Ramm
11/04/2011, 22h54
La controverse se poursuit avec la Cité du multimédia
11 avril 2011 | 06h05
Michel Munger
Argent
Créée en 1998, la Cité du Multimédia de Montréal (CMM) demeure contestée. Ses critiques voient dans son crédit d'impôt un respirateur artificiel pour des entreprises. Les chiffres démontrent qu'il a fait exploser les coûts immobiliers dans le quadrilatère des rues de la Commune, Duke, William et King.
La principale caractéristique de la CMM est un crédit d'impôt remboursable qui couvre 40% des salaires admissibles des entreprises qui s'y installent, jusqu'à un plafond de 15 000 $. Abolie lors du discours du budget de 2003-04, la mesure s'appliquait aux salaires engagés au plus tard le 31 décembre 2010.
L'objectif de départ était de créer 10 000 emplois. Bon an mal an, 6000 personnes y travaillent au sein d'une centaine d'entreprises. Le coût, pour la période de 2005 à 2011, est évalué à 223 M$ par le ministère des Finances.
Le jeu en valait-il la chandelle ? Plusieurs entreprises de taille ont quitté le quadrilatère. Le Groupe CGI est parti en décembre 2010, quand son bail s'est terminé. IBM n'est pas restée non plus. Ni Motorola.
«Nous étions à la Cité du Multimédia depuis 2003, quand nous avons acheté Cognicase, confirme Circé Labelle, porte-parole de CGI. Le maximum d'employés que nous y avons eu était de 1200. Nous y faisions surtout du service-conseil dans le domaine bancaire ou du service de paie.»
Cette description correspond au premier reproche que l'on fait à la CMM. Il s'agit d'une interprétation très large du concept de multimédia.
«Il y a deux façons d'accorder une mesure fiscale, indique Gilbert Ouellette, gestionnaire du Regroupement des producteurs de multimédia. La première est d'établir la preuve que ce sont des gens de production multimédia. Dans un lieu physique comme la CMM, le gouvernement a été plus souple.»
Un entrepreneur du secteur va plus loin. L'exclusion des services administratifs ou corporatifs du crédit d'impôt n'a pas toujours été respectée.
«La réceptionniste avait parfois un background de programmation, raconte cette source. Des assistantes faisaient partie des employés subventionnés. C'est à peine légal et tout le monde a fait la même chose. Ce n'étaient pas des emplois fictifs, mais il fallait faire le maximum pour que les travailleurs soient couverts par les subventions.»
Au moins deux employés d'une firme très connue ont confirmé qu'en 10 ans, ils n'ont jamais effectué de tâches reliées au multimédia.
Devenir concurrentiels
Le crédit d'impôt a contribué à rendre Montréal plus concurrentielle, avance Ronald Brisebois, fondateur de Cognicase et actuel PDG de BiblioMondo. «Ça ramène le coût moyen d'une ressource d'ici proche du niveau d'une ressource en Inde. Je n'irais pas en Inde, aux Philippines ou au Vietnam. Ça ne vaudrait pas la peine.»
Il faut savoir, justement, qu'un employé en technologie coûte cher. Selon TechnoCompétences, un salaire annuel s'élève de 42 000 à 80 000 $ pour les postes les plus courants.
Conséquemment, le multimédia québécois a développé une dépendance aux subventions, indique un entrepreneur : «Je ne veux pas généraliser, mais je dirais que 50% des entreprises qui sont dans la Cité du Multimédia ne font plus d'argent dans les six mois après le retrait de la subvention. C'est une fausse économie.»
Le crédit d'impôt est davantage une condition de survie à Montréal, signale pour sa part Ronald Brisebois. «Les TI marchent sur des béquilles. S'il n'y avait pas cela, à mon avis, 60% des compagnies en logiciel pourraient fermer leurs portes. J'ai présentement une centaine d'employés […] et nous ne serions peut-être pas installés à Montréal [en l'absence du crédit d'impôt]», dit-il.
L'impact réel de la Cité du Multimédia se limite donc à un déplacement d'emplois, estime Adrien Pouliot, qui a déjà été PDG du fonds Capital Draco et administrateur à l'Institut économique de Montréal (IEDM).
«Généralement, raconte-t-il, l'aide financière se trouve au dernier rang parmi les facteurs qui influencent les décisions d'investissement. Les gens vont regarder le taux d'imposition, le niveau de prudence du gouvernement et les infrastructures de la ville.»
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11 avril 2011 | 06h05
Michel Munger
Argent
Créée en 1998, la Cité du Multimédia de Montréal (CMM) demeure contestée. Ses critiques voient dans son crédit d'impôt un respirateur artificiel pour des entreprises. Les chiffres démontrent qu'il a fait exploser les coûts immobiliers dans le quadrilatère des rues de la Commune, Duke, William et King.
La principale caractéristique de la CMM est un crédit d'impôt remboursable qui couvre 40% des salaires admissibles des entreprises qui s'y installent, jusqu'à un plafond de 15 000 $. Abolie lors du discours du budget de 2003-04, la mesure s'appliquait aux salaires engagés au plus tard le 31 décembre 2010.
L'objectif de départ était de créer 10 000 emplois. Bon an mal an, 6000 personnes y travaillent au sein d'une centaine d'entreprises. Le coût, pour la période de 2005 à 2011, est évalué à 223 M$ par le ministère des Finances.
Le jeu en valait-il la chandelle ? Plusieurs entreprises de taille ont quitté le quadrilatère. Le Groupe CGI est parti en décembre 2010, quand son bail s'est terminé. IBM n'est pas restée non plus. Ni Motorola.
«Nous étions à la Cité du Multimédia depuis 2003, quand nous avons acheté Cognicase, confirme Circé Labelle, porte-parole de CGI. Le maximum d'employés que nous y avons eu était de 1200. Nous y faisions surtout du service-conseil dans le domaine bancaire ou du service de paie.»
Cette description correspond au premier reproche que l'on fait à la CMM. Il s'agit d'une interprétation très large du concept de multimédia.
«Il y a deux façons d'accorder une mesure fiscale, indique Gilbert Ouellette, gestionnaire du Regroupement des producteurs de multimédia. La première est d'établir la preuve que ce sont des gens de production multimédia. Dans un lieu physique comme la CMM, le gouvernement a été plus souple.»
Un entrepreneur du secteur va plus loin. L'exclusion des services administratifs ou corporatifs du crédit d'impôt n'a pas toujours été respectée.
«La réceptionniste avait parfois un background de programmation, raconte cette source. Des assistantes faisaient partie des employés subventionnés. C'est à peine légal et tout le monde a fait la même chose. Ce n'étaient pas des emplois fictifs, mais il fallait faire le maximum pour que les travailleurs soient couverts par les subventions.»
Au moins deux employés d'une firme très connue ont confirmé qu'en 10 ans, ils n'ont jamais effectué de tâches reliées au multimédia.
Devenir concurrentiels
Le crédit d'impôt a contribué à rendre Montréal plus concurrentielle, avance Ronald Brisebois, fondateur de Cognicase et actuel PDG de BiblioMondo. «Ça ramène le coût moyen d'une ressource d'ici proche du niveau d'une ressource en Inde. Je n'irais pas en Inde, aux Philippines ou au Vietnam. Ça ne vaudrait pas la peine.»
Il faut savoir, justement, qu'un employé en technologie coûte cher. Selon TechnoCompétences, un salaire annuel s'élève de 42 000 à 80 000 $ pour les postes les plus courants.
Conséquemment, le multimédia québécois a développé une dépendance aux subventions, indique un entrepreneur : «Je ne veux pas généraliser, mais je dirais que 50% des entreprises qui sont dans la Cité du Multimédia ne font plus d'argent dans les six mois après le retrait de la subvention. C'est une fausse économie.»
Le crédit d'impôt est davantage une condition de survie à Montréal, signale pour sa part Ronald Brisebois. «Les TI marchent sur des béquilles. S'il n'y avait pas cela, à mon avis, 60% des compagnies en logiciel pourraient fermer leurs portes. J'ai présentement une centaine d'employés […] et nous ne serions peut-être pas installés à Montréal [en l'absence du crédit d'impôt]», dit-il.
L'impact réel de la Cité du Multimédia se limite donc à un déplacement d'emplois, estime Adrien Pouliot, qui a déjà été PDG du fonds Capital Draco et administrateur à l'Institut économique de Montréal (IEDM).
«Généralement, raconte-t-il, l'aide financière se trouve au dernier rang parmi les facteurs qui influencent les décisions d'investissement. Les gens vont regarder le taux d'imposition, le niveau de prudence du gouvernement et les infrastructures de la ville.»
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