Publié le 15 janvier 2011 à 05h00 | Mis à jour à 05h00
Bulletin des villes: Québec et Montréal les plus chères à déneiger...
Le Soleil
(Québec) Déneiger un kilomètre de rue à Québec et Montréal coûte trois fois plus cher qu'à Sherbrooke. Les dettes par habitant de Montréal, Terrebonne et Québec sont deux fois plus élevées que celles de Lévis et de Saguenay. Les aqueducs de Longueuil brisent deux fois plus souvent que ceux de Montréal et de Québec.
Ces données surprenantes obtenues par Le Soleil sont tirées des «indicateurs de gestion» que toutes les municipalités québécoises doivent envoyer chaque année au ministère des Affaires municipales. Méconnues, ces mesures de performance créées en 2003 permettent aux Villes de se comparer entre elles même si, pour ménager les susceptibilités, tous les résultats sont rendus anonymes afin d'éviter - ironiquement - les comparaisons publiques.
Mais à l'heure où l'administration Labeaume dit vouloir permettre aux citoyens de la capitale d'évaluer la performance de leurs services municipaux et les comparer aux autres villes, Le Soleil s'est prêté à l'exercice en utilisant ces rares données comparables. En vertu de la Loi sur l'accès à l'information, il a donc été demandé aux 10 villes québécoises de plus de 100 000 habitants de fournir leurs indicateurs de gestion.
Les données recueillies permettent notamment de constater l'important écart entre le coût du déneigement à Montréal et Québec par rapport aux huit autres grandes villes. Déblayer une voie d'un kilomètre a coûté tout près de 15 000 $ dans la métropole et 13 000 $ dans la capitale en 2009, deux fois plus que la moyenne des huit autres grandes villes. Cette mesure du Ministère est obtenue en divisant le montant total investi dans les opérations neige par le nombre de kilomètres de voies.
«Faire une comparaison des coûts versus le kilométrage de rues, ce sera toujours difficile. Il y a plusieurs variables qui entrent en ligne de compte», tempère Yves Gravel, directeur de l'unité propreté et déneigement à la Ville de Montréal. La métropole dit être obligée de ramasser la neige sur une importante partie de son territoire - 90 % pour être précis -, contrairement à plusieurs municipalités qui peuvent se contenter de souffler le tout sur les terrains privés bordant les rues. Les propriétés souvent adossées directement aux trottoirs empêchent en effet tout soufflage. La capitale aussi doit ramasser la neige sur le tiers de son territoire.
Or le ramassage coûte très cher. Chaque souffleuse nécessite entre 12 et 15 camions pour transporter la neige jusqu'aux dépôts, selon Yves Gravel. À elle seule, Montréal doit gérer 29 lieux pour se débarrasser ou entreposer la neige couvrant les 9141 km de son réseau routier. Québec en compte pour sa part 14.
La capitale souffre d'un «handicap» supplémentaire par rapport à la métropole puisqu'elle reçoit généralement davantage de neige. En 2009, Québec en a reçu 258 cm, contre 173 cm à l'autre bout de l'autoroute 20.
Chaque centimètre a une influence immense sur le coût du déneigement. Les précipitations records de 2008 avaient d'ailleurs fait grimper le prix pour déblayer un kilomètre à 22 917 $ dans la métropole, ensevelie sous 373 cm de neige, et à 16 657 $ dans la capitale, qui avait croulé sous 494 cm.
Entre également en ligne de compte la qualité de service offert aux citoyens. Déneiger les rues de Montréal prend de quatre à cinq jours puisque l'administration municipale a décidé de déblayer un seul côté de rue à la fois afin d'accommoder les automobilistes. Québec agit de façon beaucoup plus rapide, mais doit interdire à ses citoyens de se garer dans la rue le temps des opérations.
Pour réduire ses coûts, la capitale a décidé voilà quelques années de déneiger seulement un trottoir sur deux dans ses quartiers résidentiels. Une telle pratique est toutefois impensable dans la métropole devant la quantité de piétons.
Pour diminuer leurs frais de déneigement, certaines villes ont également réduit au minimum l'épandage d'abrasif dans les rues peu achalandées des quartiers résidentiels, comme à Saguenay. «Ça coûte moins cher de sel, moins cher de sable. Ça coûte donc moins cher de personnel qui doit l'étendre», s'emballe son maire, Jean Tremblay, dans une vidéo mise en ligne.
De plus, l'élimination des abrasifs réduirait d'autres frais de la Ville, notamment en réduisant le nombre de bris d'équipement, la quantité de sable se retrouvant à l'usine d'épuration des eaux et le nettoyage des rues au printemps.
Montréal dit étudier notamment cette solution de «quartiers blancs» afin de diminuer le coût de ses opérations neige. «Mais quand on veut changer quelque chose à Montréal, étant donné la dimension et l'impact sur une population de 1,6 million de citoyens, il faut qu'on soit sûr. On ne peut pas prendre le risque de développer des choses trop rapidement. On doit s'appuyer sur des études», dit Yves Gravel. Reste que ce dernier reconnaît qu'il sera difficile, voire impossible, de rendre le déneigement aussi économique qu'à Saguenay.
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