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shokin
30/10/2011, 14h04
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Naomi Klein : « Le mouvement Occupons Wall Street est actuellement la chose la plus importante au monde »

Par Rédaction (12 octobre 2011)

Naomi Klein, journaliste canadienne et auteur de La Stratégie du choc, était invitée à s’exprimer par le mouvement Occupy Wall Street, à New York. Selon elle, ce mouvement va durer, car le combat contre le système économique « injuste et hors de contrôle » prendra des années. Objectif : renverser la situation en montrant que les ressources financières existent, qui permettraient de construire une autre société.

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J’ai été honorée d’être invitée à parler [le 29 septembre] devant les manifestants d’Occupons Wall Street. La sonorisation ayant été (honteusement) interdite, tout ce que je disais devait être répété par des centaines de personnes, pour que tous entendent (un système de « microphone humain »). Ce que j’ai dit sur la place de la Liberté a donc été très court. Voici la version longue de ce discours [publiée initialement en anglais dans Occupy Wall Street Journal].

Je vous aime.

Et je ne dis pas cela pour que des centaines d’entre vous me répondent en criant « je vous aime ». Même si c’est évidemment un des avantages de ce système de « microphone humain ». Dites aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous redisent, encore plus fort.

Hier, un des orateurs du rassemblement syndical a déclaré : « Nous nous sommes trouvés. » Ce sentiment saisit bien la beauté de ce qui se crée ici. Un espace largement ouvert – et une idée si grande qu’elle ne peut être contenue dans aucun endroit – pour tous ceux qui veulent un monde meilleur. Nous en sommes tellement reconnaissants.

S’il y a une chose que je sais, c’est que les 1 % [les plus riches] aiment les crises. Quand les gens sont paniqués et désespérés, que personne ne semble savoir ce qu’il faut faire, c’est le moment idéal pour eux pour faire passer leur liste de vœux, avec leurs politiques pro-entreprises : privatiser l’éducation et la Sécurité sociale, mettre en pièces les services publics, se débarrasser des dernières mesures contraignantes pour les entreprises. Au cœur de la crise, c’est ce qui se passe partout dans le monde.

Et une seule chose peut bloquer cette stratégie. Une grande chose heureusement : les 99 %. Ces 99 % qui descendent dans les rues, de Madison à Madrid, en disant : « Non, nous ne paierons pas pour votre crise. »

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Ce slogan est né en Italie en 2008. Il a ricoché en Grèce, en France, en Irlande, pour finalement faire son chemin jusqu’à l’endroit même où la crise a commencé.

« Pourquoi protestent-ils ? » demandent à la télévision les experts déroutés. Pendant ce temps, le reste du monde demande : « Pourquoi avez-vous mis autant de temps ? », « On se demandait quand vous alliez vous manifester ». Et la plupart disent : « Bienvenus ! »

Beaucoup de gens ont établi un parallèle entre Occupy Wall Street et les manifestations « antimondialisation » qui avaient attiré l’attention à Seattle en 1999. C’était la dernière fois qu’un mouvement mondial, dirigé par des jeunes, décentralisé, menait une action visant directement le pouvoir des entreprises. Et je suis fière d’avoir participé à ce que nous appelions alors « le mouvement des mouvements ».

Mais il y a aussi de grandes différences. Nous avions notamment choisi pour cibles des sommets internationaux : l’Organisation mondiale du commerce, le FMI, le G8. Ces sommets sont par nature éphémères, ils ne durent qu’une semaine. Ce qui nous rendait nous aussi éphémères. On apparaissait, on faisait la une des journaux, et puis on disparaissait. Et dans la frénésie d’hyperpatriotisme et de militarisme qui a suivi l’attaque du 11 Septembre, il a été facile de nous balayer complètement, au moins en Amérique du Nord.

Occupy Wall Street, au contraire, s’est choisi une cible fixe. Vous n’avez fixé aucune date limite à votre présence ici. Cela est sage. C’est seulement en restant sur place que des racines peuvent pousser. C’est crucial. C’est un fait de l’ère de l’information : beaucoup trop de mouvements apparaissent comme de belles fleurs et meurent rapidement. Parce qu’ils n’ont pas de racines. Et qu’ils n’ont pas de plan à long terme sur comment se maintenir. Quand les tempêtes arrivent, ils sont emportés.

Être un mouvement horizontal et profondément démocratique est formidable. Et ces principes sont compatibles avec le dur labeur de construction de structures et d’institutions suffisamment robustes pour traverser les tempêtes à venir. Je crois vraiment que c’est ce qui va se passer ici.

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Autre chose que ce mouvement fait bien : vous vous êtes engagés à être non-violents. Vous avez refusé de donner aux médias ces images de fenêtres cassées ou de batailles de rue qu’ils attendent si désespérément. Et cette prodigieuse discipline de votre côté implique que c’est la brutalité scandaleuse et injustifiée de la police que l’histoire retiendra. Une brutalité que nous n’avons pas constatée la nuit dernière seulement. Pendant ce temps, le soutien au mouvement grandit de plus en plus. Plus de sagesse.

Mais la principale différence, c’est qu’en 1999 nous prenions le capitalisme au sommet d’un boom économique frénétique. Le chômage était bas, les portefeuilles d’actions enflaient. Les médias étaient fascinés par l’argent facile. À l’époque, on parlait de start-up, pas de fermetures d’entreprises.

Nous avons montré que la dérégulation derrière ce délire a eu un coût. Elle a été préjudiciable aux normes du travail. Elle a été préjudiciable aux normes environnementales. Les entreprises devenaient plus puissantes que les gouvernements, ce qui a été dommageable pour nos démocraties. Mais, pour être honnête avec vous, pendant ces temps de prospérité, attaquer un système économique fondé sur la cupidité a été difficile à faire admettre, au moins dans les pays riches.

Dix ans plus tard, il semble qu’il n’y ait plus de pays riches. Juste un tas de gens riches. Des gens qui se sont enrichis en pillant les biens publics et en épuisant les ressources naturelles dans le monde.

Le fait est qu’aujourd’hui chacun peut voir que le système est profondément injuste et hors de contrôle. La cupidité effrénée a saccagé l’économie mondiale. Et elle saccage aussi la Terre. Nous pillons nos océans, polluons notre eau avec la fracturation hydraulique et le forage en eaux profondes, nous nous tournons vers les sources d’énergie les plus sales de la planète, comme les sables bitumineux en Alberta. Et l’atmosphère ne peut absorber la quantité de carbone que nous émettons, créant un dangereux réchauffement. La nouvelle norme, ce sont les catastrophes en série. Économiques et écologiques.

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(...)

Discours publié dans Occupied Wall Street (http://www.scribd.com/doc/67436424/Occupied-Wsj) Journal. A lire : le blog de Naomi Klein (http://www.naomiklein.org/main) (en anglais).

Traduction : Agnès Rousseaux / Basta !

Photos : © Source (http://www.flickr.com/photos/100mph/), Kelly Davis (http://www.flickr.com/photos/kelly_davis/with/6233579658/), Mar is Sea Y (http://www.flickr.com/photos/marisseay/)

Source : BastaMag.Net (http://www.bastamag.net/article1812.html)

Autres articles sur Occupy Wall Street :

Occupy Wall Street, sans dieu ni maître (http://owni.fr/2011/10/25/occuper-wall-street-sans-dieu-ni-maitre-anonymous-politique)

OccupyDesign.Org (http://occupydesign.org/) (CC-BY-NC-SA)

Bonne nouvelle que ce mouvement au pays même du dollar !

shokin
30/10/2011, 14h32
Dans une époque que dominent la connaissance technoscientifique et le concept de la société du savoir, la production scientifique des pays musulmans est encore marginale, selon le dernier rapport de l’Unesco sur la science. Les données fournies par le rapport, établi tous les cinq ans, concernant la production scientifique des pays musulmans, sont significatives d’une situation alarmante. En matière de techno-sciences le monde musulman, avec une population d’environ 1,5 milliard, près du quart de la population mondiale, ne produit que moins de 5% de la production scientifique mondiale! Le sous-développement du Monde arabe est symbolisé par un autre taux dramatique: environ 40% des populations sont analphabètes.

Forger au savoir et humaniser

Les capacités de production de la science permettent le développement, la sauvegarde de la souveraineté et de nouvelles perspectives. La situation des sociétés musulmanes est préoccupante. Jusqu’à quand les alarmes seront-elles ignorées? Même la Banque islamique de développement, en 2008, confirmait le constat alarmant: «Les 57 pays à population majoritairement musulmane ont sensiblement 25% de la population mondiale, mais moins d’1% des scientifiques produisent moins de 5% de la science et font à peine 0,1% des découvertes originales mondiales liées à la recherche chaque année.» La fuite des cerveaux et la mainmise par des politiciens médiocres sur les organes de décisions aggravent la situation. Il est urgent de revoir ces données, tout en tenant compte de l’hétérogénéité des pays. La Turquie, par exemple, est un pays musulman émergent, la 16e économie mondiale.

Les chercheurs savent que sans un climat politique ouvert, stable, de responsabilisation, lié à une échelle des valeurs, soutenu par des moyens conséquents et un environnement propice à la recherche, il est difficile de progresser. Qui maîtrise la science détiendra les outils du développement. L’Ecole et la valorisation du métier d’enseignant, au centre du système éducatif, en sont les enjeux. Dans un article paru sur L’Expression, le sociologue Nadji Safir, avec pertinence et objectivité, analyse les données publiées par l’Unesco concernant les pays musulmans. Il a raison de tirer la sonnette d’alarme sur les retards du monde arabo-musulman. La gravité de la crise mondiale et la complexité du devenir de l’humanité obligent à compléter l’approche par une critique du système mondial ambivalent et partant des défis auxquels le Monde arabe est confronté.

Il faut non seulement forger à la science, mais aussi répondre à des exigences de fond. D’une part, il est clair qu’il n’y a pas d’alternative à donner la priorité au savoir scientifique si nous voulons avoir droit au chapitre, répondre aux besoins des populations de nos sociétés et préserver notre personnalité; d’autre part, il est évident que les pays développés sont confrontés à une crise sans précédent. Gardons-nous de les imiter aveuglement au niveau du projet de société. Nous sommes dans une phase historique qui interpelle toute l’humanité en raison des impasses produites par la poursuite d’une croissance prédatrice en hommes et en matières. La marchandisation du monde et la perte de valeurs et d’éthiques remettent en cause les fondements de l’humain. La crise économique est le reflet du désordre. Un autre récent rapport, celui des Nations unies sur la situation économique mondiale et les perspectives 2011, montre la gravité de la situation due au système consumériste et au libéralisme sauvage.

Dans ce contexte troublant, selon les experts, des défis techniques attendent les économies de la planète, tels comment trouver de nouvelles ressources financières pour fournir un soutien budgétaire supplémentaire; trouver une meilleure synergie entre les politiques budgétaire et monétaire; assurer un financement suffisant des pays en développement; mieux coordonner les politiques économiques des grands pays. Il n’est question que de mesures techniques et non d’une révision de fond des politiques elles-mêmes. C’est l’économisme qui prévaut. Pour les pays musulmans, le problème est aigu, car tous les problèmes se posent en même temps. Il s’agit de penser un projet de société cohérent, de bâtir un Etat de droit, de former un citoyen instruit et responsable, d’apprendre à rationnaliser les modes de gestion et de donner la priorité aux ressources humaines.

La crise générale atteint toutes les branches de l’activité humaine et se manifeste différemment suivant les pays. Dans le Monde arabe, la baisse constante du niveau d’éducation et du civisme, la déperdition en matière de capital humain et la dépendance technoscientifique sont l’expression d’une faillite du système. Ce sont des questions politiques. Le Monde arabe est confronté à un triple défi pour sortir du sous-développement: sur la base de la démocratisation, de la maîtrise des sciences et des technologies et d’une vision critique de la crise du modèle dominant qui mène à la déshumanisation et à des déséquilibres graves.

Les contradictions

Le temps n’est plus d’imiter le processus de déclin, la difficulté du savoir moderne à favoriser un monde juste et équilibré, au moment où la mondialisation est celle des inégalités et se présente comme une occidentalisation qui impose ses divisions, ses prédicats, ses concepts et ses catégories et au moment où l’Orient semble incapable de bien résister par la créativité. Pourtant la révolution scientifique et technique peut être, non seulement assumée, mais refaçonnée à nos propres fins. Nous devons pouvoir nous affirmer tels que nous nous sentons et nous voulons. Or, l’essence de la modernité et, partant, de la mondialisation, semble vouloir imposer, de la part d’un savoir dominant, trois facteurs contraignants et discutables.

1. La tension entre science et conscience est forte, car le concept d’infinité de la recherche est dictatorial, alors qu’il est légitime de chercher à poser des limites éthiques au déchaînement de toutes les exploitations. Il ne faut pas avoir peur de la science, il faut bien au contraire, de la science, nul ne peut, ni ne doit, arrêter le progrès scientifique, mais pour quelles finalités? Plus que jamais, s’offre la maxime «Science sans conscience n’est que ruine de l’âme».

2. L’individu et le vivre-ensemble: Le monde moderne est caractérisé par l’individualité. L’Occident est moderne parce qu’il a atteint un niveau élevé dans sa recherche d’un individu autodéterminé. L’individu au centre, considéré comme la marque propre de l’Occident, prétend montrer au monde la seule voie possible de l’émancipation. Pourtant l’enjeu n’est pas seulement l’autonomie de l’individu mais aussi le vivre-ensemble.

3. La raison et le sensible: Une des dimensions qui caractérisent le monde moderne est la disjonction entre la logique et le sens. Ces trois caractéristiques - l’infinité de la recherche, l’individualisme et la raison coupée du sens - posent problème pour les peuples qui recherchent la cohérence.

Sur le plan du sens de la vie, en conséquence, le premier point inquiétant est d’ordre éthique qui adhère à une grille de lecture faisant place aux valeurs de l’esprit et/ou au sentiment religieux, voit marginaliser tout le champ de la vie. Il n’y a pas de lien entre la mondialisation de savoirs unilatéraux et le sens de la vie auquel les peuples, notamment monothéistes ou liés à des sagesses ancestrales, sont attachés. C’est la fin d’un monde, il nous faut le comprendre pour tenter d’en inventer un autre qui échappe à toute fermeture. Aujourd’hui, la réalité, ce n’est pas simplement la sécularisation comme mouvement positif, mais son corollaire, la désignification du monde.

Sur le plan politique, le problème réside dans le fait que le corps social est réduit à un corps productif, soumis aux intérêts des détenteurs de capitaux. C’est la course à la richesse et le consumérisme dans leurs formes dévastatrices, valorisés comme phénomènes modernes. Cette dépolitisation de la vie et sa marchandisation remet en cause la possibilité de faire l’histoire, d’être un peuple responsable, capable de décider, de résister au nom de la liberté, d’avoir ses raisons et d’avoir raison, de donner force et réalité à un projet de société choisi après débat. En dépit de la généralisation de la science, de la légitimité des institutions, de la prédominance des droits de l’homme, de la libre entreprise, des normes juridiques, la possibilité d’exister en tant que peuples et citoyens responsables, participant à la recherche collective et publique du juste, du beau et du vrai, est hypothéquée. L’avenir dépend moins de la décision de chaque citoyen que de systèmes.

(...)

Sur le plan du savoir et de la connaissance, le troisième aspect inquiétant remet en cause la possibilité de penser et de penser autrement. Le cloisonnement et la technicité l’emportent sur la transversalité, la diversité et le partage. La mondialisation vise à maîtriser toutes les choses de la vie par l’exploitation des résultats des sciences exactes, appréhendées comme les seules qui soient pertinentes pour la logique du développement. Malgré le travail des sciences humaines et sociales, le savoir moderne privilégie les sciences dites exactes et leurs applications, soumises à la logique du marché. Il y a un mouvement mondial qui détruit l’Université selon son concept de lieu du savoir libre et gratuit pour rectifier des déviations et réexaminer les incohérences, pour décider librement des objectifs de la recherche et réinventer d’autres formes à donner à l’existence.

(...)

Source : Mustapha-Cherif.Net (http://mustapha-cherif.net/?p=223)

Busterbunny
03/11/2011, 09h41
Section américaine.