Tenez pour ajouter de l'eau au moulin. Deux études parues récemment publiées par l'hebdomadaire communiste Arsenal-Express sur l'appauvrissement :
Arsenal – Express no 122, 17 décembre 2006
Au Canada comme ailleurs
L'ÉCART S'ACCENTUE ENTRE LES RICHES ET LES
PAUVRES
Deux études parues à une semaine d'intervalle
sont venues confirmer, à leur échelle
respective, la tendance lourde et inévitable qui
accompagne le développement du système
capitaliste mondial à l'époque qui est encore la
nôtre (savoir, celle de l'impérialisme): cette
tendance, c'est l'approfondissement continu des
écarts entre les riches et les pauvres -- plus
précisément, entre la minorité de possédantes et
de possédants et la grande majorité des
habitantes et habitants de la planète qui n'ont
rien d'autre pour subsister que leur force de
travail.
Publiée par l'Institut mondial de recherche sur
l'économie du développement de l'Université des
Nations unies (1), la première étude met en
relief le fait que les richesses sont si
inégalement distribuées à l'échelle mondiale que
les 2% des adultes les plus riches détiennent
plus de 50% des avoirs; tandis qu'à l'inverse,
les 50% les plus pauvres ne jouissent que d'1%
seulement de l'ensemble des richesses
disponibles.
Ces chiffres spectaculaires, qui recouvrent une
réalité faite de misère, de famines et de
souffrances pour des milliards d'êtres humains,
font ressortir une fois de plus ce qui constitue
l'une des caractéristiques les plus
fondamentales du monde dans lequel on vit,
conséquence de la domination d'une poignée de
puissances impérialistes sur la majorité des
peuples et des nations opprimées.
L'étude démontre en effet que plus de 90% de la
richesse mondiale est concentrée en Amérique du
Nord, en Europe et dans quelques autres pays,
tels l'Australie et le Japon. Alors que sa
population adulte totalise à peine 6% de la
population adulte mondiale, l'Amérique du Nord
n'en détient pas moins plus de 34% de l'ensemble
des avoirs!
En outre, il appert que les pays que les
économistes bourgeois qualifient "d'émergents"
et qui affichent un taux de croissance parfois
spectaculaire ont encore un bon bout de chemin à
faire avant de rattraper les grandes puissances.
Même si elle compte un nombre important
de "super-riches", la Chine, pour une, se situe
encore bien loin du peloton de tête -- ce qui
témoigne de l'ampleur des inégalités qu'on y
connaît: un très petit nombre de
multimillionnaires, certes, mais des centaines
de millions d'indigentes et d'indigents.
Selon la même étude, la moitié des personnes
adultes à l'échelle de la planète possèdent des
avoirs dont la valeur nette se chiffre à moins
de 2 200$ US; si l'ensemble des richesses
mondiales étaient distribuées également, chaque
personne adulte aurait un avoir net de 20 500$.
Par ailleurs, l'étude fait état d'importantes
variations quant à la concentration de la
richesse à l'intérieur de chacun des pays.
Ainsi, aux États-Unis, les 10% les plus riches
détiennent 70% de l'ensemble des avoirs
disponibles, comparativement à 61% en France et
à 56% au Royaume-Uni.
Dans une autre étude tout récente (2),
Statistique Canada constate l'existence du même
phénomène au pays -- un phénomène qui va en
s'accentuant.
Selon l'organisme gouvernemental, "l'écart entre
les familles ayant la valeur nette la plus
élevée et celles ayant la valeur nette la plus
faible s'est élargi entre 1999 et 2005". Au
cours de cette période, la valeur nette médiane
des avoirs des 20% de familles les plus riches a
augmenté de 19%; si on la compare à l'année
1984, qui est l'année précédente où une enquête
similaire a été conduite, cette augmentation se
chiffre à 64%. Pendant ce temps, la valeur nette
médiane des avoirs des familles les plus pauvres
a stagné, nous dit-on; en fait, cette valeur a
baissé, tenant compte de l'endettement (en
réalité, la valeur des actifs des 20% de
familles les plus pauvres n'a jamais dépassé la
valeur de leurs dettes au cours de la période de
référence allant de 1984 à 2005).
Au total, les familles des 20% les plus riches
détenaient au moins 75% de la richesse totale
des ménages en 2005, contre 73% en 1999 et 69%
en 1984. Nous disons "au moins" car l'étude ne
tient pas compte de la valeur des régimes de
retraite agréés, des objets de collection et de
valeur, des rentes, ni celle des fonds
enregistrés de revenu de retraite: on peut donc
raisonnablement penser que l'écart entre les
plus riches et les plus pauvres, dans les faits,
est encore plus prononcé.
Ces chiffres, en soi, n'ont rien de surprenant.
La bourgeoisie ne cherche d'ailleurs même pas à
les dissimuler: ses instituts de recherche en
font état régulièrement, tout comme ses organes
de presse. Toute la question est de savoir
quelles conclusions on doit en tirer!
Pour les bourgeois, le plus souvent, tout cela
sera vu comme un "dommage collatéral" -- une
sorte de conséquence inévitable
de "l'accroissement de la richesse collective
qui profite à tous et sans lequel le partage
s'avère impossible" (le partage des miettes,
s'entend!).
Pour d'autres, ces chiffres témoignent d'une
situation délicate, voire d'un danger certain,
en ce que le phénomène qu'ils expriment recèle
un potentiel de révolte, voire de révolution: à
tout le moins, ces inégalités risquent de mettre
en cause la sacro-sainte paix sociale et la
confiance relative que les oppriméEs doivent
continuer à afficher à l'endroit du système,
toutes deux nécessaires à la poursuite des
affaires et au "progrès de la civilisation". Ces
gens, qui se poseront comme des "visionnaires"
voyant plus loin que les intérêts à court terme
de tel ou tel capitaliste, proposeront donc
toutes sortes de mesures pour atténuer
les "pires excès" du capitalisme: meilleure
distribution de la richesse, amélioration des
programmes caritatifs, etc., -- le but étant
toujours de prévenir la révolte et d'empêcher
les gens de "décrocher du système" (quel
malheur, quand ça se produit!).
Mais pour le prolétariat révolutionnaire, le
développement des inégalités et
l'appauvrissement constant de la majorité de la
population du globe constituent une tendance de
fond, à laquelle il est impossible d'échapper
sans s'attaquer aux fondements même du système
dans lequel on vit. De par son ampleur et sa
profondeur, cette tendance crée les conditions
pour l'unification de tous les laissés-pour-
compte, autour du seul projet réaliste capable
d'assurer le bien-être et l'émancipation de
l'ensemble de l'humanité: celui du communisme
révolutionnaire, qui apparaît désormais plus
pertinent que jamais.
(1) "La répartition mondiale du patrimoine des
ménages", disponible (en anglais) sur
http://www.wider.unu.edu.
(2) "Inégalité de la richesse: second regard",
dans "L'emploi et le revenu en perspective",
vol. 7, n° 12, décembre 2006, disponible sur
http://www.statcan.ca/francais/freepub/75-001-
XIF/75-001-XIF2006112.pdf.
Et bien sûr, les chances sont égales pour tous !?!