Une nouvelle vision de l'Univers

Les grandes questions.

Une nouvelle vision de l'Univers

Messagede Cosmique » Lun Avr 03, 2006 11:39 pm

De la matière à la conscience
L’évolution des connaissances de la physique moderne


Dans l'explication de l'Univers par la physique classique – l'explication à laquelle réfèrent encore nos valeurs – on croyait que les objets étaient faits de substances matérielles et solides. Mais en pénétrant à l'intérieur de la matière, la science a découvert que l'Univers est composé d'atomes, et les atomes de particules. C'est important de revenir là-dessus parce qu'au moment où je vous parle, il y a devant moi une table sur laquelle repose quelques livres, quelques objets et cette table, à toutes fins pratiques et pour le gros bon sens qui m'habite encore, elle est solide. Et si on pénètre à l'intérieur de la matière que représente cette table, on trouve des atomes qui sont composés de particules. Or, ces particules ne constituent pas une substance matérielle comme telle, solide, mais ce sont des amas d'énergie en transformation constante : ça bouge, ça grouille à l'intérieur – comme des particules de lumière à l'intérieur de la matière. Et voilà la vision que les physiciens, tout à coup, nous ont proposée de l'Univers.

Il y a eu dans le monde une réaction d'incrédulité, de déception également parce que, d'une certaine façon – compte tenu de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle – on devait espérer fortement que les physiciens allaient nous parler de matière, de solidité, de quelque chose qui allait justifier notre démarche profondément matérialiste. Et ils se sont mis à nous parler de particules, d'énergie, de patterns d'énergie, voire même de conscience quand ça n'est pas simplement de l'esprit. Le rapprochement de la science et de la mystique s'est manifesté, en particulier, depuis que la physique a dépassé le mur de la matière et qu’on a découvert que tout procède de l'énergie. La matière, à toutes fins pratiques, est de l'énergie, quoiqu'en pense le gros bon sens... Il me semble que le gros bon sens en arrache terriblement ces années-ci… Il faudrait élever un monument au gros bon sens avant que le pauvre ne soit complètement couvert de ridicule et confondu avec le Bonhomme Carnaval!

Autrefois, on pouvait parler du monde vivant et du monde inerte. Mais qui oserait prétendre aujourd'hui que le minerai d'uranium, par exemple, est inerte? Certainement pas les survivants d'Hiroshima ou Nagasaki… Curieusement, cette conception de la réalité, à savoir que tout participe de l'énergie, n'a pas encore affecté notre vécu : on continue de parler comme si nous avions toujours la même ancienne perception de l'Univers – c'est-à-dire d'un monde solide essentiellement matériel – alors que ça n'est plus le cas. Nous demeurons donc prisonniers de la perception de nos sens qui nous impose une vision restreinte du monde. Aujourd'hui, on ne devrait donc pas avoir les mêmes valeurs qu'autrefois, d'une certaine façon. Toutefois, cette vision que nous propose la science aujourd'hui n'est pas passée dans notre vécu, n'a pas transformé notre quotidien.

Plusieurs modèles de la réalité nous sont proposés par la physique moderne. Il y a le modèle holistique, la théorie – que pour ma part je trouve la plus tripative – appelée Bootstrap Theory, selon laquelle la nature ne peut être comprise que sans son autoconsistance. Évidemment, c'est très difficile d'arriver à simplifier toutes ces données et à les exprimer de manière à ce que nous les comprenions. Et peut-être ne s'agit-il pas de comprendre mais d'avoir tout à coup l'intuition que tout cela se tient…

Toujours est-il que voici ce modèle. Chaque élément ou composant est consistant en lui-même et avec tous les autres. On retrouve un peu l'idée, si vous voulez, des trois mousquetaires à l'échelle cosmique : Tous pour un et un pour tous... Un physicien, un certain Norbert Wiener, a résumé cette théorie dans une formule scientifiquement provocante :

" Chaque particule consiste en toutes les particules. "

C'est de ça qu'est fait la matière : la table que j'ai devant moi, la voiture, etc. Regardez devant vous et dites-vous que chaque particule de cet objet consiste en toutes les particules de cet objet.

" Les hadrons ou particules lourdes du noyau atomique sont les structures composées dont les composants sont à nouveau des hadrons, dont aucun n'est plus élémentaire que les autres. Chaque hadron est maintenu par des forces associées avec l'échange de d'autres hadrons. Ainsi, chaque particule aide à créer les autres particules qui la créent elle-même. La globalité des hadrons s'auto-génère de cette façon et, en quelque sorte, se tire par ses propres courroies. D'où la théorie du Bootstrap... " C'est un des modèles qui est proposé.

" L'Univers apparaît donc comme une trame d'événements interconnectés; aucune des propriétés d'une partie de la trame n'est fondamentale : elles sont toutes générées par les propriétés des autres parties. Enfin, ce sont les interrelations des parties qui déterminent la structure de la trame entière. "

C'est une façon de l'exprimer. C'est surprenant de penser qu'on arrive à hésiter à avancer sur le plancher des vaches; on se dit : s'il n'y a que des particules, comment ne pas tomber dans le trou...

Ça va encore plus loin lorsqu’on dit qu'entre chacun de ces petits éléments, encore qu'ils soient pour ainsi dire impossible de les définir comme étant des éléments matériels, il y a le vide... Le vide, c'est l'énergie et il est possible que ce soit aussi la conscience. C'est dire que c'est un modèle qui a été fort décevant pour ceux qui espéraient que la physique moderne allait enfin confirmer la solidité de l'Univers matériel et justifier un système de valeurs essentiellement matérialiste et tout ce qui s'ensuit.

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Messagede Cosmique » Lun Avr 03, 2006 11:40 pm

La démarche de Fritjof Capra

Fritjof Capra est l’un de ces physiciens qui ont contribué à nous familiariser avec ce langage. Il a trouvé dans l'hindouisme, le taoïsme et en particulier le védisme, des éléments d'explication du fonctionnement de l'Univers qui recoupaient la vision qu'en avait la physique moderne. Je précise toutefois que tous les physiciens ne partagent pas nécessairement cette vision. Car s’ils font le même constat, ils n'en ont pas nécessairement la même interprétation.

F. Capra a entrepris une démarche, Le Tao de la Physique, qui consistait à nous familiariser avec cette idée d'un rapprochement entre la vision mystique et la vision de la physique. Ensuite, il s'est intéressé à la santé, par exemple, dans un ouvrage comme Le temps du changement. Cela peut paraître curieux que, tout à coup, il soit passé d'un champ d'intérêt aussi étonnant que la physique nouvelle et son rapprochement avec la vision mystique la plus ancienne pour se tourner vers la santé et vers l'écologie, dont il s'occupe beaucoup également. Il a écrit un ouvrage récent Green Politics, qui est une analyse du " mouvement vert " en Allemagne. Vous allez dire : Qu'est-ce qu'il est allé faire dans ces plates-bandes? Eh bien, il a le même problème que beaucoup de gens qui ont été éveillés par cette nouvelle vision de la physique. Il s’est dit : Comment se fait-il que cette vision de la réalité qui est celle de la science moderne n'arrive pas à transformer notre vie quotidienne?

Il faut expliquer qu'il y a eu une révolution dans le passé, à partir de la vision que Copernic avait de l’Univers : la Terre au centre avec tout ce qui tourne autour, telle une vaste machine. Une perception nouvelle qui devait inspirer une vision mécaniste du monde. C'est-à-dire que tout a commencé à nous apparaître comme le fonctionnement d'un énorme système d'horlogerie, si vous voulez, où chaque élément est un rouage en rapport avec des grands, des moyens et des petits rouages. Il y avait donc une notion de hiérarchie. Et le monde apparaissait de plus en plus comme une vaste machine. Telle était la vision que nous proposait Copernic. Plusieurs années après, quelques siècles plus tard en fait, elle a fini par déboucher sur la société industrielle qui apparaissait vraiment comme l'apogée, le point culminant de cette vision mécaniste du monde.

Aujourd'hui, comme le disait un autre physicien, le monde n'apparaît plus du tout comme une grande machine mais de plus en plus comme une grande pensée. Et la grande question qu'on se pose toujours c'est : Comment se fait-il que cette vision que les physiciens nous proposent de l'Univers n'ait pas vraiment réussi jusqu'ici à transformer davantage notre perception des choses? On voit bien quelques intérêts pour l'écologie, le sentiment que toutes les choses se tiennent entre elles, la pensée planétaire… On aurait pensé qu'une révolution aussi importante que celle qui s'est déroulée dans le domaine de la physique moderne, avec sa nouvelle vision, aurait nécessairement dû susciter des attitudes différentes, un comportement différent, un vécu différent.

Finalement, cette vision devait trouver son écho dans la vie quotidienne et c'est probablement un peu pour ça qu'un physicien comme Capra délaisse la vulgarisation du niveau du Tao de la Physique pour s'intéresser soudainement à la politique écologique en Allemagne ou d’autres questions comme celle-là. Lui aussi a peut-être envie d'accélérer le processus de transformation que cette vision de la physique aurait dû provoquer dans notre Univers.

Jacques Languirand
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Messagede Cosmique » Lun Avr 03, 2006 11:40 pm

Jacques Languirand rencontre Fritjof Capra
(Montréal, le 28 janvier 1988)


Jacques Languirand : Je dois vous dire Monsieur Capra que la découverte du Tao de la Physique a été pour moi, et je pense pour beaucoup de gens de ma génération, de mon groupe d'intérêt, un moment très important dans notre vie. Ce fut un livre qui nous a apporté comme une ouverture, qui a été un espoir de lumière pour nous. Je vous en remercie.

Fritjof Capra : Vous savez, c'était la même chose pour moi. Ça a été aussi une découverte, une aventure de faire cette expérience, de l'écrire, de chercher, alors je me sens tout à fait dans le même bateau, si vous voulez.

J. L. : Vous faites des recherches dans quel domaine présentement?

F. C. : Dans la physique des particules. Je suis théoricien, je ne fais pas d'expériences, mais j'utilise les résultats des expériences pour construire avec mes collègues des modèles mathématiques pour exprimer, pour comprendre le comportement de ces particules subatomiques.

J. L. : Actuellement, dans certains milieux, on emploie beaucoup une formule. J’ai un ami qui est physicien et que vous connaissez peut-être : Willis Harman de l'Institut de Noétique.

F. C. : Oui je le connais très bien.

J. L. : Willis Harman parle beaucoup de la nouvelle révolution copernicienne. Signifiant par là qu'à partir de Copernic, on a eu une vision du monde qui nous a entraîné vers un fonctionnement relativement mécaniste et qu'aujourd'hui, à partir de la nouvelle vision de la physique, on devrait arriver à un fonctionnement très différent, très renouvelé par rapport au modèle mécaniste. J’aimerais que vous reveniez sur cette question, qui peut vous paraître une question très élémentaire… Vous l'avez traitée dans vos livres, dans vos conférences, mais je crois que c'est très important pour nos auditeurs de l'entendre venant de vous : Quelle est la vision qu’a actuellement un physicien de la matière, de la réalité, en quelque sorte, et de l'Univers?

F. C. : C'est, bien sûr, la question que tout le monde et que tous les interviewers me posent tout le temps... n'empêche que ça me fascine toujours. Donc, la réponse que je vais vous donner sera une réponse fraîche, parce que c'est un sujet de fascination pour moi et c'est vraiment au centre et à l'origine de mes travaux philosophiques, de mes livres, etc. J'étais très influencé par Heisenberg, un des créateurs de la mécanique quantique, de la physique atomique, qui a décrit les développements en physique des années 1920 d'une façon très vive, très impressionnante. Heisenberg a écrit une autobiographie aussi, une autobiographie scientifique qu'il a appelée : Le Tout et la Partie (je ne sais pas si c'est comme ça qu'on l’a traduit en français...).

Et c'est là le noyau du problème : dans l'ancienne vision cartésienne, newtonienne – mécaniste – on croyait que pour comprendre un tout, il suffisait de le diviser en parties et l'on pourrait comprendre la dynamique du tout en partant des propriétés des parties, des atomes, des particules, etc. Ce qu'ont découvert ces physiciens dans les années 20, c'était justement le contraire. On doit comprendre la dynamique du tout pour comprendre les comportements et les propriétés des particules. Et ça va encore plus loin! Quand on étudie la situation, on se rend compte qu'il n'y a pas de particules... que tout ce que nous appelons une partie, un objet, une particule... ce sont plutôt des modèles dans un réseau de relations.

J. L. : Diriez-vous des " patterns " d'énergie?

F. C. : Oui c'est ça, des " patterns ", des modèles d'énergie. Et ce qu'on fait en les observant, c'est qu'on les coupe théoriquement, dans notre tête : on les découpe de leur environnement. C'est ainsi qu'on définit un objet ou une particule. Mais en les découpant, on fait toujours des erreurs et ce qu'on appelle une particule, un objet n'est jamais objectif, c'est toujours subjectif. Et c'était ça la contribution de Heisenberg, de formaliser cela d’une façon précise.

J. L.. :Au fond, on arrive à la notion de vide qu'enseignaient les Anciens à travers le védisme, le taoïsme ou encore l'hindouisme, dont vous parlez dans vos livres.

F. C. : Oui, le vide. Et c'est en même temps la plénitude. Le vide avec le potentiel infini de formes, d'interactions, de processus.

J. L. : Le monde matérialiste a éprouvé – si je peux en parler dans ces termes – un certain sentiment de déception face à la physique parce qu'il comptait beaucoup sur la physique, au contraire, pour renforcer le modèle matérialiste et mécaniste du monde. Et tout à coup, vous leur répondez : Non, ça n'existe pas... Vous dites que même les particules n'existent pas...

F. C. : Au point de vue du physicien, ce n’était pas seulement une déception, c'était une vraie crise. Il faut se rendre compte que c'était une vraie crise intellectuelle, mais aussi émotionnelle, et je dirais même existentielle. Parce qu'il y avait un vrai défi à leur habilité à comprendre l'Univers. Et ils ont mis une bonne dizaine d'années pour comprendre que c'était leur langage, leur imagination, leurs concepts qui étaient périmés. Il fallait trouver de nouveaux concepts, un nouveau langage. C'est cela cette révolution qui est encore en train de se produire.

J. L. : Et ces forces au niveau des particules s'articulent comment? À partir de quelle énergie? C'est là qu'est le mystère en quelque sorte.

F. C. : Je crois que c'est une question qui n'a pas de réponse dans le cadre de la science. C'est-à-dire qu'il y a ce réseau de relations qui est un réseau actif, dynamique, et l'énergie qui est une mesure de cette activité. Plus on observe l'énergie, plus il y aura d'activité. Comme dans la vie de tous les jours, quand on a beaucoup d'énergie, on est très actif, ou potentiellement, on pourrait être très actif. La masse – ce que nous a appris Einstein – est aussi une forme d'énergie donc la différence entre un objet lourd et un objet léger c'est qu’il se passe plus de choses dans l'objet lourd, si vous voulez. C'est plus actif au niveau atomique et subatomique. Et maintenant, toute cette activité est interconnectée, on ne peut pas vraiment séparer une partie quelconque du reste. Si vous me demandez d'où ça vient ou qu'est-ce que c'est au fond, qu'est-ce qui est actif... on ne trouve pas de réponse dans le cadre scientifique.

J. L. : Alors la science s'arrête là et à partir de là ce sont des hypothèses... Maintenant, pour alimenter ces hypothèses, il y a cependant le phénomène extraordinaire qui veut que l'observateur puisse influencer le mouvement de ces particules, ou l'orientation de ces particules.

F. C. : Ce n'est pas tout à fait ça. C'est plutôt la situation suivante. Quand on est face à face à ce réseau inséparable, finalement, d'interactions, de relations, et si l'on définit maintenant les objets, les " patterns ", cette définition est subjective. Alors ce qu'on voit dépend de la façon dont on regarde.

J. L. : L'observation doit confirmer l'opinion qu'on a d'elle en quelque sorte.

F. C. : C'est un peu comme le test de projection.

J. L. : C'est ça... on se projette dedans.

F. C. : C'est la même chose avec les particules élémentaires.

J. L. : Alors, évidemment, ça nous dit l'importance qu'il y a de l'interaction de ce qu'on va appeler l'esprit et la matière qui sont finalement la même chose.

F. C. : Je ne dirais pas la même chose, mais deux aspects de la même chose. Mais il faut aller aussi au-delà de la physique pour étudier la vie, c'est-à-dire les systèmes vivants, la biologie, la psychologie et il y a maintenant des théories très fascinantes, récentes, qui disent que la relation entre l'esprit et la matière est une relation comme entre le processus et la structure. Il y a des structures vivantes, des systèmes vivants et le processus de la vie même est un processus mental.

J. L. : Et vous même, lorsqu'on parle de ce qui est derrière ça, c'est-à-dire de l'énergie, est-ce que vous allez jusqu'à dire ou penser – une hypothèse de travail – que derrière, il y a l'esprit – les mots sont toujours embarrassants dans ces cas-là – la conscience, disons?

F. C. : Je ne dirais pas derrière. Mais quand on parle maintenant d'organismes vivants, l'énergie ou la bioénergie, de ces organismes est une expression de leur activité, de leur élan vital, de leur force de vie et cette force même est l'esprit.

J. L. : Ou la conscience?

F. C. : Bien sûr, on parle là d'un phénomène humain d'une très grande complexité. Je n'extrapolerais pas la conscience jusqu'aux particules, aux atomes, etc. car ce sont vraiment des systèmes vivants d'une grande complexité.

J. L. : Et c'est toujours très difficile à définir parce qu'il y a la conscience d'être... enfin c'est très compliqué... Je trouve qu'il y a plusieurs paliers également.

F. C. : Conscience, ça n'est pas la même chose que " consciousness "... Les cultures sont différentes...

J. L. : Voici que nous avons maintenant une vision nouvelle de l'Univers, de la matière et qui est absolument fascinante. Alors on se dit qu'à partir de cette vision, le monde devrait commencer à se transformer, on se dit qu'après ce mouvement " avant-gardiste " de la physique qui a redéfini la réalité de l'Univers, la biologie devrait suivre. Mais je trouve, quant à moi, qu'elle suit très lentement, trop lentement et encore loin derrière. Il y a toutes les sciences humaines et toutes les valeurs qui sont rattachées aux sciences humaines, c'est-à-dire les questions d'ordre sociologique, par exemple, politique, économique, etc. Pour être très franc avec vous, depuis le temps que j'observe de l'extérieur en vulgarisateur simplement ce phénomène et que j'essaie de me familiariser avec cette vision – je suis finalement très déçu de voir que le monde n'est pas transformé par cette découverte extraordinaire, par cette nouvelle vision. Est-ce que vous partagez ma déception au fond de vous?

F. C. : Je suis un peu frustré aussi, mais je suis également en contact avec le développement nouveau, avec les organisations, les mouvements nouveaux et je trouve qu'il y a quand même beaucoup de choses qui se passent. Mais plus en-dehors de la science que dans la science. Et je crois que ce mouvement, ce changement de paradigme, cette émergence d'une nouvelle conscience est quelque chose de beaucoup plus large que la science. Et qu'en effet la plupart des scientifiques s'obstinent à suivre ce chemin. Quand on pense, par exemple, qu'aux États-Unis, et probablement aussi au Canada, la plupart de la recherche scientifique est dédiée à la recherche militaire…. Vous vous rendez compte qu'aux États-Unis le budget de la recherche militaire comprend 76 % du budget scientifique! C'est énorme...

J. L. : Ce n’est pas d'un niveau de conscience très élevé... Ça ne correspond pas du tout à la vision qu'on pouvait espérer que la physique aurait déclenchée.

F. C. : Comme je dis souvent, les physiciens travaillent à des théories, à des modèles qui nous montrent l'unité de tout l'Univers et après ils rentrent à la maison. Ils agissent d'une façon extrêmement newtonienne quand il s'agit de choses politiques, financières, de recherche militaire, non militaire.

J. L. : Évidemment, c'est une dichotomie avec laquelle on sera probablement obligé de vivre encore pendant un certain temps parce que l'évolution des mentalités, ça se fait toujours très lentement. Est-ce que ce qui représente cette pensée dans le monde de la biologie ou le monde des sciences sociales, c'est finalement l'approche holistique, l'approche systémique?

F. C. : Écologique, aussi...

J. L. : J'ai trouvé très important qu'à un moment dans votre vie, après ce livre majeur, que vous ayez tout à coup écrit un livre qui s'intitule : Le Temps du changement, dans lequel, il me semble, vous vous êtes engagé justement pour contribuer à secouer un peu le monde des sciences humaines parce que vous êtes engagé au plan écologique, au plan politique, au plan économique, etc

F. C. : J'ai deux motivations pour le faire. Une de ces motivations est certainement l'intérêt intellectuel pour cette nouvelle vision vraiment fascinante et ça m'a beaucoup intéressé d'étudier la psychologie de Jung, la thérapie de Wilheim Reich, l'économie de Schumacher, etc. L’autre motivation, c'est l'engagement politique parce que je trouve qu'il faut faire des choses. Comme vous, j'ai cette frustration : les choses n'avancent pas assez rapidement et c'est pour ça que je donne beaucoup de conférences, que je fais des voyages, que je fais des interviews, et tout ça... Je ne le ferais pas si ce n'était pas nécessaire au point de vue social et politique.

J. L. : Pour tâcher justement que le monde socio-politique puisse commencer à se rapprocher davantage de cette vision holistique du Tout que vous avez à travers la physique. Une des plus belles pages quant à moi – non pas sur le plan de l'information mais sur le plan des témoignages – que j'ai pu trouver dans Le Tao de la Physique, c'est celle dans laquelle, nous ayant déjà parlé un peu de vos intérêts, de vos découvertes au plan de la physique et nous ayant parlé aussi du rapprochement que vous faisiez avec les enseignements orientaux, tout à coup vous décrivez une scène : vous vous trouvez sur le bord de l'océan Pacifique et puis vous regardez l'immensité. Vous éprouvez un sentiment de paix et soudain, toutes les choses tombent en place, d'une certaine façon. Est-ce que ça vous ennuierait de nous parler un peu de cette expérience?

F. C. : Ça ne m'ennuie pas, seulement c'est une expérience qui s'est produite il y a 15 ans environ. Ce qui s'est passé, c'est que j'ai eu une expérience du mouvement de la danse cosmique et j'ai fait la connexion entre la danse cosmique de la matière et la danse de Shiva, telle qu'elle est représentée dans l'hindouisme. C'est une très belle image d'un dieu dont l'activité principale consiste à danser... C'est vraiment très beau... merveilleux...

J. L. : Pour terminer je voudrais vous ramener à une interrogation qui avait été soulevée par Schrödinger. Ce qui m'étonne toujours, c'est que certains de ses textes, pour autant que je me souvienne, datent de 1925-27, et je trouve, encore une fois, qu'on a pas beaucoup évolué par rapport à ça. Dans Veda d'un Physicien, par exemple, il parle de l'infini, il parle de la conscience. Il dit à un moment que la difficulté pour les physiciens – si vous me permettez de vous rappeler ces choses qui vous sont plus familières à vous qu'à moi – c'est qu'en fait, on peut très bien concevoir qu'il y ait une conscience du tout, et qu'il y ait un tout qui soit la conscience, mais notre difficulté vient de cette espèce d'obligation qu'on se fait de reconnaître l'existence d'une conscience individuelle en quelque sorte, vous comprenez? Il explique que si je participe de l'infini, il faut que ça soit du même infini que Fritjof Capra ou Jacques Languirand..., et alors, face à ça, il y a toute l'interrogation de la mort. Est-ce que ça vous ennuie qu'on aborde cette question-là? Au moment de la mort… moi, ça ne m'embarrasse pas maintenant l'idée que je pourrais perdre ma conscience individuelle si je l'échange pour la conscience cosmique... au fond je serais gagnant...

F. C. : En fait, je peux vous faire un discours de grande sagesse là-dessus, mais quand je prends l'avion, j'ai peur – en m'observant moi-même – de n’avoir pas vraiment résolu cette question pour moi-même. C'est une question très personnelle bien sûr...

J. L. : C'est l'animal qui résiste, qui a peur?

F. C. : Je ne sais pas. Je vais vous raconter l’histoire d'un Indien, un chaman, du Mexique qui avait 85 ans et qui est venu aux États-Unis par avion. Cet avion est entré dans un orage, une très grande turbulence... vraiment tout le monde a crié, c'était la panique totale... les valises, les objets dans l'avion sont tombés de tous les côtés... c'était vraiment une très grande panique. Et ce chaman, c'était sa première envolée... il était là, tout décontracté, parce qu’il croyait que ça se passait comme ça; il n'était pas du tout énervé... Moi, je n'en suis pas encore là...

J. L. : Est-ce que vous pensez par rapport à la conscience individuelle, la conscience collective en quelque sorte ou cosmique… Est-ce que vous vous êtes aventuré sur ce terrain? Je suppose que oui... Mais on est en-dehors de la science maintenant...

F. C. : Une espèce de naissance et on a peur parce qu'on a toujours peur du changement... C'est le changement le plus existentiel qu'on puisse avoir à part notre naissance, donc c'est vraiment une transition : on ne sait pas où l’on va malgré les philosophies, les religions, etc. Personne ne sait, personne n'en est sûr. Alors on a peur, même d’y penser intellectuellement. Je trouve que ce serait très beau une nouvelle naissance pour élargir la conscience comme vous dites, je suis tout à fait d'accord... Seulement au plan émotionnel, j'ai peur aussi.

J. L. : C'est votre vision de la mort, alors... Fritjof Capra je vous remercie beaucoup.

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Messagede mexicael » Lun Avr 03, 2006 11:50 pm

Très intéressant. Science et vie d'octobre 2005 avait fait un dossier sur ces nouveaux paradigmes en sciences physiques qui s'écartent du matérialisme scientifique : le monde n'est que la somme d'informations que nous avons sur lui.
Dernière édition par mexicael le Mar Avr 04, 2006 12:16 am, édité 1 fois.
L’indignation fleurit souvent sur une ignorance vertueusement revendiquée.
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Messagede Cosmique » Mar Avr 04, 2006 12:01 am

Peut-être le saviez-vous déjà, je suis physicien de formation. Cette nouvelle vision du monde n'est donc pas nouvelle pour moi. Je vis avec elle depuis au-delà de 35 ans. Vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point, vu de là-haut, notre monde moderne m'apparaît attardé. :?

Voir aussi L'homme cosmique

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Messagede Cosmique » Mar Avr 04, 2006 12:14 am

Le tao de la physique

Les découvertes de la physique moderne, atomique et subatomique, ont entraîné une véritable révolution en rendant possible l'arsenal nucléaire. Mais les mêmes découvertes ont eu des effets, tout aussi révolutionnaires, dont on est moins conscient, d'ordre intellectuel, culturel et même spirituel, autrement dit dans le domaine des concepts, des idées, des philosophies.

-... Celui qui ne participe pas à la transformation, comment pourrait-il transformer les autres hommes?

- C'est bien, dit Lao-Tan, vous avez senti le Tao.


Le modèle de l'univers que propose la physique classique considère que la matière est composée d'éléments solides, les atomes, constituant les objets qui forment un tout semblable à une grande machine. On croyait que cette grande machine fonctionnait selon des principes mécaniques sans aucun rapport avec le monde de l'esprit; on croyait aussi que les fonctions de l'univers étaient indépendantes et qu'elles ne pouvaient pas être affectées par l'observation scientifique.

Selon le modèle que propose la physique moderne - la théorie de la relativité, celle des quanta et les autres qui en découlent -, l'univers apparaît au contraire comme un tout unifié, organique, holistique; comme un processus dont tous les facteurs sont reliés entre eux - en interaction. On ne peut séparer de l'ensemble aucun élément sans le détruire. Ce qui paraît évident lorsqu'il s'agit de l'homme, qu'on ne peut séparer de son environnement sans le détruire. Mais la physique moderne a démontré que cette interdépendance des éléments d'un système entre eux, et de chaque élément par rapport à l'ensemble, est vrai non seulement des organismes vivants mais aussi de ce que nous appelons la matière inorganique.

Le docteur Fritjof CAPRA, physicien, disait dans une interview :
"Pour la physique moderne, il n'y a pas dans l'univers de substance matérielle de base. Au-delà de l'atome, on débouche sur les particules qui ne sont pas de la matière comme telle mais des patterns d'énergie...

"Dans la physique classique, il y avait cette notion que les objets sont faits de substance matérielle. Mais lorsqu'on grossit ces objets, lorsqu'on cherche à savoir de quoi ils sont faits, on découvre qu'ils sont faits d'atomes et les atomes, de particules. Mais ces particules, elles, ne sont pas constituées d'une substance qui soit matérielle. Ce sont comme des amas d'énergie.

"Ces particules sont en transformation constante. On ne voit donc jamais aucune substance matérielle, mais on assiste plutôt à un processus ininterrompu.

"Un processus de quoi? Il n'y a pas de réponse, ajoute le Dr CAPRA. Car, il n'y a pas de substance. Les bouddhistes en avaient l'intuition : l'univers, en définitive, est un processus de transformation, qui agit selon des patterns, mais sans aucune substance matérielle."


"... l'univers est engagé dans une danse cosmique ininterrompue. C'est un système composé d'éléments inséparables, sans cesse en mouvement, animés par un continuel processus d'interaction. L'observateur en fait partie intégrante. Ce système reflète une réalité, située au-delà du monde de la perception sensorielle ordinaire, il implique des dimensions plus vastes et transcende le langage ordinaire et la logique raisonnante."

Fritjof CAPRA, Le tao de la physique

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Messagede Cosmique » Mar Avr 04, 2006 12:18 am

"La toile de la vie", par Fritjof Capra

"Si la biologie moléculaire a permis de mettre à jour les éléments fondamentaux de la vie, elle n'a pas résolu pour autant tout le mystère de la complexification, de l'intégration et de l'interrelation des organismes vivants avec leur environnement. Récemment, de nouvelles interprétations sont apparues dans la communauté scientifique pour tenter de comprendre ces systèmes vivants complexes: théorie dynamique des systèmes, théorie de la complexité, dynamique non linéaire, dynamique des réseaux, etc. Les attracteurs étranges, les fractales, les structures dissipatives, l'auto-organisation et les réseaux autopoiétiques en sont les concepts clés. Pourtant, jusqu'à aujourd'hui, aucune approche synthétique ni aucune interprétation globale intégrant l'ensemble de ces nouvelles découvertes dans un contexte unifié, et l'exposant au public de façon cohérente, n'a été proposée. C'est le défi que relève cet ouvrage, qui représente une avancée fondamentale pour comprendre le monde qui nous entoure. Cette compréhension débouche sur la notion d'«écologie complexe» défendue par Fritjof Capra, qui expose les idées révolutionnaires apparues ces dernières années dans ce domaine."

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Messagede Cosmique » Mar Avr 04, 2006 12:22 am

La toile de la vie
Une nouvelle compréhension scientifique des systèmes vivants
par Fritjof Capra


Article de Paul Carle

Fritjof Capra est bien connu (notamment par son best-seller Le Tao de la physique ) comme un penseur scientifique d'avant-garde. Présentement directeur du Center for ecoliteracy à Berkeley en Californie, il vient du publier The web of life , volume dans lequel il résume et synthétise les connaissances actuelles sur les systèmes vivants. Plusieurs images et idées intéressantes en ressortent; images et idées utiles pour tous ceux et celles qui se préoccupent des systèmes vivants, qui réfléchissent l'intervention et l'organisation dans ces systèmes.

Une partie importante de son livre rappelle et explique le contexte culturel et scientifique de l'émergence d'une nouvelle conception de la vie, notamment, depuis la dernière guerre: -une crise de nos modes de perception scientifique suivie par un vaste changement de paradigme scientifique, incluant une constellation de nouveaux concepts, de nouvelles valeurs, de nouvelles perceptions et de nouvelles pratiques. -l'importance le l'écologie des profondeurs, de l'écologie sociale, de l'écoféminisme, de l'éthique, de la systémique (notamment en ce qui concerne la nature interreliée et interdependante de tous les phénomènes, les processus de rétroaction, la nécessité d'étudier l'organisation globale d'un système plutôt que les propriétés de ses parties constituantes).

À l'heure des connaissances actuelles, ce qui distingue un système vivant d'un système non-vivant, ou qui caractérise le vivant, c'est l'autopoièse (littéralement &laqno; se faire soi-même » ) ou l'auto-organisation. Cette caractéristique est nécessaire et suffisante, selon Maturana et Varela, pour marquer le vivant.

Capra reprend la présentation de Gail Fleischaker des propriétés des systèmes ou réseaux autopoiétiques. Ils doivent être: -autolimité (selfbounded): l'extension ou l'espace occupé par le système est déterminé par une frontière qui fait partie intégrale du système; -autogénérateur: toutes les composantes d'un système, incluant celles de la frontière, sont créées par des processus à l'intérieur du système; -autoperpétuateur: le processus de production se poursuit dans le temps de façon à remplacer continuellement les composantes du système grâce aux processus de transformation du système.

Les recherches des dernières décennies ont nécessité le recours à des nouveaux modèles, les modèles classiques étant dans l'incapacité de décrire les phénomènes observés. À partir des travaux de Bateson, de Maturane et de Varela, des découvertes des sciences cognitives, de la microbiologie, de la cybernétique, des nouvelles mathématiques, Capra résume ainsi les trois critères des systèmes vivants, l'organisation, la structure, le processus:

L'organisation: le modèle (pattern) d'organisation, la configuration des relations qui détermine l'essentiel des caractéristiques d'un système vivant, est l'autopoièse ou auto-organisation. Il définit ainsi l'auto-organisation: l'émergence spontanée de nouvelles structures et de nouvelles formes de comportement dans des systèmes ouverts, loin de l'équilibre, caractériséé par des boucles de rétroaction et décrite mathématiquement par des équations non-linéaires. Cette auto-organisation résulte des effets combinés du non-équilibre, de l'irréversibilité, de la rétroaction, de l'instabilité, dans des systèmes complexes. La structure: l'incorporation dans l'univers physique du modèle d'organisation du système vivant. Le processus de la vie: l'activité impliquée dans l'incorporation continuelle du modèle d'organisation du système. Pour Bateson et par la suite Maturana et Varela, la cognition constitue l'essentiel de ce processus ou de cette activité. Ce processus, qui n'implique ni transfert d'informations ni représentations mentales, demande une revision radicale de nos schèmes scientifiques et philosophiques. Il ne s'agit pas d'éducation ou de connaissances acquises dans des livres. L'expérience du vivant amène continuellement un organisme à revoir, à recréer sa vision du monde (bringing forth a world). Non pas s'approcher petit à petit de la vision du monde (la vérité scientifique) qui existerait au dehors de l'organisme, comme l'imaginait la science classique, mais produire continuellement la vision d'un monde qui dépend de la structure même de l'organisme.

Fort de ces concepts et images qui synthétisent les connaissances actuelle, Capra nous propose, pendant plus d'une centaine de pages, une nouvelle lecture de l'histoire de la vie, de la complexification des organismes vivants, de l'évolution des diverses formes de vie sur terre. En y incluant bien sûr l'hypothèse Gaïa (la terre est un organisme vivant) et divers points de vue sur l'univers. Son seul regret: le peu d'intérêt ou la difficulté, dans les sciences humaines et sociales, de s'ouvrir aux nouvelles dimensions des phénomènes vivants, à la fois dans la dimension des concepts ou des idées, mais aussi dans les dimensions de la recherche et de la pratique.

Voilà peut-être un champ d'investigation intéressant pour la psychosociologie et pour tous ceux et celles qui s'intéressent à l'organisation du vivant et des vivants.

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Messagede Feel O'Zof » Mar Avr 04, 2006 1:44 pm

J'ai lu le début et je comprends son contenu.

Mais je pense que ces gens ont trop d'attentes par rapport à la physique. Ce n'est pas la physique qui nous dicte notre système de valeurs. Ça n'a aucun rapport tant qu'à moi. Quand t'es physicien, ça modifie ta perception des choses. Mais si t'es biochimiste, c'est la chimie qui va modifier tes valeurs. Si t'es psychologue, c'est la psychologie qui va le faire.
Je doute que la cosmologie de Copernic ait engendré la révolution industrielle. En tant qu'anthropologue, je vois des causes sociales, culturelles, religieuses et politiques qui ont généré ce phénomène, mais l'astronomie n'y est pour rien.

J'avais aussi déjà remarqué les nombreux parallèles entre l'hindouisme et la physique moderne. Serait-ce que les anciens sages de l'Inde avaient réussit à déduire toutes ces choses par leurs simples réflexions? Est-ce la preuve qu'une ancienne civilisation était plus avancé qu'on ne le suspectait? Ou est-ce notre interprétation de l'hindouisme qui est biaisé par nos connaissances en physique? Je sais pas mais, en tout cas, c'est quand même assez impressionnants toutes les analogies qu'on peut trouver entre l'hindouisme et la science.

c'est un modèle qui a été fort décevant pour ceux qui espéraient que la physique moderne allait enfin confirmer la solidité de l'Univers matériel et justifier un système de valeurs essentiellement matérialiste et tout ce qui s'ensuit.
Comment la physique pourrait justifier un système de valeurs matérialiste? Qui essait de justifier ses valeurs avec la physique? Tsé si je prends mes valeurs de la physique, je vais me dire "Bah, je peux massacrer qui je veux, au fond c'est juste des déplacements d'atomes, des transformations de matière/énergie" ce n'est pas la physique qui va nous dicter la différence entre le bien et le mal. C'est plus la religion, la philosophie, la psychologie ou même la biologie. Mais la physique c'est trop déconnecté de notre réalité quotidienne pour que ça l'influence.

Pour ce qui est de l'approche qui veut que chaque partie soit étudié dans son tout, c'est exactement celle que les sciences humaines ont en ce moment. D'ailleurs, dans un de mes travaux d'université, j'avais écris les phrases suivantes :
"L'Univers qui nous entoure est un continuum. La façon dont on le découpe ne peut être qu'arbitraire. Toutefois, si l'on ne se donne pas des catégories, toute étude devient impossible. Il faut simplement prendre conscience de nos biais."
Ce qui m'avait valu un beau "Oui!" écris dans la marge de la part de la correctrice. C'est dire à quel point cette conception des choses est ancrée dans la méthodologie des sciences humaines. En fait, les sciences sociales sont constamment en dilemme entre :
1. une sorte de relativisme holistique qui rejète tout modèle, toute loi, toute catégorisation, faisant en sorte que l'anthropologie se nie elle-même,
2. une vision plus pragmatique mais jugé arriéré puisque les modèles qu'elle expose ne sont pas représentatif de la réalité (par exemple, le modèle de la généalogie des langues qui ne tient pas compte du fait que deux langues s'influencent même si elles n'ont pas d'ancêtre commun)
Donc tout ça pour dire que finalement on a deux choix :
a) comprendre mais se tromper
b) avoir raison mais ne rien comprendre
Nos cerveaux humains sont limités.

Je vais lire le reste du texte plus tard.
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Messagede Cosmique » Ven Avr 07, 2006 1:08 pm

Qui essait de justifier ses valeurs avec la physique? Tsé si je prends mes valeurs de la physique, je vais me dire "Bah, je peux massacrer qui je veux, au fond c'est juste des déplacements d'atomes, des transformations de matière/énergie" ce n'est pas la physique qui va nous dicter la différence entre le bien et le mal. C'est plus la religion, la philosophie, la psychologie ou même la biologie. Mais la physique c'est trop déconnecté de notre réalité quotidienne pour que ça l'influence.


Vous sous-estimez l'impact des sciences sur les philosophies, et celles des philosophies sur les valeurs humaines.

Je vous ai répondu davantage sur ce point dans ce message du fil "Oui à l'Intelligent design".

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Messagede Feel O'Zof » Ven Avr 07, 2006 1:18 pm

Des sciences humaines oui. Tsé si j'éduque les gens sur les traditions des autres pays, le racisme va diminuer. Mais si j'éduque les gens sur la physique subatomique, qu'ess ça va changer dans mes valeurs morales? Je vais pas devenir soudainement plus charitable avec autrui parce que j'ai appris qu'un neutron avait deux down et un up. Ça n'a aucun impact de cette façon.
Mais ça pourra, par contre, modifier ma conception de l'Univers, donc me faire rejeter celle de ma religion, donc me faire remettre en question ma religion, et donc, finalement, me faire aller chercher mes valeurs morales en dehors de ma religion.
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Messagede Cosmique » Ven Avr 07, 2006 4:54 pm

Des sciences humaines oui.


Si vous voulez. Je n'ai pas dit que l'impact de la physique moderne se ferait directement. Il se fait déjà sentir chez de nombreux penseurs. En fait, comme vous l'avez vous-même constaté, les idées philosophiques qui découlent de la physique moderne ne sont pas nouvelles. La physique moderne ne fait que réhabilliter des idées que la pensée scientifique classique, la pensée mécaniste, avait dénigrées. Voilà pourquoi l'impact de cette physique moderne est beaucoup plus significatif que vous semblez le penser.

Mais cela dit, cet impact est encore trop timide. Capra n'est pas le seul à s'en navrer. La pensée mécaniste matérialiste est vraiment très fortement incrustée dans les mentalités. Des commentaires du type de celui de zor dans le fil résumant notre débat, on risque d'en voir encore longtemps.

zor a écrit:je n'ai pas tout lu mais je tiens quand même à dire ceci :

L'être humain est un amas d'atômes comme les autres. Va falloir vous y faire un jour ou l'autre. Il n'y a rien de magique dans l'être humain ni dans sa création.

La section sociologie religion et philosophie manque vraiment de rigueur en général.


En bref, zor nous dit que rien ne sert de lire à fond sur le sujet, que tout a déjà été dit, que l'être humain n'est qu'un "amas d'atôme" (sic) et que cela explique tout. :roll:

Devant une telle démonstration de "rigueur" philosophique, les penseurs de mon genre n'ont qu'à aller se rhabiller. :shock:

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Messagede Pierre Desmond » Sam Mai 06, 2006 2:45 pm

très intéressant
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Messagede SOLID AIR » Mar Mai 23, 2006 8:54 am

Merci Cosmique,

Articles très intéressants. C'est le genre de réflexion qui m'anime depuis que j'ai l'âge de réfléchir (et ça fait un certain temps!!!). Je me suis même amusé à écrire un roman de S-F, à partir de telles réflexions.

Je suis passionné de physique et d'astronomie, quoique non érudit (loin de là!). Le changement de paradygme abordé par F. Capra est lent, mais je crois qu'il s'effectue tout de même de façon soutenue. Les mouvements écologistes en témoignent, le concept Gaïen de notre environnement s'implante dans la conscience populaire. De plus en plus de gens ont conscience de faire partie d'un tout, sinon cosmique, au moins Gaïen, ou terrestre. Même dans les sciences sociales, les approches actuelles abordent les problématiques sur une base systémique. Cela m'apparaît déjà être un pas qui est fait vers la conscience de faire partie de la «soupe énergétique» qu'est l'Univers! Le paradygme n'est cependant pas très accessible par l'ensemble de la population, ce qui, selon moi, doit freiner les changements structurels auxquels ont pourraient s'attendre.
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Messagede SOLID AIR » Mar Mai 23, 2006 8:59 am

Feel O'Zof a écrit:J'ai lu le début et je comprends son contenu.

Mais je pense que ces gens ont trop d'attentes par rapport à la physique. Ce n'est pas la physique qui nous dicte notre système de valeurs. Ça n'a aucun rapport tant qu'à moi.


Ce n'est pas la physique qui dicte nos valeurs, mais notre compréhension de l'Univers et de notre «raison d'être» dans celui-ci. Cette compréhension repose cependant en grande partie sur ... la physique!
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Messagede Cosmique » Mer Jan 02, 2008 1:18 pm

«Les découvertes les plus récentes de la physique imposent une révision radicale du concept classique de causalité. Ce que la physique quantique a montré, c’est que la réalité est fondamentalement non-locale. L’univers tout entier contribue à l’apparition de chaque événement. Ce qui est ici n’est pas séparable de ce qui est là-bas. Il est même possible de montrer qu’au niveau du champ unifié d’où naissent ce que nous appelons les particules, il existe une corrélation infinie des événements. Une information en un point est instantanément présente en un autre point, sans qu’il y ait transport, et donc plus vite que la vitesse de la lumière. Einstein rechignait devant pareille possibilité. On a monté le paradoxe Eintein-Podolski-Rosen pour mettre la théorie quantique au défi. Mais l’expérimentation a tranché en faveur de la théorie quantique, en validant l’idée même de l’inséparabilité des événements. L’univers, tel que nous le découvrons aujourd’hui, n’est plus une sorte de « boîte vide », contenant des « choses », comme le croyait Newton. Il ne se pense plus dans un paradigme strictement mécaniste, tel que celui qui a été légué par la Modernité. Il est une immense et unique fonction d’onde, d’une énergie en constante transformation, en constant déploiement, dans un univers en constante expansion. Ce que nous appelons les « objets » ne sont que la condensation d’un champ qui, à notre échelle de perception, paraît solide. Ce que nous appelons les « processus de causalité » sont des déploiements d’une fine peau qui tient ensemble les événements. L’univers n’est pas et n'a jamais été un ramassis de phénomènes isolés.»

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Messagede Jobserve » Mer Jan 02, 2008 4:31 pm

Cosmique a écrit:Jacques Languirand rencontre Fritjof Capra
(Montréal, le 28 janvier 1988)

F. C. : Je suis un peu frustré aussi, mais je suis également en contact avec le développement nouveau, avec les organisations, les mouvements nouveaux et je trouve qu'il y a quand même beaucoup de choses qui se passent. Mais plus en-dehors de la science que dans la science. Et je crois que ce mouvement, ce changement de paradigme, cette émergence d'une nouvelle conscience est quelque chose de beaucoup plus large que la science. Et qu'en effet la plupart des scientifiques s'obstinent à suivre ce chemin. Quand on pense, par exemple, qu'aux États-Unis, et probablement aussi au Canada, la plupart de la recherche scientifique est dédiée à la recherche militaire…. Vous vous rendez compte qu'aux États-Unis le budget de la recherche militaire comprend 76 % du budget scientifique! C'est énorme...

J. L. : Ce n’est pas d'un niveau de conscience très élevé... Ça ne correspond pas du tout à la vision qu'on pouvait espérer que la physique aurait déclenchée.

F. C. : Comme je dis souvent, les physiciens travaillent à des théories, à des modèles qui nous montrent l'unité de tout l'Univers et après ils rentrent à la maison. Ils agissent d'une façon extrêmement newtonienne quand il s'agit de choses politiques, financières, de recherche militaire, non militaire.

J. L. : Évidemment, c'est une dichotomie avec laquelle on sera probablement obligé de vivre encore pendant un certain temps parce que l'évolution des mentalités, ça se fait toujours très lentement. Est-ce que ce qui représente cette pensée dans le monde de la biologie ou le monde des sciences sociales, c'est finalement l'approche holistique, l'approche systémique?
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Évolutions ou involutions des mentalités? Je me pose la question?
Si cette dichotomie a évoluer c'est dans sa capacité de faire plus de morts par bombe. Bravo a la morale Newtonienne dont parle Fritjof Capra!

http://video.google.ca/videoplay?docid= ... 8182965788

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Messagede Myriade » Mer Jan 02, 2008 5:52 pm

Chaque cause particulière est elle-même causée par un univers de causes particulières. Je suis le produit de mes parents qui sont le produit des leurs, et peu importe la vérité étroite et petite de notre science généalogique incapable de détecter l'intervention d'un ex-laitier extraterrestre, il est certain que l'enchaînement des causes n'est pas linéaire, plutôt multiple et infini.

L'infini est infiniment sa propre cause à tout moment et en toute chose.

Bonne année 2008 après Jésus, cher Cosmique! Je vous lance ma plus belle poignée d'étoiles pour la qualité exceptionnelle de votre contribution. XXX
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Messagede Cosmique » Jeu Jan 03, 2008 2:05 am

Bonne année 2008 à vous aussi Myriade !








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Messagede Cosmique » Jeu Jan 03, 2008 2:06 am

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Messagede Cosmique » Dim Jan 06, 2008 1:27 am

« Lorsque ceci est, cela est ; lorsque cela émerge, ceci émerge ; lorsque ceci n’est pas, cela n’advient pas ; la cessation de cela entraîne la cessation de ceci. » Bouddha Sakyamuni

« L’écologie, entendue au sens large, met en évidence l’interdépendance fondamentale de tous les phénomènes et notre intégration (donc en définitive notre dépendance) aux processus cycliques de la nature, en tant qu’individu et que société. » Fritjof Capra

Ces deux déclarations énoncent la réalité de l’interdépendance. Une révolution qui implique le dépassement de l’individualisme et l’intégration harmonieuse de l’humain dans la nature. La première citation du Bouddha Sakyamuni, qui vécut il y 2500 ans en Inde, et la seconde du scientifique Fritjof Capra, résument les convergences de vue sur la nature de la réalité telle que l’envisage le Dharma, les enseignements du Bouddha, et l’écologie issue des sciences contemporaines.

La tradition du Bouddha est fondée sur la compréhension et le vécu de l’interdépendance et de la compassion. Qu’est-ce que « l’interdépendance » ? C’est la réalité selon laquelle aucun phénomène n’existe en tant qu’entité indépendante, autonome, monolithique ; aucun phénomène n’existe par lui-même, de lui-même et pour lui-même, pas même « Moi ». Cette vision est holistique, c’est-à-dire globale ou universelle ; elle a des implications immenses à plusieurs niveaux : extérieur – en ce qui concerne la vision du monde dans lequel nous vivons –, intérieur et personnel, ainsi que dans la nature des relations que nous entretenons entre l’intérieur et l’extérieur, avec nous-même, nos semblables et avec notre environnement.

Dans cette perspective de l’interdépendance holistique, toutes les réalités de l’univers s’interpénètrent et se reflètent les unes dans les autres, de telle sorte qu’un atome dans l’ordre microscopique est à l’image de l’univers dans l’ordre macroscopique et qu’un atome contient autant d’univers qu’un univers contient d’atomes. […]

La compassion est la nature de l’interdépendance

Ce que l’on appelle la compassion est la nature de cette expérience de l’interdépendance qui s’exprime dans la formule traditionnelle : « Tous les vivants aussi nombreux que vaste est l’espace sont nos propres mères. » C’est une façon engageante et sensible de dire que nous sommes aujourd’hui, en tant qu’être humain, un maillon de la chaîne du vivant dont la genèse remonte aux origines de la vie ; nous sommes donc les enfants de tous les vivants. La vie que nous sommes est redevable à toutes les formes de vie. « Tous les vivants sont nos propres mères » est une expression de la solidarité de tous les vivants dans l’aventure de la vie.

Dans cette perspective, la compassion est finalement la nature du lien, conscient ou inconscient, qui relie (de gré ou de force !) tous les êtres. Il ne s’agit pas d’une vision angélique niant la mort et la violence, mais d’une intelligence qui comprend la vie non pas comme le contraire de la mort, mais comme naissance et mort. Dans la perspective du Bouddha, la vie est un cycle – sans début ni fin – de naissances et de morts : naissance, croissance, dégénérescence et mort, renaissance et re-mort ; printemps, été, automne, hiver, printemps... Les conditions d’émergence de la vie que nous sommes tiennent en un mot : harmonie. La délicate adéquation des systèmes physiologique, biologique, écologique qui rendent l’existence et son bonheur possibles est harmonie. Une réalité que la science contemporaine et l’écologie redécouvrent.[…]

La réalité de l’interdépendance démontre que les cloisonnements hermétiques et les antagonismes univoques n’existent pas dans la nature. La découverte de l’aspect artificiel des séparations permet de prendre conscience à quel point les représentations mentales finissent par former une bulle humaine et rien qu’humaine qui nous coupe de la réalité vivante. La percée de cette bulle ou sa transparence est ce qui ouvre aux implications existentielles de l’interdépendance, c’est-à-dire notre pleine participation à la réalité de l’autre, que cela soit mon semblable ou l’environnement.

Ces dimensions participative, empathique et coopérative sont des aspects de ce que l’on appelle, dans le Dharma, « compassion ». C’est une dynamique de coopération, d’inter-être, que l’on retrouve à l’œuvre dans tout système vivant dont la dynamique centrale consiste à maintenir à la fois son harmonie interne et avec son environnement, en d’autres termes à préserver son homéostasie.

« Prends tes leçons dans la nature », disait Léonard de Vinci. S’il est vrai que l’harmonie préside à la vie de la nature, l’humain qui en fait partie intégrante, tel un fil dans la toile de la vie, n’aurait qu’à imiter la nature pour réaliser ce à quoi il aspire de tout son cœur avec tous les vivants : le bonheur, c’est-à-dire vivre en harmonie avec ses semblables et avec son environnement. […]

Ainsi, l’interdépendance et la compassion – les deux principes fondateurs et dynamiques de la voie du Bouddha – sont des réalités « naturelles ». L’interdépendance signifie que l’individualisme, si cher à notre époque moderne, est une illusion contre-nature. Ce fantasme d’un « individu » séparé et omnipotent est la source d’une lutte permanente, qui consiste essentiellement à maintenir cette illusion de la séparation, comme si elle était vitale alors qu’elle est létale ! Bref, cette erreur d’appréciation du réel est, selon les enseignements du Bouddha, la source du mal-être personnel et collectif. Le bonheur ne peut être réalisé en contradiction avec la réalité, il ne peut l’être qu’en harmonie avec celle-ci. C’est-à-dire dans un esprit et une conduite altruiste. Car je ne peux réaliser mon bonheur seul en l’opposant à celui d’autrui. Cela est vrai aux plans personnel, familial, social, politique, géopolitique et écologique.

Dans le monde global où nous vivons, la défense des intérêts particuliers à court terme de l’humanité en opposition à ceux de la planète à long terme, ceux des pays riches en opposition à ceux des pays pauvres, les miens contre ceux d’autrui, etc., sont des attitudes aveugles et suicidaires. Comme le dit le Dalai Lama : « Dans ce contexte [celui de la globalisation] de nouvelles interdépendances, prendre en compte les intérêts des autres est à l’évidence la meilleure manière de servir nos propres intérêts. »

L’interdépendance et la nouvelle interprétation scientifique de la vie

Aujourd’hui, cette vision de l’interdépendance est au cœur d’une nouvelle interprétation scientifique de la vie, qui remet en cause de façon décisive les paradigmes anciens selon lesquels l’univers serait un système mécaniste, le corps humain une machine, la vie en société une lutte compétitive pour exister, le progrès matérialiste sans limite et passant forcément par la croissance économique et technologique ainsi que par la domination de l’homme sur la femme.

La nouvelle interprétation scientifique des systèmes vivants dont Fritjof Capra offre une synthèse magistrale dans son ouvrage intitulé La Toile de la Vie, s’appuie sur les découvertes fondamentales réalisées ces dernières années dans les sciences cognitives, incluant un faisceau de disciplines complémentaires telles que la physique quantique, les mathématiques de la complexité, la biologie, la psychologie, etc.

Dans ce contexte, l’émergence de la pensée systémique – fondée sur l’interdépendance des phénomènes et l’idée qu’il n’est possible de comprendre les caractéristiques des parties qu’à partir de l’organisation du tout, celui-ci étant plus que la somme de ses parties – offre les bases conceptuelles holistiques de la science actuelle et à venir. Ces perspectives ouvrent sur une perception renouvelée de la vie qui a des répercussions essentielles, non seulement dans les domaines de la science et de la philosophie, mais aussi de l’économie, de la politique, de la santé, de l’enseignement et de la vie quotidienne.

L’essence de ce nouveau paradigme, qui correspond à une véritable révolution copernicienne, rejoint les fondements de l’intelligence spirituelle et pragmatique des traditions anciennes et notamment du bouddhisme, qui ont su pendant des millénaires intégrer l’habitant et l’habitacle, la vie humaine et son environnement dans une économie harmonieuse avec la nature.

Or, comme le dit Capra, « les problèmes majeurs de notre époque (surpopulation, pauvreté, pollutions, baisse de la biodiversité, conflits, etc.) ne peuvent être abordés séparément. Ils sont systémiques, c’est-à-dire interdépendants. Le fond commun de nos difficultés semble être la perception parcellaire que nous avons de nous-même et du monde. En définitive, tous ces problèmes doivent être examinés comme les différentes facettes d’une même crise – qui se traduit surtout par une crise de la perception ».

Se réconcilier avec une perception juste

Voilà donc une percée fondamentale sur les causes de la crise écologique : une crise de la perception. Cette analyse rejoint celle du Dharma pour expliquer la cause de la dysharmonie : l’ignorance. Une perception erronée vient d’une erreur d’appréciation, plus précisément de l’occultation ou de l’ignorance de la perception juste.

Existe-t-il un remède à cette crise ? Il y en a certainement plusieurs auxquels participe la nouvelle conscience écologique planétaire et qui concerne tous les domaines de la société. Quelle peut être la contribution de la tradition du Bouddha dans ce contexte ?

D’une façon générale, la tradition du Bouddha dans sa dimension universelle et holistique, est une tradition spirituelle et éthique non confessionnelle et agnostique. Dépassant les querelles théologiques ou idéologiques, elle peut jouer un rôle de réconciliation : réconciliation de l’humain avec lui-même dans l’expérience de l’interdépendance et de la compassion se substituant à la culpabilité ; réconciliation du corps et de l’esprit dans la découverte de leur harmonie non duelle ; réconciliation de l’humain et de la nature dans une écologie holistique ; réconciliation de la nature et de la culture dans une anthropologie fondamentale ; réconciliation de la pensée et de la vie dans une incorporation de l’activité sensorielle et mentale ; réconciliation de la science et de la spiritualité dans une alliance des intelligences ; réconciliation des traditions spirituelles et de la société dans une compréhension de l’unité dans la diversité, etc.

L’art de rétablir la libre circulation des flux naturels

Plus concrètement, la tradition du Bouddha peut aussi nous aider à faire l’expérience vécue de l’interdépendance et de la compassion, et à changer de mentalité pour redécouvrir une relation juste avec la terre. Comme l’écrit lama Denys Teundroup, « la vie est fondamentalement harmonie. Comprendre l’interdépendance qui relie tous les phénomènes et adopter une attitude de non-agression est le plus sûr moyen de maintenir cette harmonie en nous et de préserver les équilibres de notre environnement aux niveaux local et mondial. Il n’y a pas d’habitant sans habitacle, pas de vie sans milieu vital, l’habitant qu’est ce corps dépend de sa bio-niche et je suis fait de ce qui est autre que moi. La vie que je suis est autant là qu’ici. Et “là”, c’est-à-dire la bio-niche autour de moi, est tout aussi importante pour ma vie que celle que je vis en moi habituellement ; c’est la même vie qui est une et tous les éléments qui composent la vie sont interdépendants. L’art de rétablir la libre circulation des flux naturels peut aussi se nommer “écologie sacrée” : l’harmonisation des terriens dans leur biosphère, la réintégration harmonieuse de l’homme dans son milieu.

« Il s’agit simplement de retrouver une relation saine avec son propre corps, le corps du souffle et le corps de l’environnement. Il s’agit de redécouvrir le lien charnel qui nous unit à la terre et aux éléments et, dans l’intelligence de l’unité, respecter la diversité, la variété, que ce soit celle des humains ou celle du vivant, la biodiversité. Il s’agit aussi de retrouver l’amour de la terre mère. “Aime la terre comme toi-même, car tu es terre : de la terre tu es venu et à la terre tu retourneras, de la terre des ancêtres émergé, à la terre des ancêtres retourné.” Cette terre qui, labourée, continuera à soutenir la vie des enfants et de leurs enfants pour les générations à venir. Il est ainsi vital pour l’espèce humaine que nous développions un lien émotionnel avec la terre-mère, avec la nature. Face aux grands problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui, il convient de rappeler cet élément central qui est que le changement passe par celui des mentalités. Il s’agit d’opérer une révolution de mentalité. »

Pratiquer le Dharma : un acte géopolitique

Enfin, les enseignements du Bouddha dont l’authenticité, la cohérence et l’opérativité ont été préservés de génération en génération jusqu’à aujourd’hui, peuvent nous apporter des moyens et des méthodes pratiques de transformation de soi et du monde. Ceux-ci sont fondés essentiellement sur trois apprentissages : une intelligence visionnaire de la nature des phénomènes, une expérience profonde de la nature de la perception et une discipline éthique de non-violence.

L’intelligence visionnaire se développe dans la compréhension de l’interdépendance des phénomènes extérieurs et surtout dans la dimension cognitive de l’interdépendance. C’est-à-dire la compréhension du fonctionnement de notre esprit ou des modalités de la connaissance. Il s’agit d’apprendre à découvrir la structure, le tissu cognitif de notre expérience vécue et finalement de découvrir la nature de ce que nous sommes ou la nature de ce qui constitue nos perceptions : le sujet (celui qui perçoit) et l’objet (ce qui est perçu).

L’expérience profonde de la perception se dévoile dans ce que l’on appelle la méditation ou plus justement contemplation. Il s’agit d’apprendre à rester immergé dans une présence sensorielle ouverte, claire et sensible ; ouvert à l’expérience de la nature et de notre nature, d’instant en instant, dans la simplicité et l’authenticité. Les perceptions sensorielles sont les portes d’accès au réel. Les six sens (dont le mental) sont les domaines, la structure et les moyens d’une compréhension authentique de la nature et du rapport que nous entretenons avec notre environnement intérieur et extérieur.

La discipline éthique est essentiellement la pratique de la non-violence vis-à-vis de soi-même, d’autrui et de l’environnement. Elle est fondée sur la règle d’or qui dit : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne souhaiterais pas que l’on te fasse. » L’éthique du Dharma est une éthique d’harmonie et de santé qui aide à retrouver la santé fondamentale naturelle inhérente à la vie. Il ne s’agit pas de cultiver le bien contre le mal, mais de se rendre disponible et réceptif aux actes du corps, de la parole et de l’esprit, facteurs d’harmonie et de bonheur pour soi et pour autrui.

Aujourd’hui, ce type de démarche, pratiquer le Dharma, est non seulement un engagement personnel et intime libérateur mais aussi, comme l’écrit Peter Timmerman, « un acte géopolitique, car tout ce que nous faisons ajoute ou diminue le fardeau que fait peser l’humanité sur la terre. C’est aussi un acte géopolitique, car étant donné la dévotion continuelle envers la consommation, l’une des actions les plus radicales que nous puissions mettre en œuvre dans notre société est de consommer moins, de méditer assis tranquillement dans une pièce ou d’essayer et de voir clairement qui nous cherchons à être. Et enfin pratiquer le dharma est un acte géopolitique, car cela offre un espace de travail dans lequel nous pouvons demeurer à l’écart de l’agressivité de notre société et considérer des alternatives ».

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Messagede Sebb » Lun Jan 07, 2008 2:37 pm

Salut Cosmique. Bonne année. Kapra est intéressant en effet. J'ai déjà lu un peu. Je reviendrai sur ce fil. La physique qui se lie à la philosophie, c'est de la fusion cérébro-atomique c't'affaire-là !
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Messagede Cosmique » Mar Jan 08, 2008 10:02 pm

Bonne année à vous pareillement Sebb ! :D








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Messagede Cosmique » Mar Jan 08, 2008 10:03 pm

LE PARADIGME SYSTEMIQUE

La systémique n'est pas une nouvelle science qui viendrait s'ajouter aux disciplines reconnues comme la chimie, la biologie ou la psychologie ou l'anthropologie. Ce n'est pas une nouvelle méthode de management, de thérapie, d'enseignement ou de jardinage. Ce n'est pas non plus un nouveau discours philosophique.

En fait, c'est une autre vision du monde qui, certes, se manifeste sur les plans scientifique, pratique et philosophique, mais, surtout, met en cause les fondements de notre interprétation du monde. C'est un nouveau paradigme.

Cette vision se distingue de la vision scientifique dominante aujourd'hui qui est issue de la révolution culturelle de la Renaissance. A cette époque, en effet, le modèle scolastique du monde médiéval fut peu à peu remplacé par le modèle empirico-rationaliste, fondé sur l'observation de la nature et la modélisation logico-mathématique.

Ce modèle mécaniste - car issu de la mécanique - qui nous paraît toujours la seule voie pour comprendre le monde, cache en fait un certain nombre de présupposés qui sont rarement explicités et dont l'un des principaux est le réductionnisme. Celui-ci est basé sur la croyance que toute situation, aussi complexe soit-elle, peut être comprise en la réduisant en parties plus simples, plus faciles à comprendre. Les molécules seraient réduites à des combinaisons d'atomes, les cellules vivantes à des réactions physico-chimiques, la société serait comprise grâce à la psychologie - voire la biologie - des individus, la pensée par la physiologie du cerveau, etc.

La vision systémique, elle, considère le monde comme un vaste système dynamique irréductible constitué d'un réseau complexe de sous-systèmes interdépendants - donc inséparables - dont nous faisons aussi partie. Cette vision remet en cause la plupart des présupposés du paradigme empirico-analytique, en particulier:

- le réalisme (il y a une réalité indépendante et connaissable),
- le matérialisme (cette réalité est matérielle) et
- le dualisme (il y a le monde matériel des choses et le monde idéel des lois immatérielles que suivent les mouvements des choses) .


Dans l'approche systémique, ces présupposés ne sont pas rejetés d'emblée, mais considérés comme des approximations qui ne sont valables que dans des cas simples.

Le réductionnisme est remplacé (ou élargi) par la prise en compte des interdépendances entre les parties, le réalisme naïf est remplacé par la prise en compte du fait que nous faisons nous-mêmes partie de la nature que nous essayons de nous représenter, que nous y agissons, donc modifions notre environnement. Ainsi la notion de réalité donnée, indépendante de nous, perd de sa pertinence. Le matérialisme, c'est-à-dire la croyance que le monde se réduit à la matière, est remplacé par une vision plus globale intégrant en un tout cohérent la matière - l'état actuel des choses - et les "lois" immatérielles - les états futurs possibles.

SYSTEMES COMPLEXES

L'approche systémique n'est donc pas une spécialité nouvelle qui s'ajouterait aux autres mais une grille de lecture qui affecte toutes les disciplines, surtout celles qui traitent de systèmes complexes comme la biologie, l'écologie, les sciences sociales et économiques, les sciences cognitives et les sciences humaines en général. Le paradigme systémique laisse entrevoir la possibilité de mieux comprendre la nature des phénomènes complexes de type holistique, comme la vie et la conscience, difficiles à traiter par des approches réductionnistes et matérialistes. Malheureusement, on réalise également qu'il n'est pas possible de modéliser dans tous les détails les situations concrètes complexes, donc qu'il est impossible de prévoir l'avenir avec précision: le principe de précaution remplace la prétention de prévoir. Le paradigme systémique concerne moins le quantitatif (la grandeur) que le qualitatif (le sens).

Le paradigme systémique ne se réduit pas à une mise en cause abstraite des présupposés philosophiques - épistémologiques et ontologiques - sur lesquels repose notre description des phénomènes du monde. Il inclut également, sur un plan plus opérationnel, de nouveaux outils conceptuels pour interpréter et comprendre la nature, en particulier les systèmes complexes et auto-organisants, comme les organismes vivants, les écosystèmes, les systèmes sociaux, économiques et cognitifs. A partir des années 1950, on a commencé à réaliser que, fondamentalement, ces entités étaient organisées sur la base des mêmes structures et des mêmes principes: rétroactions, structures dissipatives, auto-organisation, dynamique non linéaire (théorie du chaos), fractales, bifurcations, etc. , qui constituent les ingrédients d'une théorie générale des systèmes complexes.

LES DEFIS DE LA SOCIETE ACTUELLE

A ces plans philosophique et scientifique vient s'ajouter, last but not least, le plan de l'action, c'est-à-dire l'application concrète de ces nouvelles connaissances - pas encore suffisamment connues d'ailleurs - à la gestion des affaires humaines, en particulier aux défis posés par la complexité croissante de la société contemporaine. C'est précisemment l'objectif du dernier livre de Fritjof Capra, Les connections cachées. Capra est un des auteurs les plus actifs dans la diffusion du nouveau paradigme. Après Le Tao de la physique (1979) consacré aux correspondances entre la théorie quantique et certaines philosophies orientales, et Le Temps du changement (1983) qui décrit la transition entre la vision mécaniste cartésienne et newtonienne dominante et l'approche systémique, il présenta, avec La Toile de la vie (2003), les principales notions de la cybernétique et de la dynamique non linéaire, indispensables pour comprendre l'émergence et l'évolution de la vie telles qu'on se les représente aujourd'hui.

Dans Les connections cachées (2004), il s'appuie sur ces notions récentes pour comprendre non seulement la logique de la vie mais également la dynamique de la société complexe d'aujourd'hui et en tirer quelques principes d'action. L'observation de l'évolution de la société ces dernières décennies fait apparaître un certain nombre de dérives mettant en péril sa survie: épuisement des ressources, modifications climatiques et environnementales, interférences entre les exigences du marché en voie de globalisation et les besoins et aspirations de l'homme. Capra tente, avec les nouveaux outils de la théorie des systèmes complexes, de comprendre pourquoi il en est ainsi, et surtout dans quelle direction changer nos représentations et nos comportements pour que l'humain puisse continuer à réaliser ses aspirations.

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Messagede Myriade » Mar Jan 08, 2008 10:56 pm

Le paradigme systémique ne se réduit pas à une mise en cause abstraite des présupposés philosophiques - épistémologiques et ontologiques - sur lesquels repose notre description des phénomènes du monde. Il inclut également, sur un plan plus opérationnel, de nouveaux outils conceptuels pour interpréter et comprendre la nature, en particulier les systèmes complexes et auto-organisants, comme les organismes vivants, les écosystèmes, les systèmes sociaux, économiques et cognitifs.


Lors du printemps 1995, mon fabricant extraterrestre m'a dit par la pensée qu'en attendant de trouver le nom de mon Père, je pouvais l'appeler Cyborg.

Ce nom m'a rappelé un mot : cybernétique. J'en ai cherché le sens dans mon petit Larousse 1987 : (du grec kubermân, diriger) Science qui étudie les mécanismes de communication et de contrôle dans les machines et chez les êtres vivants.

Dans mon petit Larousse 2004, ça donne : Étude des processus de commande et de communication chez les êtres vivants, dans les machines et les systèmes sociologiques et économiques.

«Satan» est un maître de la cybernétique.
Si Satan veut nous détruire, pourquoi m'a-t-il conçu?
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