On peut dire, en terme de logique locale, que A, le rêve de la jeune femme, est le produit d’une série causale x. B, l’apparition du scarabée dans la pièce, est le produit d’une autre série y. Dans la logique de la causalité locale, les deux séries causales sont dites séparées et indépendantes et se croisent en E par un pur « hasard ». Cependant, ce n’est que l’aspect mécanique du phénomène, nous voyons en même temps une relation intelligible entre A et B, si bien que E est un événement parfaitement significatif. C'est l’ensemble qui acquiert immédiatement une cohérence et celle-ci abolit la représentation fragmentaire et son incohérence. La cohérence parait nouvelle, suscite la surprise, parce que le mental dans lequel elle apparaît a l’habitude de fonctionner dans la séparation et là, il est pris au dépourvu et placé devant une unité de sens. Si Pierre avait annoncé à Paul qu’il amènerait un scarabée en cours de biologie et que Paul arrive en retard et voit un scarabée sur la table, il ne sera pas surpris. L’événement E est dans le prolongement d’une série causale x, à la suite de C, l’annonce faite par Pierre à Paul, il n’apparaît pas par « hasard » sur la table. Dans la séance de Jung, il y a synchronicité, parce que deux événements surgissent ensemble, possèdent une résonance significative, une unité évidente, et cependant n’ont aucun lien à travers la causalité locale. Par définition, la synchronicité est acausale. Nous avons tous fait ce genre d’expérience, ne serait-ce qu’avec le téléphone. Je pense à une personne et dix seconde plus tard, le téléphone sonne et c’est elle. Jung évoque ce banquier qui, une nuit dans un hôtel, fait le cauchemar : il voit le guichetier de l’ascenseur lui ouvrir la porte. Dans l’ascenseur, il y a un cercueil. Impressionné, le matin, il prend prudemment l’escalier pour se rendre à la réception. Une minute plus tard, la cabine de l’ascenseur se détache et s’écrase dans un grand bruit. Notre homme était mort s’il l’avait emprunté.
Dans la perspective de la causalité locale, ce type de relation est inexplicable. Par contre, dans la perspective de la causalité non-locale le mystère est moins épais. Si en effet l’univers est Un et non-divisé, s'il existe en permanence une corrélation infinie des événements, rien n’empêche que puisse affleurer dans la conscience du sujet, y compris dans un état différent de l’état de veille, une information reliant deux points causalement éloignés. La coïncidence qui surprend, est en fait fondée sur l’unité de ce qui est. La coïncidence nommée « hasard » est le signe de la résonance universelle de l’unité de ce qui est. Parce que dans ce cas, la relation est acausale, elle ne passe pas par des séries de deux systèmes massifs de causalité. Elle peut très bien passer par les détails les plus insignifiants, au regard de la pensée habituelle. La synchronicité révèle le Sens par delà le processus habituel de la causalité. Elle est un pressentiment de l’unité, celui dans lequel nous comprenons que le hasard n’existe pas. »
Source
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Le fantôme de Cosmique





