Bellemare relance les hostilités
Il somme Charest de produire ses factures d'avocat dans le litige privé qui les a opposés
Antoine Robitaille 17 mars 2011 Québec
Photo : Agence Reuters Mathieu Bélanger
Marc BellemareQuébec — Craignant d'être le seul à avoir réellement payé ses avocats de sa poche dans le litige privé qui l'a opposé au premier ministre, Marc Bellemare a sommé Jean Charest de produire les factures de son avocat, hier, lors d'une entrevue au Devoir.
Il en va de l'«éthique du premier ministre» et de la «responsabilité du citoyen» Charest, a tranché l'ancien ministre. «Je trouve ça normal que les citoyens du Québec sachent que ce litige privé-là, entre Jean Charest et moi, était véritablement un litige privé», a lancé M. Bellemare.
Le différend entre les deux hommes semblait s'être apaisé depuis qu'ils s'étaient désistés de leur poursuite mutuelle au début du mois. À la suite des allégations de M. Bellemare des mois de mars et avril 2010, Jean Charest, à titre de citoyen, avait — en parallèle au déclenchement de la commission Bastarache — lancé une poursuite en diffamation contre son ancien collègue. M. Bellemare avait réagi en septembre par une contre-poursuite de 900 000 $.
M. Charest a toujours soutenu qu'il s'était personnellement chargé de payer ses avocats dans cette affaire. Lorsque Le Devoir a réclamé le montant des honoraires payés par M. Charest au début du mois, son bureau a refusé en soutenant que c'était là une affaire entre lui, M. Charest, et son avocat, André Ryan, de la firme BCF. Hier, la critique péquiste Véronique Hivon a réclamé en vain à la période de questions que le premier ministre «dépose l'ensemble des factures de son avocat» pour son travail dans le litige privé.
La décision du premier ministre fâche Marc Bellemare. «En refusant de produire ses comptes et ses paiements — ce qu'il m'a demandé à moi de faire dans le litige civil! —, je trouve que Jean Charest alimente fortement le scepticisme, et les citoyens sont en droit de se poser des questions. Était-ce un litige résolument privé?» Il souligne que M. Chrest a toujours laissé croire que oui, «alors qu'il produise ses chèques!, lance-t-il. On ne veut pas avoir le détail, mais qu'il produise ses chèques. Un chèque de Jean Charest tiré à l'ordre d'André Ryan au montant de 75 000 $, 80 000 $, c'est ça qu'on veut voir»!
Montants exorbitants
Devant la commission Bastarache, une partie des honoraires — 530 heures — d'un des avocats de M. Bellemare, Rénald Beaudry, ont été payés. L'ancien ministre de la Justice juge que les heures facturées — 1200 — et les sommes réclamées par André Ryan — 265 000 $ — au gouvernement pour son travail devant la commission Bastarache sont exorbitantes.
«Sur le plan des apparences, c'est un peu trouble», soutient M. Bellemare, laissant entendre que les honoraires de M. Ryan devant Bastarache auraient pu compenser pour ceux dans le litige privé. Il met en relief que Jean Charest, lors de l'interrogatoire au préalable en juillet, n'avait pas abordé la question des honoraires de son avocat «alors que c'est élémentaire dans ce type de poursuite». De même, «quand il s'est désisté de sa requête, il n'avait aucun document produit au dossier établissant qu'il avait payé des frais d'avocat». Selon M. Bellemare, «le problème, c'est que Ryan était dans les deux dossiers en même temps».
En Chambre, le leader du gouvernement Jean-Marc Fournier s'est indigné hier des «insinuations» de Véronique Hivon. Cette dernière venait d'affirmer que 1200 heures facturées par Me Ryan équivalent à «10 heures par jour, tous les jours, samedi et dimanche inclus, pendant 17 semaines, sans pause». Mme Hivon a souligné que Rénald Beaudry, l'avocat de M. Bellemare, n'avait facturé qu'environ 500 heures.
Au bureau du premier ministre, on a rétorqué hier qu'André Ryan a été assisté d'une équipe. M. Ryan a précisé hier dans un courriel avoir travaillé avec sa collègue Marie-Christine Levasseur et une «parajuriste» pour l'organisation des documents, et ce, «du début du travail de collecte des documents par la Commission au printemps [2010] et la lecture du rapport en début d'année [2011]». Ainsi, fait-il valoir, son travail devant la commission Bastarache a commencé avant celui de M. Bellemare, qui s'est refusé à y participer jusqu'à l'automne. De plus, M. Ryan ne représentait pas que M. Charest, mais tous les témoins issus du bureau du premier ministre. Dans un courriel, M. Ryan a précisé hier avoir été l'avocat de six personnes à cette commission. Outre le premier ministre, «les quatre chefs de cabinet qui se sont succédé depuis 2003, ainsi que Chantal Landry».
Cette information a fait sursauter Marc Bellemare hier, lui qui croyait que M. Ryan avait obtenu du commissaire Bastarache le droit de ne représenter qu'une partie intéressée (Jean Charest) et non de simples témoins (Chantal Landry). «Ça veut dire qu'il a eu des briefings de témoins qui sont censés être indépendants. Il y a eu du tripotage. Je trouve ça inacceptable! C'est une farce et plus on en parle, plus on le sait.»
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