viper37 a écrit:Il y a les anarcho-capitalistes, qui ne se définiront jamais comme anarchistes mais comme libertariens. Eux veulent l'abandon de l'État par son retrait progressif. On part d'un point X pour arriver à 0 État.
Vous vous trompez, plusieurs se décrivent exclusivement comme des anarcho-capitalistes. Il va sans dire que je déteste moins ces gens-là, qui sont moins proches de la droite religieuse et militariste et qui ne fréquentent que peu les soirées mondaines des congrès mondiaux.
La plupart des libertariens ne veulent pas l'abandon total de l'État; ce sont plutôt des "minarchistes". L'État devrait selon eux conserver la gouverne de services minimums: tribunaux, armée, la poste et la police à la rigueur. Bref tous les organes de répression. Car pour piloter un tel système, il faut impérativement marcher sur le gueule des gens et les dominer. D'ailleurs les minarchistes sont beaucoup plus proches du pouvoir que les anarchistes, qui sont la plupart du temps dans la marge (à l'exception de quelques profs de l'UQÀM). Ça s'explique facilement: même s'ils valorisent l'idéal du cowboy indépendant et prospère qui ne paie pas d'impôts et qui tire sur les employés du ministère quand ceux-ci approchent, les minarchistes rêvent d'une
révolution par le haut, organisée par une élite d'aristocrates. Pas pour rien que des gens comme Maxime Bernier et Fortier tournent autour du Parti Conservateur, que Jean-Luc Migué écrit dans la revue ultraconservatrice
Égards, que Duhaime a été conseiller de Mario Dumont, et que Masse s'est déjà présenté pour le Reform Party. Les minarchistes ne sont pas des rebelles, mais des puristes de la droite, des enfants modèles.
Il y a les anarchos-communistes, qui ne se définiront jamais comme communistes qui veulent le renforcement de l'État et des structures para-gouvernementales (syndicats, unions de travailleurs, regroupement divers, etc) afin de lutter contre le capitalisme qu'ils voient comme étant une représentation de l'État maudit. Le but est de regrouper tout les aspects de la vie humaine sous l'égide d'un seul état ou un seul groupe, pour ensuite redonner le pouvoir aux individus. On ne veut pas moins d'État, on veut L'ÉTAT. C'est plus facile de démanteler une structure que 100 000 différentes.
Sauf dans quelques exceptions (Normand Baillargeon et Chomsky, par exemple, ont déjà fait la promotion d'une certaine "utilisation" de l'État à des fins libertaires), les anarchistes sont les principaux opposant-e-s à l'État sous toutes ses formes. En fait, les seuls exemples concrets de sociétés créées volontairement pour permettre aux gens de vivre sans État, ce fut le travail d'anarchistes et/ou de conseillistes.
Les anarchistes sont en général opposé-e-s aux privatisations des services publics parce qu'elles nous rendent moins libres encore. Si on "privatisait" un hôpital pour le rendre autogéré, les anars n'y verraient pas de problèmes, au contraire: illes fêteraient à n'en plus finir. Mais la privatisation consiste à vendre à rabais un service public à un individu ou à un groupe d'individus qui ne sont pas imputables devant la société. La faible influence que peut avoir une population sur la gestion de ce service est donc perdue, et les libertés individuelles sont atteintes par le nouveau mode de gestion capitaliste.
L'autre chose qui explique la réticence aux privatisations, c'est que les anarchistes ne sont pas prêt-e-s à sacrifier la vie des gens ordinaires et/ou malades pour parvenir à leurs fins. C'est tout à fait logique: les anars font souvent partie de groupes déjà vulnérables: marginaux/ales, pauvres, travailleurs/euses sociaux, étudiant-e-s, etc. Sacrifier la santé, c'est sacrifier leur santé. Les minarchistes, libertariens et autres droitistes
libéraux sont en général confortables: illes sont réseauté-e-s dans les milieux puissants et si jamais le système pète, leurs pertes sont minimes.
J'ai assisté, il y a quelques années, à un entretien entre Germain Belzile (prof à HEC) et Marc Simard (prof de cégep), deux libertariens proches de l'Institut Fraser. Simard disait que c'était une hécatombe qui avait permis de lancer le capitalisme (le système des enclosures), mais que c'était essentiel que des milliers de gens soient morts de faim pour lancer le capitalisme industriel! Il a ensuite renchéri en disant que si des centaines de milliers de vies devraient encore être sacrifiées pour le "progrès", il ne faudrait pas hésiter! Belzile était d'accord. C'est loin de ce que disait l'anarchiste espagnol Rebordosa: "ll n’y a pas de causes qui valent la mort d’un être humain." C'est plus proche de ce que pensaient Lénine, Staline et Mao. Bref, c'est de l'autoritarisme classique.
Les libertariens sont persuadés que l'asservissement consenti, c'est la liberté. La tyrannie du contrat. Voilà pourquoi ils n'auraient pas de scrupules à s'emparer du pouvoir pour bâtir leur utopie post-industrielle, leur société de banquiers en laissant les gens mourir de faim. Les anarchistes veulent détruire le pouvoir, et non pas s'en emparer.