plus un moyen, elle est résolument un objectif et une finpour les militantes et les militants.Les politiciennes et les politiciensJamais suffisamment souverainistes ou progressistes, les député(e)s du Parti Québécois sont vuscomme des carriéristes par quelques-uns. On questionne ouvertement le fait qu’il n’y ait pas eu
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10de stratégie politique pour la souveraineté après le référendum de 1995. D’ailleurs, le nom de Lucien Bouchard constitue presque un tabou dans les assemblées militantes. Autrement, on fonde beaucoup d’espoir en la classe politique. Voyant les député(e)s comme de véritablesmoteurs d’une mobilisation pour la souveraineté, on demeure exigeant à leur égard. Dans cesréunions, on fait très bien la distinction entre la corruption des rouges et l’honnêteté des bleus.Certains vont même jusqu’à suggérer que l’on utilise les mêmes méthodes politiques.Les constatsLes jeunes et l’implication politiqueParce qu’ils ne s’impliquent pas comme leurs parents, est-ce dire que les jeunes ne s’impliquentpas? Ou pas correctement? Aussi, la connaissance de l’histoire du Québec au début de la colonieet lors de la Révolution tranquille lorsque nous avons entre 15 et 25 ans est-elle plus noble quede connaître son directeur d’école, son responsable de troupe scout ou son entraîneur de hockey?Que voulons-nous pour nos jeunes? Qu’ils sachent par cœur les exploits des générationsprécédentes ou qu’ils réalisent à leur tour leurs propres exploits. Les jeunes que nous avonsvisités sont politisés et au fait de ce qui se passe dans leur vie, dans leurs écoles, leur milieu, leurcommunauté. Est-ce moins pertinent que de saisir les grands enjeux sociaux et constitutionnels?Les jeunes s’impliqueront là où ils sentent qu’ils sont individuellement responsables dumouvement, du groupe. Plutôt que de penser des places dans une structure, n’est-il pas temps quenous pensions des mécanismes suscitant réellement l’initiative individuelle des jeunes? L’heuren’est plus de penser par structure ou par chantier, mais bien par projet et par initiative. Donc,plutôt que de créer un comité pour ceci ou pour cela, on s’assurera de trouver un mécanisme quisollicitera, encouragera et financera l’initiative de tous et chacun pour la souveraineté. Non pasune implication interne où le but est de franchir les échelons du local au régional, jusqu’aunational, mais bel et bien une implication externe où les actions des militantes et des militants seretourneront vers les citoyennes et les citoyens du Québec dans le but de les sensibiliser, lesinformer, les mobiliser, les convaincre…De plus, l’incapacité des politiciennes et politiciens provinciaux d’agir sur la scène mondialen’aide pas à susciter un engouement électoral pour une génération qui a le monde comme sallede spectacle. De plus, les Québécoises et les Québécois se tournent presque uniquement versl’Assemblée nationale pour régler l’ensemble des problèmes sociaux du Québec. Avec seulementdes ressources et des pouvoirs provinciaux, il est clair que les attentes sont plus grandes que lescapacités de résultats. Cette incapacité entraîne une désaffection réelle de l’intérêt envers lapolitique. De deux choses l’une; ou bien nous nous donnons une capacité d’agir sur l’ensembledes problèmes ou bien nous tentons de baisser les attentes des citoyennes et des citoyens duQuébec. L’option du Parti Québécois ou l’option du Parti libéral du Québec.Les idées d’une générationEst-ce que la mondialisation et le développement durable sont des enjeux moins importants quela santé et les baisses d’impôt? Pourquoi alors les politiciennes et les politiciens font peu de casdes deux premiers enjeux et passent des campagnes électorales complètes sur les deux autres?
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Une des raisons du manque d’intérêt des jeunes est certainement le manque d’intérêt des politiciennes et des politiciens quant aux enjeux qui touchent les jeunes.Le progrès social est de moins en moins la lutte syndicale pour les plus jeunes. La réalité destravailleuses et des travailleurs au salaire minimum, les difficultés des travailleuses et destravailleurs autonomes et aussi l’exploitation des gens des autres pays au nom de notre qualité devie se trouvent à la base de la construction de ce nouveau discours progressiste. Ledéveloppement durable est une vision intégrée du respect de l’environnement, des ressourcesnaturelles, des humains et des sociétés. Être progressiste en 2004, c’est tout cela.La culture est de moins en moins la lutte pour le fait français au Québec pour les jeunes. Lamondialisation, l’américanisation et la standardisation de nos modes de vie inquiètent cette jeunegénération. La diversité culturelle est une vision qui n’oppose pas les anglophones auxfrancophones, elle ne fait que reconnaître le droit des deux cultures de se développer et de sedonner des outils collectifs pour son développement, son épanouissement et son rayonnement.Penser la culture en 2004, c’est tout cela.Nous avons donc devant nous une génération qui, à sa façon, reprend les enjeux du PartiQuébécois, les modèle et nous les propose. Nous avons devant nous des jeunes qui sontprogressistes et qui possèdent un souci pour la langue et la culture québécoise. Cependant, plutôtque de parler de sociale démocratie et de loi 101, cette génération nous parle de développementdurable et de diversité culturelle. Le Parti Québécois gagnerait à faire évoluer son discours en cesens.Souveraineté d’hier, d’aujourd’hui et de demainLes jeunes sont souverainistes. Certains se questionnent cependant sur l’opportunité de l’optionaujourd’hui, en 2004. Ce ne sont pas des discours ayant pour titre « On est capables » quiinfluenceront cette génération consciente de ses moyens et de ses capacités. Le Québec de cesjeunes n’est pas le Québec de la soumission ni même celui du rattrapage. Le Québecd’aujourd’hui en est un de réussites, d’exploits et d’ambitions.Ainsi, rappeler à cette génération que les mots comme « petit peuple », « nègres blancsd’Amérique » et « porteurs d’eau » étaient jadis utilisés pour nous décrire relève des livresd’histoire et du passé. Le présent est tout autre pour ces jeunes. Appuyer l’option de souverainetésur le ressentiment ne pourrait faire un long bout de chemin. Aussi, la souveraineté ne doit pasêtre considérée comme une réplique aux événements malheureux du passé du Québec.Si l’option de souveraineté a réellement pris son envol au cours des années 70, elle ne peutaujourd’hui s’y limiter. Si la souveraineté ne constitue aujourd’hui qu’une solution pour réglerune fois pour toutes le dossier de la langue et pour se donner un projet de société où lestravailleuses et les travailleurs seront mieux protégés, elle demeure incomplète. Pire, elle estdépassée, désuète et vétuste. Quels sont les enjeux actuels auxquels la souveraineté peut être unesolution? Quels sont les défis futurs auxquels la souveraineté pourrait bien nous positionner? Lesjeunes nous parlent de développement durable et de diversité culturelle. Comment alors articulerla souveraineté pour répondre à ces questions?
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Si ce travail n’est pas effectué, la souveraineté sera alors une vieille idée et le mouvementsouverainiste un vieux mouvement. Le défi est de taille mais nos compétences au PartiQuébécois le sont tout autant.La politique contre l’option souverainisteÀ la limite, pourquoi posséder une stratégie souverainiste qui place le politicien, le mal-aimé, aucœur du mouvement? Est-il le meilleur porteur d’un projet aussi important? Une chose estcertaine, il doit y avoir d’autres porte-parole de l’option de souveraineté que seulement lespoliticiennes et les politiciens. Le Conseil de la souveraineté, nos partenaires pour lasouveraineté constituent une solution à cette vision des choses.Nous pouvons donc nous questionner quant au désir de crée,r au sein du Parti Québécois, desailes politiques, idéologiques ou sociales. Alors que les politiciennes et les politiciens et les partispolitiques ne constituent pas les premiers choix d’implication des jeunes et d’une bonne partiedes citoyennes et des citoyens du Québec, n’aurions-nous pas intérêt à donner de l’ampleur aumouvement souverainiste à l’extérieur du parti?Conclusions – De grands défis pour un grand partiLe défi du parti - Le Parti Québécois doit réaliser que l’implication politique au sein d’un partipolitique ne semble pas répondre au type d’implication que désire un bon nombre de jeunes.Nous devons y réfléchir plus d’une fois avant de créer une possible structure pour le SPQ-Libreet aux autres mouvances sociales. De plus, le Parti Québécois doit se questionner sur lapolitisation et la « partisanisation » de l’option souverainiste. Nous ne pouvons plus accepter,sans en débattre, que l’avenir du mouvement souverainiste passe par les structures partisanes duParti Québécois.Le défi du programme - Le Parti Québécois doit inclure à son discours des préoccupationsfortes quant à la mondialisation, l’environnement, le développement durable et l’éducation. Lalangue et l’histoire du Québec ne peuvent plus être les seuls sujets importants. De plus, nousdevons comprendre que chaque affirmation du programme constitue une liberté individuelle demoins pour cette génération. Il serait donc préférable de nous doter d’un programme qui fait étatde nos grandes valeurs communes et non d’une liste d’épicerie de programmes, de mesures etd’actions spécifiques possibles.Le défi du pays - Le Parti Québécois doit rendre plus tangible son projet souverainiste, le rendreconcret et en parler de façon pragmatique. Nous ne pouvons plus nous permettre des débatsstrictement idéologiques seulement entre nous sur une méthode et une mécanique référendaireabstraite. De plus, le Parti Québécois doit entrevoir la souveraineté comme étant la meilleureréponse aux situations de demain. Des situations qui se mondialisent et qui dépassent les états-nations. Nous ne pouvons plus dire que la souveraineté est une réponse aux injustices commiseshier et l’aboutissement historique d’une démarche entreprise jadis.



