Plagiat à TVA : Le journaliste accuse son ex-employeur

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Plagiat à TVA : Le journaliste accuse son ex-employeur

Messagede TheEggman » Ven Juin 18, 2010 12:01 am

Plagiat à TVA – Le journaliste Stéphane Malhomme accuse son ex-employeur
Nouvelles générales - Enjeux
Écrit par RueFrontenac.com
Jeudi, 17 juin 2010 18:24
Mise à jour le Jeudi, 17 juin 2010 21:47

Le journaliste Stéphane Malhomme, qui a été mis à la porte de TVA à la fin mai pour avoir copié un texte de RueFrontenac.com dont des paragraphes entiers ont été publiés dans Le Journal de Montréal et sur le site Web du Canal Argent, accuse son ex-employeur de l'avoir poussé au plagiat.

Dans une ultime tentative de laver sa réputation, il a fait parvenir à plusieurs médias une longue lettre expliquant le contexte difficile dans lequel il a repris intégralement des passages d'un texte du journaliste Martin Bisaillon sur l'ex-financier Martin Tremblay. Il y présente du même coup ses excuses au site d'information des lock-outés du JdeM et à son reporter.
Le texte de Stéphane Malhomme a été publié dans Le Journal de Montréal et sur le site Web du Canal Argent.

«C'est une question de principe, a-t-il confié à Rue Frontenac. Au début, je pensais me taire. J'avais peur de me faire poursuivre. Mais je n'avais pas réalisé l'ampleur du dommage qui a été fait à mon nom. Dès que je le tape dans Google, je ne tombe que sur des textes liés à cette histoire. Il n'y a aucune possibilité pour moi de chercher un emploi en ce moment.»

Dans sa mise au point, Stéphane Malhomme se décrit comme un employé compétent et habituellement apprécié de ses employeurs qui a été poussé à bout par une charge de travail colossale et par la pression de son patron. Le jour de l'incident, ce dernier lui aurait donné une version imprimée du texte de Rue Frontenac en lui demandant de le reprendre et d'y ajouter des citations exclusives à TVA.

«J’ai compris que l’on me demandait de reprendre le texte de Rue Frontenac et je l’ai fait dans le feu de l’action, en croyant de bonne foi que c’était permis. Mon directeur s’est assis à côté de moi un moment, avant de partir, et a revu les premiers paragraphes de mon texte, qu’il a approuvé, écrit-il. Preuve, peut-être, que je ne suis pas le spécialiste du plagiat décrit dans la presse, j’ai laissé un bloc entier de texte à la fin. Preuve aussi sûrement de mon empressement soumis à une pression de travail énorme.»

La direction de TVA n'a pas rappelé Rue Frontenac pour commenter cette affaire.

La lettre de Stéphane Malhomme

Je tiens à m’exprimer aujourd’hui pour rétablir la vérité sur mon départ de TVA-Canal Argent suite au plagiat qui m’est reproché de l’article concernant l’ex-financier, Martin Tremblay. Je veux ici protéger ma réputation et exercer un droit de réponse, et non de prolonger cette crise de façon indue. Je suis responsable de la publication de cet article. Au final j’ai appuyé sur entrée, et j’ai signé de mon nom. Je continue néanmoins de penser que le contexte autour de ces évènements apportera un point de vue très différent sur la question.

Mon emploi : Mon poste de pupitreur web demandait de nombreuses tâches, dont: 1) Éditer et mettre en ligne au moins deux vidéos par jour (On s’investit, Argent Maintenant, diverses entrevues), 2) raffaîchir les « tickers » qui apparaissent sur le Canal Argent TV (Cours du pétrole – Or), 3) Editer / mettre en ligne les textes de certains collègues. 4) Pour chaque texte trouver une photo illustrative 5) Écrire mes propres articles, en faisant mes propres entrevues soit en profitant des invités qui venaient parler sur le plateau du Canal Argent. 6) Gérer le site internet, décider de quels articles mettre en valeur dans le site, où les afficher. 7) Mettre en ligne les articles des chroniqueurs. VIII) Préparer un document quotidien sur les variations des cours du pétrole et de l’or, appelé Infofinance.

Mon statut : J’étais en emploi depuis trois semaines, avec un statut de « surnuméraire ». J’ai reçu une formation de 5-6 heures sous forme de «shadowing » d’un collègue qui m’a montré comment faire les fonctions principales du poste.

La chronologie des faits : Le 17 Mai 2010, vers les 18 : 15 (mon quart finissait à 7pm) mon directeur est venu me voir avec dans les mains un article imprimé de rue Frontenac, écrit par M. Bisaillon, sur l’affaire de l’ex financier Martin Tremblay. Mon directeur (administratif, de l’unité d’affaires, pas un directeur de l’information, car il n’y en avait pas) me dit que nous disposons de citations exclusives, de reprendre le texte, et d’insérer les citations. J’ai pris connaissance des citations qui effectivement étaient exclusives, mais restait le fonds de l’article à écrire. J’ai questionné ouvertement le fondé de cette action. Il m’a répondu que « C’est correct, parcequ’on a des citations exclusives » ou des mots de cet ordre, mais a en tous cas écarté mes réserves. J’ai aussi demandé si je devais mettre mon nom sur l’article, et on m’a dit oui. J’ai compris de mon côté que l’on me demandait de reprendre le texte de rue Frontenac, et je l’ai fait, dans le feu de l’action, en croyant de bonne foi que c’était permis. Mon directeur s’était assis à côté de moi un moment avant de partir ce jour là, et avait revu les premiers paragraphes de mon texte qu’il avait approuvé. J’ai fini le texte. Preuve peut être que je ne suis sûrement pas le « spécialiste du plagiat » décrit dans la presse, j’ai laissé un bloc entier de texte à la fin, tel quel, preuve aussi sûrement de mon empressement soumis à une pression de travail énorme.

Le lendemain, une fois que l’affaire a éclaté, mon directeur m’a dit qu’il m’avait seulement fourni ce texte comme « background » à l’histoire, car je n’avais jamais entendu parler de cette affaire personnellement, et n’avais aucune idée de ce dont il retournait. Alors, je veux bien m’être trompé dans l’interprétation de son ordre, et ceci est sincère. Mais alors, pour faire aussi connaître la réalité du travail de journaliste (éditeur web ?) actuelle, je ne peux m’empêcher de demander quelles étaient mes options. Citer l’article de RueFrontenac en entier ? Passer des coups de fils dont j’étais certains qu’ils ne seraient retournés que le lendemain ?

Je ne vois toujours pas, ce que j’aurais pu faire d’autre. On ne peut pas écrire un article entier à partir de 18 : 15. Il faut au moins 2 ou trois « voix » ou citations dans un article équilibré, et il me semblait évident que je n’avais aucune chance à cette heure là, de pouvoir joindre qui que ce soit. Cela requière quelques heures, et des gens à passer en entrevue qui soient disponibles. Si cette nouvelle devait sortir sous mon quart de travail, alors qu’il me restait plusieurs articles à mettre en ligne, je ne voyais pas d’autres alternatives. J’aurais pu dire « non », ou tout simplement partir j’imagine. Mais je ne l’ai pas fait, et je prends la responsabilité ultime pour ceci. Je ne suis pas là pour essayer de faire pleurer quiconque. Je ne vais pas nier que j’ai copié ce texte, et il est sorti sous ma plume. Mais je voudrais alors qu’on m’explique quelles étaient les alternatives concrètes dont je disposais.

Au final, ce matin là, choqué par la tournure des évènements, j’ai désobéi à l’ordre que mon directeur m’avait donné, de « aller travailler, et qu’on en reparlerait plus tard ». Contrairement à ce qu’a pu dire Mme Tardiff, porte parole, je n’ai pas été congédié vraiment. J’ai refusé de prendre mon travail et suis parti. Il est aussi vrai que très rapidement après, mettons 30 minutes, mon directeur m’a demandé de ramener ma carte d’accès, ce que j’ai fait sur le champ (j’étais en chemin de retour chez moi sur mon vélo, et suis revenu). Il est vrai aussi qu’il m’a laissé un message très rapidement après, une heure après peut être, pour me signifier que suite au « problème de plagiat » je n’étais plus à l’emploi de TVA. Nos versions concordent donc largement, je voudrais juste faire noter que j’ai pris l’initiative originellement, de partir de moi-même ne me sentant plus en sécurité dans mon travail dans cet environnement. On peut débattre de la sémantique du terme de congédiement, mais je suis celui qui en premier a refusé de continuer de travailler.

QMI : Il a été écrit dans la presse par M. Serge Sasseville, vice-président aux affaires corporatives et institutionnelles de Quebecor Média que je n’étais pas à l’emploi de QMI. Ceci est vrai, je n’étais pas à l’emploi de QMI et n’ai jamais clamé l’être. On m’avait pourtant demandé de signer les textes QMI que je reprenais. J’ai reçu plusieurs textes QMI de mon directeur « à mettre en ligne », que je conserve encore dans mon courriel personnel.

Contexte : J’ai énormément travaillé ces trois semaines. La position que j’occupais (surnommée « hotseat » par les collègues) exigeait de travailler à la fois comme éditeur web, journaliste, de décider de l’emplacement des articles du jour, et de plus, de produire et/ou mettre en ligne une grande variété de types de contenus. Mon quart de travail ne durait que 7 heures, mais une majorité de journées, je ne prenais même pas les 30 minutes qui m’étaient allouées pour manger. La plupart du temps je l’ai passée à courir sans fin à essayer de rattraper une pile de travail qui augmentait en permanence, sans me lever de ma chaise plus de 2 ou 3 fois par jour, la plupart du temps pour aller aux toilettes.

Fraîchement employé, à peine formé, je prenais mes ordres directement du Directeur (dans le sens administratif ; de l’unité d’affaires) de TVA-Canal Argent. Nous n’avions pas de directeur de l’information au moment ou je travaillais, son poste ayant été, au mieux de mes connaissances, laissé vacant, ce qui aurait sûrement pu éviter ou diminuer ce genre de problèmes.

Il est facile de parler d’éthique journalistique quand on ignore le contexte réel dans lequel l’information est produite de nos jours parfois, ou tout simplement la réalité des faits qui reprochés. Il est aussi facile de déverser des tombereaux d’injures sur mon nom comme l’on fait de nombreux internautes, du confort et de l’anonymat d’un forum en ligne. Il est moins facile de le faire quand on connaît la réalité du métier. Il est enfin moins facile encore de se lever et de parler, comme je le fais aujourd’hui.

Ce genre de décisions qui peuvent apparaître évidente, se fait parfois en une fraction de seconde, dans un contexte flou, et, à nouveau, dans le feu de l’action. Il faut un cadre, et des ressources nécessaires pour pouvoir décider intelligemment de ce genre de choses. Quand on est fraîchement employé on est tenté de plaire à son employeur, je pense, assez naturellement, et on ne dispose pas forcément du recul, du savoir nécessaire pour évaluer une requête pareille, un peu hybride (avec des citations exclusives) ou du temps nécessaire pour exercer son jugement. A nouveau, je suis preneur si on peut me proposer une manière d’écrire un article complet sur un sujet complexe, en 45 minutes, à 18 : 15.

Conclusion : J’ai appris beaucoup de cette expérience, même si c’est venu assorti d’un coût personnel très lourd. Je présente mes excuses au journal de Rue Frontenac et à M. Bisaillon personnellement. Je n’ai jamais souhaité profiter de son travail à des fins personnelles comme le ferait un plagiaire qui cherche à gonfler sa réputation personnelle grâce au travail des autres. Ceci pourrait passer pour de la provocation, mais je tiens à préciser que mes ex-employeurs ont toujours trouvé que j’avais une bonne éthique et capacité de travail. J’ai toujours été apprécié de mes collègues et patrons, quelque travail que j’aie fait. Mes deux ex-éditrices au Financial Post, Nancy Truman et Zena Olijnyk (maintenant chez CTV) sont prêtes à parler d’ailleurs et confirmer que j’ai toujours eu une bonne éthique de travail, et jamais aucun manquement éthique sous leurs mandats.

Je serai plus ferme la prochaine fois, si prochaine fois il y a. Ma réputation est aujourd’hui ruinée par cette affaire, et je ne sais pas si je souhaite de toute façon continuer dans cette voie. Ce n’est plus seulement ma réputation de journaliste qui est détruite, mais celle de mon nom en entier. J’espère aussi que mon témoignage permettra de lancer une réflexion profonde sur la production d’information moderne. Je souhaite enfin exprimer ma reconnaissance à mes anciens collègues du Canal Argent, sympathiques et talentueux. Ils m’ont aidé dans mon travail qui me débordait quand ils le pouvaient, et le soutien que j’ai reçu de certains d’entre eux en ces temps difficiles m’a beaucoup touché

Stéphane Malhomme

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