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shokin
11/10/2011, 10h04
Après mon avis, chacune et chacun peut développer le sien.

A votre avis, existe-t-il une justice naturelle ?

A mon avis, il n'existe pas de justice naturelle. En supposer l'existence, c'est essayer de donner une légitimité à la notion de mérite.

De plus, on peut considérer que "chercher un monde plus juste" est un lapsus qui révèle qu'il n'existe pas de justice naturelle à la base. Autres exemples où l'on peut voir qu'il n'y a pas de justice naturelle : quand une personne meurt "injustement" (surtout si elle était jeune) ou est grièvement blessée, quand on se dit "Pourquoi elle et pas moi ?" ou "Pourquoi moi et pas elle ?", quand on voit que des personnes gagnent le gros lot ou de gros revenus. ça peut sembler injuste, ça ne l'est pas. [ça montre que l'on est capable de ressentir voire d'empathie] Et pourquoi dis-je cela ? C'est une inégalité, pas une injustice. Si l'on considère que toute inégalité est une injustice, on pré-suppose que la justice, c'est l'égalité (un idéal, pour certaines personnes). Or il suffit d'être doué de perceptions (les cinq sens) et de facultés cognitives pour se rendre compte qu'il y a des inégalités partout : les voitures n'ont pas toutes le même numéro de plaque, les êtres vivants n'ont pas tous le même nombre de chromosomes, la même taille de cerveau, le même temps de gestation, etc. Et ce sont toutes des inégalités que nous acceptons, qu'il s'agisse des handicaps perceptifs ou des handicaps mobiles ou encore du temps de trajet entre la maison et l'école. Nous devrions commencer déjà par séparer égalité et justice, qui ne sont pas synonymes.

Il y a une certaine contradiction à parler de justice (et de mérite). Des personnes se disent "Il ne méritait pas de mourir.", alors que l'on sait que chaque être vivant (surtout des mammifères comme nous) mourra tôt ou tard. Il y a là une contradiction entre la réalité et l'idéal d'une certaine justice. Cela signifierait déjà que l'invocation d'une justice est un refus d'une partie de la réalité (la mort, en l'occurrence).

Autre contradiction : au nom de quoi un être mériterait tel vécu qu'un autre être ne mériterait pas ? S'il s'agit d'une chose perçue comme positive pas X, X aura tendance à penser qu'elle sera positive pour toute autre être. Cette induction est déjà un biais ou un sophisme (si volontaire). Le ressenti, en réalité, est propre à chaque être. On n'aime pas toutes et tous les pommes. Au fond, présumer une justice naturelle peut être le signe qu'une personne essaie de se justifier, alors qu'elle n'en a pas besoin. Il n'y a aucune nécessité à justifier nos besoins et nos ressentis.

Venons-en au mérite, qui est très lié à la représentation d'une justice naturelle. Exemple typique : une personne tond le gazon pour une autre personne. Mettons qu'elle tonde 100 mètres carrés en 15 minutes. Le salaire mérité sera-t-il en fonction de la surface ? en fonction du temps ? en fonction de la vitesse ? en fonction de ce dont dispose le "client" ? en fonction des besoins du travailleur ? Cela pourra fortement influencer la stratégie du travailleur. Quoi qu'il en soit, la décision (le calcul du salaire) est arbitraire, et non naturelle. Le mérite, s'il existe, est donc arbitraire. Vouloir le rendre universel, c'est donc faire fausse route.

Enfin, venons-en aux personnes qui souffrent ou meurent de faim. Le méritent-elles ou est-ce arbitraire ? (We feed the world ; Le marché de la faim) Les personnes qui voient leurs maisons détruites par une catastrophe naturelle, le méritent-elles ou est-ce arbitraire ? Les personnes qui se font tuer dans une tuerie, le méritent-elles ou est-ce arbitraire ? Supposer qu'elles le méritent ou ne le méritent pas, c'est supposer l'existence d'une justice naturelle où des personnes le mériteraient et d'autres le mériteraient non. Au final, on se rend compte que la notion de mérite et l'existence d'une justice naturelle supposent une inégalité (entre les méritants et les non-méritants) cachée, une discrimination sociale. Quant aux personnes qui acceptent le côté arbitraires de nos actes, de nos paroles, de nos pensées et de nos décisions (, etc.), elles ne cachent pas les inégalités, mais les acceptent. A vrai dire, elles se rendent compte que... égalité ou inégalité, là n'est pas le point. Le point, c'est de garantir l'accès à une alimentation saine à tous les êtres vivants de notre espèce. Et étant donné que nous ne sommes pas toutes et tous égaux quant à l'alimentation, il est compréhensible qu'il y ait des "inégalités" au niveau nutritionnel. Au final, nous essayons d'adapter l'alimentation à chaque personne, plutôt que de l'adapter à un certain idéal de justice, qui n'est lui - ironie du sort - qu'arbitraire lui aussi.

Et de ce biais peuvent naître diverses dérives. Divers personnes l'utilisent pour créer des sophismes :

- pré-supposer l'existence d'une justice naturelle - ou d'une quelconque justice - pour se justifier, souvent pour justifier son inaction, son fatalisme ou sa réticence au changement,
- pré-supposer l'existence d'une justice naturelle pour justifier des actes, des décisions politiques, pré-supposition soutenue souvent par un leurre comme amorce (comme prémisse),
- pré-supposer que justice = égalité : "Pourquoi il a le droit d'aller tous les jours au MacDo et pas moi ?" ; "Pourquoi ne profiteriez-vous pas d'une semaine aux Bahamas alors que d'autres y séjournent toute l'année ?" (A bien y réfléchir, si je vais une fois par semaine au MacDo ou si je vais une semaine par année aux Bahamas, l'égalité ne sera de toute façon pas atteinte.)
- pré-supposer que "un prix est un prix, ni plus ni moins", contrairement aux négociations d'antan sur le marché aux puces,
- pré-supposer que tout travail mérite salaire, en y ajoutant le sophisme de la réciprocité (Si A=>B, alors B=>A ; sophisme, qui lui-même pré-suppose que égalité = justice : si ça va dans un sens, pourquoi pas dans l'autre), pour conclure que tout salaire implique un travail (on n'a rien sans rien), donc finalement, les "pauvres" resteront "pauvres" (et endettés ; alors qu'on ne se gêne pas d'exploiter leurs ressources naturelles),
- pré-supposer que la justice, c'est l'argent, la monnaie, pour emprisonner des personnes dans l'endettement,
- pré-supposer que la justice, c'est Dieu, le Diable, ou n'importe quel héros ou bouc émissaire,
- ...

On peut conjecturer que l'invention qu'est la justice naturelle est un facteur qui a nui à l'autorité. "Je désobéis parce que ce n'est pas toi la justice !" A ne pas confondre toutefois avec le mouvement de désobéissance civile, qui se base sur une désobéissance constructive qui fait face à des lois destructives (liberticides notamment).

Nécessaire alternative : pratiquer le libre partage, et, en plus de mettre aux oubliettes les notions de propriétaire, d'auteur, mettre celle de mérite (et de justice) au feu. Libre partage de fichiers, libre partage d'idées, libre partage de savoirs, libre partage de savoir-faire. Et - vous l'aurez deviné - sans attente de contre-partie. Vous seriez tentés de justifier l'attente d'une contre-partie en pré-supposant l'existence d'une justice naturelle.

En résumé, le proverbe latin "SUMMUM JUS, SUMMA INJURIA" ("Une extrême justice est une extrême injustice.") est réellement d'actualité.

victor.digiorgi
11/10/2011, 10h48
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Le Loup et l'Agneau

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure.
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
- Sire, répond l'Agneau, que votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d'Elle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
- Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
- Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère.
- Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
- Je n'en ai point. - C'est donc quelqu'un des tiens :
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge.
Là-dessus, au fond des forêts
Le Loup l'emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.


Jean de La Fontaine


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shokin
11/10/2011, 11h18
Heureusement que la rivalité n'est qu'une partie de la réalité. Il y a aussi l'entraide qui fait partie de la réalité.

Le point commun entre la rivalité (activités compétitives ; buts des acteurs incompatibles) et l'entraide (actions coopératives ; buts des acteurs compatibles voire communs), c'est qu'aucune ne nécessite l'invocation d'une justice naturelle.

Il reste à promouvoir l'entraide (avec le libre partage) étant donné le déséquilibre actuel (domination excessive de la rivalité) : la monnaie est l'un des facteurs qui a propagé sa rivalité à tous les objets échangés contre elle (à l'exception des biens anti-rivaux et des biens très rapidement reproductibles comme les fichiers et les logiciels libres). Un autre facteur qui a contribué à laisser s'installer la rivalité est la perte de savoir-faire (Comment puis-je aider un cuisinier si je ne sais pas cuisiner ? Et si je laisse les machines faire la job à ma place...). L'acquisition et le partage de savoir-faire (apprendre, pratiquer, bidouiller) contribuent donc à rendre possible la coopération.

Serait-ce notre faux besoin de justifier nos sentiments, nos goûts et nos besoins qui serait l'un des facteurs indirects créateur de rivalité ? (sentiments/besoins => invocation d'une justice naturelle pour se justifier (justification non nécessaire) => mise sur piédestal de la notion de mérite => invocation de la justice de l'échange (alors que le bénévolat est possible))

L'invocation d'une justice naturelle douteuse aurait plusieurs variantes tout autant douteuses : justice de Dieu (tout puissant), justice économique, justice du héros ou du bouc émissaire, justice de l'auto-régulation, justice émotionnelle, etc.

C'est toujours bizarre de voir que du monde ressente le faux besoin de justifier ses croyances, ses ressentis, ses émotions. L'incapacité à dire "Je ne sais pas." : je ne sais pas pourquoi j'y crois, je ne sais pas pourquoi j'ai été pris d'un fou rire, je ne sais pas pourquoi j'ai eu ce lapsus, je ne sais pas pourquoi j'ai rêvé de ça, etc. Et l'on trouvera toujours du monde pour essayer de justifier ses lapsus et ses rêves.

GaucheEfficace
11/10/2011, 14h24
Le concept de justice naturelle n’a pas de sens, et doit donc être rejeté.

Le concept de nature, considéré isolément, doit également être rejeté, sauf si on le confine à devoir signifier l’ensemble des choses physiques et les lois de la physique qui les régissent. Or, l’univers physique n’est pas régit par des lois de la justice, mais par les lois de la physique.

Le concept de justice, considéré isolément, ne doit pas être rejeté par contre, mais à condition de lui donner un sens bien précis. C’est un concept central de philosophie politique, et j’en proposerai une définition basique.

Mais d’abord, considérons les actions des personnes. À propos des actions des personnes, on peut parler de deux manières différentes. Premièrement, on peut les décrire. Deuxièmement, on peut dire ce qu’elles devraient être. Dans ce deuxième cas, nous pouvons proposer deux types de normes comportementales. Le premier type de norme comportementale est celui qui recommande à l’individu d’agir dans son propre intérêt personnel, égoïstement et sans considération d’aucun autre principe que son intérêt personnel. Le deuxième type de norme comportementale est celui qui recommande à l’individu d’agir selon des principes autres que son propre intérêt personnel. Ces principes là, nous les appelons des principes moraux, et l’éthique est l’étude de ces principes moraux. Le concept central est celui de moralité, et il suppose qu’il y ait des comportements moraux, immoraux et peut-être d’autres qui sont amoraux. Il existe différents systèmes de principes moraux, différentes théories éthiques, différentes philosophies morales.

Le concept de justice est similaire au concept de moralité, mais au lieu de s’appliquer au comportement individuel, il s’applique au comportement de groupes sociaux.

Considérons les comportements des groupes sociaux. À propos de ces groupes, on peut discourir de deux manières différentes. Premièrement, on peut les décrire. Deuxièmement, on peut dire de quelles manières ils devraient se comporter. Dans ce deuxième cas, nous pouvons proposer deux types de normes comportementales. Le premier type de norme comportementale est celui qui recommande aux groupes sociaux d’agir dans leur propre intérêt et celui de leurs membres, et ce, sans considération d’aucun autre principe que l’intérêt propre. Le deuxième type de norme comportementale est celui qui recommande aux groupes sociaux d’agir selon des principes autres que le propre intérêt. Ces principes là, nous les appelons les principes de justice, et la philosophie politique a pour étude ces principes de justice. Le concept central est celui de justice, et il suppose qu’il y ait des comportements justes, injustes et peut-être d’autres qui sont neutres du point de vue de la justice. Il existe différents systèmes de principes de justice, différentes idéologies, différentes philosophies politiques.

J’ai donc précisé la forme du concept de justice, mais pas son contenu. J’ai précisé la forme en disant que la justice est le concept central d’un système servant à définir les normes comportementales des groupes sociaux. Je n’ai pas défini le contenu car il existe plusieurs théories différentes de la justice. Il y a donc LA justice : la forme. Et il y a DES justices : le contenu.

Donc si on veut savoir si la réalité est conforme à la justice, il faut préciser de quelle justice on parle. Par exemple, certaines théories de la justice disent que l’inégalité est injuste, et d’autres disent qu’elle est juste.

Il est néanmoins évident que la réalité ne peut pas être conforme à toutes les justices en même temps.

sined
11/10/2011, 16h08
A votre avis, existe-t-il une justice naturelle ?
oui

LeDragon
11/10/2011, 16h59
J’ai donc précisé la forme du concept de justice, mais pas son contenu. J’ai précisé la forme en disant que la justice est le concept central d’un système servant à définir les normes comportementales des groupes sociaux. Je n’ai pas défini le contenu car il existe plusieurs théories différentes de la justice. Il y a donc LA justice : la forme. Et il y a DES justices : le contenu.


Suis-je si marqué par mon éducation judéo-chrétienne ? J'ai un sentiment de la Justice, largement inspiré de cette éducation de "charité" et de respect des "plus petits d'entre-nous".
Mais je distingue "Le Droit" de ce concept de Justice. Le Droit est fondamentalement une codification des comportements acceptables en société. Historiquement, le Droit a évolué comme résistance à l'rbitraire royal. Je connais plus l'histoire du droit britannique qui a défini les concepts d'Habeas Corpus et celui que seul est illégal un acte formellement défini comme tel. Ce dernier concept est toujours dominant dans notre Droit, sauf qu'aujourd'hui, c'est un État, théoriquement représentant de la volonté populaire qui défini ce qui est illégal. Le Droit n'en demeure pas moins imparfait et, lus souvent qu'autrement , ne fait que modérer le pouvoir des puissants.

GaucheEfficace
11/10/2011, 18h20
Ton point sur le droit est intéressant.

Il existe deux sens au mot "justice". Parfois, le mot "justice" fait référence au système de justice mis en place par l'état, soit le système judiciaire. Ce système contient des droits et des lois. Quand on parle des droits et lois instituées dans notre système judiciaire, on parle du "droit positif". Cela s'accorde, je crois, avec ta définition du droit.

L'autre sens du mot "justice" est le sens philosophique que j'ai expliqué. Plusieurs théories de la justice se fondent sur le concept de droit. Elles s'intéressent plus à ce que le droit positif devrait être qu'à ce qu'il est. Plusieurs philosophes considèrent d'ailleurs que le droit sur lequel leur théorie de la justice doit s'appeler le "droit naturel". Personnellement, je rejette le côté "naturel" que certains veulent conférer au concept de droit. Pour moi, faire intervenir le concept de "Nature" dans une réflexion philosophique, c'est comme vouloir faire intervenir le concept de "Dieu" dans une explication à prétention scientifique.


J'ai un sentiment de la Justice, largement inspiré de cette éducation de "charité" et de respect des "plus petits d'entre-nous".Oui, mais c'est une conception parmi d'autres. Il y a des gens qui conçoivent la justice comme n'impliquant pas la charité. D'ailleurs, sur la question de redistribution des riches, deux visions s'affrontent. Une première vision dit que la redistribution des richesses doit s'opérer selon le principe de la charité, au niveau individuel. Ce serait une question de morale (individuelle). Une seconde vision dit plutôt que la redistribution est un principe de justice, et que par conséquent nos institutions sociales doivent se charger de la redistribution des richesses.

Sur ce point, il se peut, comme tu dis, que ton opinion ait été inspirée par notre culture judéo-chrétienne.

victor.digiorgi
12/10/2011, 15h41
.


« Nous voulons la justice !
clamaient-ils haut et fort.

Ils voulaient se venger ... »


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victor.digiorgi
12/10/2011, 15h44
.


« La justice est le droit à la cruauté offert à la multitude. »


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victor.digiorgi
12/10/2011, 15h48
.


Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d'amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d'honneur.
Et quant au Berger l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance
Qu'en un pré de Moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.


Jean de La Fontaine


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Lann
12/10/2011, 18h08
.


« Nous voulons la justice !
clamaient-ils haut et fort.

Ils voulaient se venger ... »


.

En l'absence de justice je trouve cela normal!

Tabarslak
12/10/2011, 19h00
Si justice naturel il y avait...
Nous ne serions plus la pour en discuter! :)

sined
12/10/2011, 19h10
bien au contraire, ce serait vraiment trop injuste qu'on ne le puisse pas

Tabarslak
12/10/2011, 19h19
bien au contraire, ce serait vraiment trop injuste qu'on ne le puisse pas

Ne vous en faite pas! :)

La seule facon d'optenire la jusice...
C'est de l'appliquer sois meme.

Sinon la justice n'est qu'un beau mots pour mieux controler la populace!

sined
12/10/2011, 19h29
je dirais que la justice naturelle s'applique, aussi, et quoi qu'on fasse, par nous-même.

Le Shogun
13/10/2011, 11h10
Quelques fois ...


http://crossmuslims.blogspot.com/2011/02/72-virgins-express.html

Alien Vampires
14/10/2011, 20h58
A votre avis, existe-t-il une justice naturelle ?
Non et croire le contraire reviendrait à croire aux éléphants roses.

Polémix
15/10/2011, 00h27
La justice existe seulement dans le cadre des lois qui la définissent. Si on parle de justice naturelle alors on doit pouvoir la référer à des lois naturelles et en ce domaine il n'y en a qu'une : La survie. On existe ou n'existe pas. Et, pour exister demain il faut mettre en place et préserver les conditions nécessaires. *C'est notre quête éternelle.

Tout organisme n'existe que parce qu'il a un bilan positif en terme de survie (il a mangé plutôt qu'avoir été mangé, par exemple) et il ne durera que tant qu'il le fera. C'est vrai pour le vivant, pour les idées ou même pour les planètes (qui ont attiré la matière dont elle sont constituées et qui ont évité d'être assimilées par un autre corps céleste plus grand).

Nous devons prendre et profiter. Et nous choisissons *aussi presque toujours de nous intégrer plus ou moins à une communauté d'êtres semblables à nous qui augmentera nos chances de survie en même temps que nous augmenterons les siennes. Car les communautés sont elles aussi confrontées à la nécéssité de survivre.*

De l'impératif de survie découle aussi nos besoins de puissance et de grandeur, individuelles et communautaires, qui nous assurent de mieux résister aux risques, aux intempéries ainsi qu'aux individus et communautés hostiles à nous dans leurs recherche de survie comme nous le sommes envers eux et elles dans la nôtre. On voit maintenant poindre les causes des guerres, des conflits et des chicanes entre voisins.

Y a-t-il une justice naturelle ? Oui. Tout ce qui assure la survie et améliore sa durée est juste. C'est très simple.*

C'est simple mais ce n'est pas tout caràles complication surgissent très vite dans l'application de la loi de la survie et de sa justice. Par exemple, prendre le bien de mon voisin améliore ma puissance et donc ma capacité de survivre mais cela nuit à ma relation d'entraide avec lui alors je pers un atout communautaire (ceci explique pourquoi on est plus enclin à voler un étranger plutôt qu'un membre de notre famille; la perte sur le plan communautaire est alors moins importante). Suis-je gagnant en terme de survie ou : Est-ce juste ? Pas si simple.

*Au niveau communautaire, la puissance acquise par mon vol est perdue pour mon voisin alors le bilan semble nulle mais si on ajoute à cela la dégradation de la relation entre mon voisin et moi alors la communauté perd quelque chose. De là découle sûrement l'interdiction du vol dans les communautés humaines. Cet exemple simple montre que la définition de ce qui est juste et de ce qui ne l'est pas est relatif et qu'elle met en jeu des intérêts contradictoires. Cela dépend de la perception ainsi que des conditions et c'est une question compliquée.

Cette complexité dépasse de loin le capacité de jugement des individus, ne serait-ce que par le manque d'information et la méconnaisance des mécanismes communautaires en jeu dans chaque situation. De cela découle le besoin de lois « non naturelles », de principes moraux généraux et de grand concepts sociaux qui sont seules capables d'assurer la cohésion des individus entre eux dans une communauté qui sera alors plus apte à assurer la survie de ses membres et, donc, plus juste.

El Kabong
15/10/2011, 12h54
La seule justice naturelle: C'est la mort.

Aussi injuste soit-elle...

Polémix
15/10/2011, 13h16
Injuste parce qu'elle frappe tout le monde également ?

El Kabong
15/10/2011, 13h30
Peut-être parce qu'elle frappe plus ceux qui osent se tenir debout devant l'injustice des humains.

Le Shogun
15/10/2011, 13h44
La seule justice naturelle: C'est la mort.

Aussi injuste soit-elle...

Je ne dis pas que cette justice naturelle fonctionne toujours, mais d'une certain façon il existe quelque chose que les anglos appelle "poetic justice".

Par exemple, il est inévitable que la brute qui passe sont temps à chercher la bagarre, va tomber quelqu'un qui sait vraiment se battre et qui lui fera manger ses dents.

Dois-je rappeler que les gens qui conduisent en fou sont statistiquement plus sujet à mourir jeune.

Il y a ce proverbe qui dit: "Dieu rit de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes"

En France, il est facile que les gens qui étaient parmi les éléments les plus radicaux de l'antiraciste et de la réduction de l'immigration sont plus souvent sujet à des agressions que les autres. Ce qui n'a rien d'étrange dans le fond, les individus qui ont le moins de talent à reconnaitre le danger font des cibles plus facile pour les prédateurs.

Le Shogun
15/10/2011, 13h47
Ton point sur le droit est intéressant.

Il existe deux sens au mot "justice". Parfois, le mot "justice" fait référence au système de justice mis en place par l'état, soit le système judiciaire. Ce système contient des droits et des lois. Quand on parle des droits et lois instituées dans notre système judiciaire, on parle du "droit positif". Cela s'accorde, je crois, avec ta définition du droit.

L'autre sens du mot "justice" est le sens philosophique que j'ai expliqué. Plusieurs théories de la justice se fondent sur le concept de droit. Elles s'intéressent plus à ce que le droit positif devrait être qu'à ce qu'il est. Plusieurs philosophes considèrent d'ailleurs que le droit sur lequel leur théorie de la justice doit s'appeler le "droit naturel". Personnellement, je rejette le côté "naturel" que certains veulent conférer au concept de droit. Pour moi, faire intervenir le concept de "Nature" dans une réflexion philosophique, c'est comme vouloir faire intervenir le concept de "Dieu" dans une explication à prétention scientifique.

Oui, mais c'est une conception parmi d'autres. Il y a des gens qui conçoivent la justice comme n'impliquant pas la charité. D'ailleurs, sur la question de redistribution des riches, deux visions s'affrontent. Une première vision dit que la redistribution des richesses doit s'opérer selon le principe de la charité, au niveau individuel. Ce serait une question de morale (individuelle). Une seconde vision dit plutôt que la redistribution est un principe de justice, et que par conséquent nos institutions sociales doivent se charger de la redistribution des richesses.

Sur ce point, il se peut, comme tu dis, que ton opinion ait été inspirée par notre culture judéo-chrétienne.

Actuellement la justice est la justice et les lois sont les lois. Les juges appliquent les lois, quelques fois il y a justice ...